LIVRE DIXIEME. 3oi
Hobbes, qui, par la singularité de ses opinions, choquait les évéques à la suite de Charles II , ayant éprouvé une disgrâce de cour jusque dans l'exil, revint en Angleterre au commencernent du protectorat. Cromwell essaya de rattacher à sa cause, et lui fit offrir la place de secrétaire-d'état (i). Mais le philosophe refusa tout, satisfait de vivre tranquille dans son pays, sous ce joug de fer qu'il aimait. Hobbes resta d'ailleurs fidèle à sa première haine pour la révolution ; et quoiqu'il ait paru se réconcilier avec l'usurpation dû Protecteur, en faveur de son despotisme , il l'a jugé avec une justice rigoureuse dans le dialogue historique , qu'il a composé sur la guerre civile.
Les poètes furent plus indulgents pour Cromwell. Nous avons rappelé les éloges pleins d'enthousiasme et d'éloquence inspirés à Wal- 1er par la gloire de l'amiral Blake. Oubliant
(i) Cromwell was so pleased with many of M. Hobbes's principleslaid down in theLeyiathan,which tended to jnstify and support his usurpation , that thje great place o^being secretaiy was profered to him. Wood's Athenae^ V. II, c. 646.
3o2l HISTOIRS BE C|lOHWELL.
les crimes q^i avaient préparé rélévatûm da Protecteur, Waller céldt>ra sa dictature victorieuse par un cb^uit jAw subUnne encore, et que Von p^Ut plaoer panni les chefs-d œuvre de la poésie anglais^. Q'çftt peuNétre une rencon^e assez rçmarquabU^ que oette époque de &»alîsii»e ^t d^ sang ait vu ni^tr» et hriUer trois d^ plus grands poëtea de ^Angleterre , MUtqn, WaBer et ftyd^n. Il senible <pie, malgré la Ucenoe et le hruit des armes, il y avait dans les meeurs du t^K^a un ferment d'entkausiaame favorable à la poésie , et dana les §prandes actions du Protecteur un édat et une sorte de prodige qui pouvsôent la séduire, et Tinspirer. Mais on est asse? surpris de trou* ver, dans les recueils du temps , des vers à la louange de Cromwell, composés par le sage Locke, aï kmgvteuqia le maître de la philosophie moderne. Cremwell combla Watter de ses faveurs. Un autre poète célèbre , Co wley, tout -à- la "!• fois Tun des corrupteurs et Fun des premiers maîtres de la poésie anglaise, nç reçut de Çromvell quç dçs pers^écutions , qu'il mérita par son courage. Lié par recon-
IIYHE DIXIÈME. 3o3
naissance à la cause des Shiarts , Cowley avait; suivi h Reine Henriette en France , et pendant la. demièFfi année de la guerre civile , il avait ^té (i) rinti^ie confident de toute la correspqndauQ? ppvir le^ intérêts de I4 cause royale. De retour en Angleterre , vers l'année 1656, il e9:çit9^ la dé^ftnçe du Protecteur, qui le fit arrêter , et qq 1§ laissa ^rtir 4e prison que sur une c^utipn de ipille livres sterling fournie^ pw Wi de sçs iftnis, Aigri psff ce tr^t^mient, Cpwley x^'a pas i^épag^ Jl^ ipémoire du Protecteur j ^90% \l semble que son imagination éblouie ait trompé sa haine; et lea traits doût il a peint CroifnwçU 4^i]|s unç fie- |îçin sm^f^ bi^£|?re (a), oq il fe r^ipr^ente luini^e çQuversfiiit s^vep le maw<^i^ g^Hie de cet bomiQC! e:i^trapr4i|iairç , défigurent moins sa gf^c^^ur , qu'ils ne sf^r^nt à lui donner
de Téetet «i d^ l'origiçiditi
Un 4utre poète éprouva I9 séy^ifé 4u Frotecteur» c'était {^venant, qui, 4ai)s U guerre,
(i) Miscellanea anlic^, P* |5o« atç* (a) Cowley'ft Works, y. n^ p. 6^4.
3o4 HISTOIEE DE CROMWELL.
civile , avait combattu pour la cause rojale , et qui Élisait des comédies , deux crimes à-peuprès également irrémissibles aux yeux des Républicains rigides. Ayant suivi la Reine Henriette en France , le malheur et l'oisiveté le déterminèrent à tenter une expédition de commerce en Virginie ; son navire fut pris par les vaisseaux de la république ; U resta long-temps prisonnier dans la Tour de Londres, et n'en serait sorti que pour paraître devant la haute-cour (i), sans l'appui, fraternel de Milton (2) , qui s'intéressa pour un poète.
Une ordonnance sévère, et l'esprit du temps, plus rigoureux que la loi, supprimait tou^, les théâtres , et défendait toute composition dramatique , comme une œuvre profane et impie.
La scène était interdite même au génie de Shakespeare, et cette circonstance explique l'interruption que l'on trouve dans la gloire de ce grand poète , à une époque encore voi-
(i) Whitelocke*s memorials, p. 44^* (a) A life of Bliltgn , p. a3o.