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sine de celle où il avait vécu, et dans un temps qui semblait si bien assorti à la sombre énergie de ses ouvrages. Mais se figure-t-on l'élévation sanglante de Macbeth, et le spectre qui le poursuit, représentée devant Cromwell, ou la résistance hypocrite de César étalée sur la scène , tandis que le Protecteur hésitait à prendre la couronne ?
Les pièces de Davenant n'auraient pas été si redoutables pour le Protecteur; mais tel était Fesprit du temps, que la publication même d'un opéra de ce poète parut un scandale. <c M. Da- « venant, dit Whitelocke, vient de faire impri- « mer son opéra , malgré la délicatesse scru- « puleuse du temps (i). » Après avoir langui sous ce règne , si peu favorable aux pièces de théâtre, Davenant, à l'époque de la restauration, eut le bonheur de sauver à son tour Mil ton , auquel il devait la vie.
Cependant le Protecteur, victorieux et toutpuissant , était livré aux contrariétés les plus cruelles dans son administration et dans sa
(i) Whitelocke's memoriab^, p. 639.
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3o6 HISTOIRE 0E CROMWELL.
famille. Après tant d'épreuves infructueuses , il avait perdu Fespérance de former un parlement docile; et il n'avait pas la force de supprimer cette institution ^ chérie de TAugleterre. Ses guerres, ses flottes, ses intrigues consumaient des sommes immenses , et exigeaient des sacrifices , auxquels il ne pouvait sufiBre sans de nouveaux subsides ; et cette nécessité lui ramenait un parlement. H avait élevé les impôts à plus de deux millions de bvres sterling, charge exorbitante dans la proportion alors si modérée des taxes publiques en Europe. Le commerce anglais, malgré les efforts du Protecteur pour le soutenir, avait éprouvé beaucoup de désastres. Ce grand et hardi monopole , établi par l'acte de navigation , n'avait encore produit que la guerre ; et cette guerre , lors même qu'elle illustrait les flottes du Protecteur, et qu'elle alimentait son trésor, avait ruiné beaucoup de fortunes particulières. Pendant quatre années d'hostilités maritimes, douze cents navires de commerce anglais avaient été pris par les flottes espagnoles. La dette du gouvernement était énorme,