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3o8 HISTOIRE DE CROHWELL.
par les Républicains qu'il opprimait , par les ambitieux dont il avait détruit Tespérance, par les fanatiques qui s'apercevaient enfin d'une si longue dérision , entouré de plaintes et de résistances , il n'avait pour appui que cette armée exigeante et factieuse , qui se regardait elle-même comme décbue de la part qu'elle avait long-teipps prise dans le pouvoir civil. Voilà sans doute les considérations qui faisaient dire à un écrivain (i), d'ailleurs ennemi des Stuarts, que Cromwell était au boutade ses artifices , et que, s'il avait plus long-temps vécu , il n'aurait pu conserver sa puissance ; il- est toujours trop facile et trop hasardeux de faire de semblables conjectures; et Ton ne saurait calculer ce que pouvait un homme de génie pour maintenir ce qu'il avait violemment assemblé , sur-tout lorsqu'on voit qu'en dépit de leurs mécontentements et de leurs saillies d'indépendance j les généraux se sentaient toujours liés à sa cause , et revenaient à lui en se plaignant de son pouvoir.
(i) Bamefs history of his o^m time , v. i » p. 91.
lilVRE DIXIÈME. 3o9
'Cependant les symptômes du changement qui devait éclater après lui se manifestaient déjà de toute part ; il avait tellement vaincu la révolution, que seul il arrêtait le retour de la royauté. La violence de son gouvernement avait repoussé vers Charles II, non-seulement les Presbytériens , qui , dans l'origine , ne voulaient qu'une réformé et un partage dans l'autorité . royale , mais les sectes même les plus enivrées de la démocratie évangélique. Charles reçut des hommes de la cinquième monarchie plusieurs adresses où tous ces rêves d'une liberté indéfinie , toutes ces espérances de la royauté de Jésus-Christ se réduisaient au renversement du protectorat et au rappel de l'ancienne monarchie. La secte presbytérienne, que le Protecteur devait d'autant plus haïr qu'il l'avait dépouillée ; cette secte , dont il se vantait d'avoir courbé l'orgueil j revenue de ses illusions , of&ait à Charles un secours plus sûr, et formait, avec les anciens Royalistes, une plus redoutable alliance. Une des circonstances qui marqua le mieux cette alliance, et qui devait le plus inquiéter le Protecteur,
3lO HISTOIRE 1>£ GROMWELL.
ce fut le mariage de la fille de lord Fairfax avec le duc de Buckingham, à l'époqfue même on il était menacé d'une arrestation arbitraire. C*est une anecdote remarquable que Fentrevue de Cromwell avec l'ancien général de la république , après plusieurs années d'éloignement, et sur une scène si nouvelle. Fairfax venait demander au Protecteur de ne point envoyer à Tile de Jerzey le duc de Buckingham , son gendre. Cromwell voulut reprendre avec Fairfax le langage et les souvenirs des premières années de la révolution. Il affecta le ton de la firanchise et de l'amitié; il lui conseilla (i) a de faire maintenant ce qu'il aurait Eût autrece fois ; de se rapprocher de ses anciens amis , « de ceux qui avaient traversé à côté de lui « toutes les guerres , de ne pas prêter Toreille €f à ceux qui , au contraire , l'avaient poussé « à cette extrémité , et de les regarder plutôt ce comme les ennemis de sa gloire et de son ce intérêt »; mais les intérêts avaient changé; et la gloire n'était plus la même pour Fairfax ,
(i) Tharloe*s state papers , v. vi, p. 5do.