I.IVRE P&SMIER. l^J
' Cromwell'et le génie de la guerre civile se reposèrent douze ans. Il semble que ce long exercice de l'autorité royale , qui fut . mêlé de prospérités-, aurait dû étouffer les germes de la révolution ; mais le pouvoir appaise une sédition , un mouvement populaire ; il ne fait rien sur des opinions., même, en les réduisant au silence. Elles se fortijBent en attendant; et il arrive toujours quelque moment de relâche ou de faiblesse, qui leur rend l'occasion d'agir. Le peuple anglais vécut douze années tranquille sous un roi absolu, mais. modéré ; et lorsqu'après ce. long calme la nécessité ramena le roi à la convocation des parlements, l'opposition religieuse et populaire, toujours la même, et plus forte seulement de la justice de ses plaintes, se trouva prête pour combattre et détruire la monarchie.
Dans cet intervalle, Cromwell ne fournit rien à l'histoire. Il était père de famille , et pauvre , trop obscur pour s'attirer luie persécution personnelle , mais compris dans les rigueurs odieuses que le gouvernement exerçait à l'égard des sectaires. Ces mesures, exci-
tëes par le zèlç dt Laiwd , archevêque de Cantorbépy, persécuteur d'autant plus aveugle qu il était hoinme irréprochable, furent poussées si loin, que beaucoup dç Purit^ns aimèrent içieux renoncer à leur patrie, et pas-« sèrent dans les cplonies anglaises. Cette fiiite^ au lieu d'éclairer le conseil du Roi sur le dan* ger de l'intolérance , y fit ajouter une nouvelle injustice : et , p^ une bizarre fataUté , à l'époque même où Cromwell (i), et quelques autres sectaires, s'embarquaient pour FAiné?
rique . septentrionale , un ordre aibitraire du Conseil interdit ces émigration^, et fit descendre Cromwell du vaisseau qui, pour tou<^ jours, allait peut-être Féloignér de l'Angleterre* Il paraît qu^il continua de se perfectionner dans le fanatisme, assistant aux pieuses as^semblées des Puritains, et s'e&erçant à ces prédications , à ce verbiage mystique dont il porta rhabitude dans les discussions politiques, et
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(i) Ras^Qrth, ▼. i', p. 4io. — Neale's histoiy of ike Puritans, p. 332.
Elenchus motuum jiuperorwn in ÀngUa; pars secunda»
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LIVR£ PREMIER. IQ
qui le servait merveilleusement, toutes les fois qu'il était embarrassé pour se taire, ou pour parler.
Gromwell, malgré ses maximes presbyterienneis, s'était attaché quelque temps à l'évéque de Lincoln (i) , prélat ambitieux et politique, d'abord favorable aux nouveaux réformateurs , puis zélé pour Fépiscopat et le pouvoir absolu; ne faisant de la religion qu'une affaire de calcul, et aussi funeste au roi par sa légèreté corruptrice , que le fat l'archevêque de Cantorbéry, par son aveugle et inflexible bonne foi. Cette protection n'ayant pu tirer Cromwell de l'obscurité , il se livrait à la culture des terres , et il prit une ferme à St.-Ives , dans l'île d'Ely; mais, plus occupé de sermons
et de théologie que de l'administration de son modique domaine, il était du nombre de ces hommes inquiets et oisifs, auxquels leurs opinions et leur pauvreté font désirer un changement politique. Il se mêlait beaucoup de petits intérêts de secte. On a conservé une
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(i) Clarendon*8 hîstory,p. 3i3«
!20 HISTOIRE DE GROMWELL.
lettre de lui datée de St.-Ives, le ii janvier i635 : c'est un remerciement adressé à une personne de Londres , pour avoir fait placer , à St'-Ives, un ministre dont il vante beaucoup la- vertu. Il se plaint à ce sujet de la précipitation et de la violence que mettent les ennemis de Dieu à supprimer les ecclésiastiques habiles et vertueux; et il conjure son correspondant de faire assurer le traitement de celui quil a donné à la paroisse de St.-Ives. <c Vous savez, dit -il, que retrancher « le traitement , c';est laisser tomber l'instrucce tion religieuse ; car personne ne va faire la ce guerre à ses dépens. » Il est douteux, d'après cette manière de raisonner , que Crom well se soit ruiné lui-même à soutenir des ministres puritain^, comme le supposent quelques auteurs. Dans un temps où le Puritanisme paraissait l'arche de la liberté, ces liaisons religieuses lui avaient acquis une sorte de popularité dans sa province.' Il l'augmenta en s'opposant aux travaux ordonnés par le Roi, pour le dessèchement des marais situés dans l'île d'Ely, travaux nécessaires à la salubrité du climat.
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et que lui-même fit achever quelques années après , au nom du parlement. L'opposition de Cromwell fut heureuse et approuvée , et redoubla pour lui l'estime de Hampden (i), son parent, signalé lui-même par un grand exemple de résistance à l'oppression , et aussi célèbre dans le royaume, que Cromwell était encore ignoré. Malgré le peu d'intérêt de cette anecdote, en la comparant à la conduite de ce fameux Hampden qui, pour ne pas payer une taxe arbitraire de 20 schellings, s'était fait conduire en prison, et avait attiré sur lui les regards et l'admiration de l'Angleterre , on pourra reconnaître, dans ces petits détails, que le: besoin d'un ordre plus légal se faisait par-tout sentir, et que , sous le calme apparent du pouvoir absolu , il' se répandait un esprit de contradiction et de résistance , applaudi par le plus grand nombre : présage infaillible d'une révolution.
Cette révolution vint d'Ecosse. C'était là
(1) Warwick's memoirs, p. aSo. — Dugdale*s short- TÎew, p. 4^0*
2îl HISTOIRE DE CROMWELL.
le foyer du Puritanisme; et* il n'y avait alor& qu'une fureur religieuse , uu &natisine qui put mettre le feu aux méconteutemeuts politiques. Les idées de liberté n'étaient pas asse^ fortes pour s'armer seules, contre un roi au* torisé par une Icmgue possessiop et par ses vertus personnelles. On se {daignait >, on ré* clamait; mais les mesures absolues du gouv^nement avaient excité beaucoup de protestations et pas un seul combat. Iiorsque le Puritanisme entra dans la querdie^la guerre fut allumée. Le Puritamsme n'admettait auoime autorité supérieure dans l'^Use. C'était une oonséqumice naturelle de la réforme* Un théologien , qui ne relevait plus du papa , ne voulait pas dépendre de son évé^ue. Maîs^ dans un temps où la religion se mêlait à tout, cette égalité devait paraître aux rois d'un dangereux exemple; cso" il leur était assez 4i£&cile de maintenir leur souverainelé de droit divin , si la religion, qui cooaacsrait cette souveraineté, n'avait plus elle-même de chef et de hiérarchie. Les Rois se crurent donc inté-