‹ Histoire de Cromwell (volume 4)Chapitre 13 sur 155 · LIVRE PREMIER. a · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. a

Te&sé% (i) à protéger Fautorité des évéques, et les évéques 4 défendre le droit divin des roiS' Cette alliance inquiétait le peuple. Quoique Charles fut sincère et zélé Protestant, comme il chercha dans rappm des évéques un secours qu'il aurait trouvé bien plus dans le Cath(4idâiile) on lui supposait des regrets pour cette religion proscrite, et qu'il pouvait croire plus favorable à sa cause; et ceux même qui n'approuvaient pas les sectes nouvelles, craignaient de voir bientôt l'époque où tous les Protestants seraient traités de Puritains. Aussi, lùrsque le. roi voulut fortifier en Ecosse l'autorké des évéques , et y porter la liturgie anglkane, les Anglais approuvèrent le refus et la révolter de l'Ecosse; ils regardaient l'exagélation de leurs voisins comme une sûreté pour eux-mêmes* Ils auraient craint, si les Ecossais étaient rentrés dans l'église anglicane , que cette première réunion ne devînt un acheminement pour ramener les deux

(i) Slemoirs of the life of colonel Hutchinson , ▼. i , p. lag.

a^ HISTOIRE DE CROMWELL.

' peuples ensemble vers ce Papisme tant redouté. Les grands et la noblesse d'Ecosse, jaloux de l'autorité épiscopale^ conduisirent euxmêmes la résistance que l'on vit éclater dans ce royaume. Le clergé inférieur était presbytérien , et regardait l'autorité des évéques comme une usurpation sur le droit divin qui appartenait également à tous les ministres de l'ëvangae. Le peuple , dominé par une haine aveugle contre le Papisme , enveloppait dans cette haine tout ce qui pouvait y ressembler, et sur -tout le faste des évéques. Son ignorance même l'ef&ayait sur l'imitation des formes catholiques. La défiance, une fois excitée , s'arme de tout ; et le tort politique est d'avoir laissé naître cette défiance. Rien n'était pliis éloigné de la croyance romaine que la liturgie proposée par Charles V^ ; mais lorsqu'un prêtre, en surplis, parut dans la cathédrale d'Edimbourg, pour offîder suivant le nouveau formulaire , une femme du peuple (i) ayant crié, à bas le Pape , Vantechristj un

(i) Ludlow's memoirs, ▼. x , p, 8.

affireux tumulte s'éleva dans l'auditoire; l'offièe fat interrompu , l'évéque insulté, les magistrats poursuivis. On ne peut douter que, dans ce fanatisme, il ne se mêlât des intrigues politiques. Le cardinal de tUchelieu (i), destructeur de la Rochelle , et protecteur des protestants d'Allemagne , avait depuis longtemps envoyé des émissaires en Ecosse , pour épier et exciter les troubles ; et , dès que la sédition éclata, il y fit passer des armes. Ce tumulte prit bientôt une forme régulière. Le clergé presbytérien approuva le zèle de la populace, qu'il ne manqua point de comparer à la voix de Vânesse de Balaam , en tirant , de cette similitude singulière, une preuve que le Seigneur lui-même avait réveillé leur engourdissement, et délié leur langue.

Une réunion se forma pour la défense de la foi. Ce fut là que l'on rédigea ce célèbre covenanûy espèce de sainte ligue contre le Papisme et Tépiscopat, semblable dans ses fureurs à

(i) Clarenclon*s history, p. 4^, ^67. — Whitelocke's memorials of tke englièh affairs, p. 2a, p. 3i.

celle qui avait ensanglanté la France au nom de la suprématie romaine. Charles adopta et reproduisit ^ dans une déclaration , tous les ànathémes dû covenant contre la religion catholique. Mais les Coverumtaires ^ passant plus loin , firent prononcer , dans une nouvelle assemblée , rabohtion de TépiscopaL Cette as* Semblée , sous le titre de Cour eccléûastique , renfermait autant de laiics que de prêtres. Déjà le fanatisme individuel presiait la place de rintolérance ecclésiastique* C'était le progrès naturel du Presbjtériamsmie. Dans la ruine de toute hiérarchie ^ l'inspiration devenait la seule loi; ntkt propbétedsé mystérieuse se trouva bientôt pour prêcher le co^enant. Ce fanatisme ne tarda pats à s'appuyer de la force.

Sous l'influencé des principaux seigneurs, et à la faveur du zèle populsôre , On kva des troupes pour kt défense du covenant Charles, qui ne pouvait se détadbsr de fÉpiscopat, se préparait à réduire l'Ëcosse par les armes; et, pour cette expédition, il accepta le secours volontaire de ses amis , les subsides des évéques , et l'argent même des catholiques an-

LIVRS PREMIER. %'J

glais, justifiant ainsi les prétextes de la révolte qu'il voulait détnûre. Il essaya cependant des négociations, et fit une trêve passagère , qui servit seulement à <x>nsumer.ses premières ressources. Il ne put jamais céder assez pour rassurer les esprits; et bientôt il se vit pressé entre la nécessité d'une guerre civile contre la moitié de ses sujets, et la convocation si long-temps interrompue d'un parlement.

C'était la funeste méprise du Roi (i), de ne 1640. v<Nr dans l'assemblée des présentants de la nation qu'wie ressource démise , à laquelle il se résignait, quand il avait épuisé toutes les autres, et qui ne lui paressait bonne qu'à fournir l'argent qu'U ne pouvait teouver ailleurs. Les nouveaux députés arrcvwent avec le dépit qu'avait inspiré uae si longue sus-* penswa des droits du peuple» Leur convocation était le signe de la faiblesse du roi; ils en profitèrent , en demandant la réparation de tous les torts el de tous les abus, qu'avait né^

(i) LuAlow's Bifimnrs^v» i , j^. S.

28 HISTOIRE DE GROMWELL.

cessairement amenés l'exercice du pouvoir absolu pepdant onze années. La révolte de l'Ecosse , qui forçait Charles à les réunir, n'était pour eux qu'une occasion et un exemple. Et le prince , qu'un semblable péril avait pu seul ramener au respect des institutions qu'il avait si long-temps méconnues, semblait indiquer lui-même à ses sujets l'utilité de la résistance. Charles , au bout d'un mois , cassa ce quatrième parlement; impatience maladroite qui différait à-la-fois et augmentait le péril.

Charles , poussé dans une guerre civile , et sans forces pour l'entreprendre, allait en venir avec son peuple à cette, explication fatale qu'il éludait depuis quinze ans. Les Écossais , dont il voulait châtier la désobéissance , le préviennent et s'avancent vers New-Castle. Les Anglais sont immobiles, et se croient plutôt secourus qu'insultés. Charles , qui s'aperçoit qu'il ne peut plus rien que par la volonté de ses sujets , convoque . un parlement , au risque de le trouver plus menaçant que jamais.

Quand on voit arriver ce dénouement si

LIVHE PREMIElt. ag

long- temps retardé, on est disposé à croire que le génie des révolutions serait plus traitable, s'il était arrêté, dès l'origine, par une judicieuse condescendance, et que la sagesse pourrait accomplir un changement politique qui ne fut pas souillé de sang. Ce sont là les espérances que les moteurs des révolution^ doivent se figurer , pour ne pas frémir de l'ouvrage qu'ils entreprennent. Mais comment supposer qu'un roi abandonne , avec indifférence , ce qui est vivement attaqué , et qu'il n'y ait pas autour de lui une résistance mesurée sur les usurpations qui le menacent ?

Dans ce premier mouvement qui agite les peuples, les novateurs ne sont pas appaisés, même par leur succès. A défaut de résistance , ils s'irritent contre le regret qu'ils soupçonnent. L'esprit de révolution est un esprit de conquête; il avancerait toujours sur le terrain qu'on lui aurait cédé; il avancerait par défiance et par ambition , et il atteindrait , de proche en proche , un dernier point où la guerre éclaterait. On doit long-temps hésitçr , avant de reprocher à l'inflexibilité de Charles

3o HISTOIRE DE CROMWELL.

des malheurs que sa feiblesse même n'a pas détournés. Mais , pour la justification des premiers hommes qui s'élevèrent contre la prérogative royale , on ne peut nier que l'esprit de changement ne fut, à cette époque, répandu dans toute la nation. La faculté de dissoudre les parlements est un appel au peuple , une seconde expérience sur la volonté nationale. Si le peuple renvoie toujours les mêmes hommes , ou des hommes animés des mêmes sentiments , il est manifeste que le principe de la résistance est en lui. Ainsi, quoique lés révolutions ne s'achèvent que par ^ *°* les mains d'une faction, elles commencent sous le nom de réforme, avec le suffi'age public; et c'est pour cela qu'elles commencent.

Un écrivain royaliste (i) n'a point hésité à dire , en parlant de la formation du long parlement : « Aucune époque n'a produit de plus « grands hommes que ceux qui siégeaient dans «cette assemblée ; ils avaient les talents et les « intentions nécessaires pour rendre la patrie

(i) Wellwood*s memoirs , p. 4^.

Page 1