LIVRE SIXIÈME
tend que Cromwell ne voulut pas laisser à la chambre la popularité d'une démission volontaire, et qu'il eut la mauvaise foi de la chasser à l'instant où elle allait se dissoudre. 1^43. Mais d'après le récit de Whitelocke , Cromwell ne choisit la violence qu'à la dernière extrémité. Cette supposition , plus vraisemblable , s'accorde mieux avec l'intérêt manifeste de Cromwell, et l'ambitieuse fermeté du parlement.
Tandis que Cromwell, resté à White-Hall, après avoir congédié ses amis , attendait d'heure en heure la dissolution voloptaire de la chambre , le colonel Ingolsby accourt lui annoncer que la chambre s'avii^e de délibérer ftur un autre sujet , et qu'elle cherche à retarder cç dénouement. Cromwell , dans un transport de co)ere , fait commander quelques compagnies de grenadiers, marche à leur tête à Westminster, distribue les soldats dans le vestibule, près de la porte, et entre brusquemiçnt dans la salle. Cependant il s'asseoit, il écoute, et de sa place fait ^ne au major Hgris&on de s'approcher. Le temps est venu y dit -il, le
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parlement est assez mûr pour être dissous. Le major racontait lui-même à Ludlow qu'il répondit ; Monsieur y c'est une grande et dangereuse entreprise, et je vous prie d'y faire une sérieuse attention , avant de vous y engager, Cromwell parut se calmer : quelques minutes après, il se lève : Cest le temps, dit-il à Harisson, il faut le faire; et interrompant* la discussion , il commence une invective contre le parlement , lui reproche , dans les termes les plus outrageants, « de n'avoir pas de cœur « au bien public , d'embrasser les sales intérêts « des Presbytériens, de soutenir la tyrannie if des Légistes , de s'éterniser dans le pouvoir , ce et d'être un instrument indigne, que le « Seigneur a rejeté. » Il semblait, en parlant, • tout hors de lui et tout agité de fureur. Dans le trouble de cette scène, le chevalier Wentworth prend la parole , pour s'étonner qu'un discours si peu convenable soit adressé au parlement, et, ce qui est plus extraordinaire, sorte de la bouche d'un homme que le parlement avait comblé d'estime et d'honneur. Mais Cromwell s'élançant au milieu de la salle:
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jàîleZy allez ^ dit-il,/? mettrai fin à votre babiL Puis courant çà et là , et frappant du pied : Vous 71 êtes plus un parlement^ s'écrie -t- il, je terminerai vos séances. Qu'on les fiasse entrer y qu'on les fasse entrer. A ces mots, la porte étant ouverte par l'huissier même du parlement , le lieutenant colonel Wolsey paraît à la tête de deux files, de mousquetaires qui parcourent la salle. Le chevalier Vane, l'un des meilleurs Républicains de l'assemblée , dit à haute voix : Que ce procédé n'efet pas légal , qu'il est contraire à tout principe. Cromwell s'emportant à de nouvelles injures, s'écrie, comme un homme égaré : Chevalier Henri Vane^ Henri Fane, le Seigneur me délivre du chevalier Vane. Puis regardant Martin et Wentworth, il dit, dans un langage plus cynique: Voilà des débauchés; à d'autres: Voici des ivrognes; à d'autres: Voici des hommes injustes et corrompus^ des Chrétiens scandaleux. Puis montrant la masse de l'orateur :
ôtez de là cette marotte , dit-il.
Pendant ce tumulte, l'orateur était demeuré immobile dans sa chaire. Le' major Harisson
vint à lui , et l'avertit d'en descendre. L'ora-* teur ayant répondu qu'il ne céderait qu'à la force. Je vous prêterai mon brets^ dit Harisson , et iî le tira violemmeïit de son siégé. Ceperi» dant Cromwelï (Rsait à la foule des tt^mbr«î& du parlement : « C'est vous qui m'avez forcé « de faire cela, car j'ai cherché nuit et jour « le Seigneur , afin qu'il me fit mourir plutôt <c que de m'employer à Fexécution d'uAé télte « œuVre. » Allen, membre du parlement et autrefois trésorier de l'armée , hasarda d^e répondre que les choses pouvaient encore se réparer, qu'il suffisait d'éloigner les soldats et de rapporter la masse. Mais Cromwelï, dans une nouvelle fureur (i), prenant tôut-à-coup Allen à partie, l'accusa d'être redevable de cent mille livres sterling, le menaça de le pour-* suivre , et le fit arrêter par un soldat ; ensuite il donna des ordres pour enlever tous les papiers de la chambre ; il arracha lui-même au clerc le projet de l'acte de dissolution; et, après avoir vu sortir devant lui tous les membres ,
(i) Ludlow's memoirs, v. n, p. 458.