LIVRE SIXIÈME
il fit fermer les portes, et se retira dans le palais de White-Hall (i).
Ainsi tomba le pouvoir de ce parlement , qui avait renversé le trône. Sa chute fut généralement agréable à l'Angleterre, fatiguée de sa durée tyrannîque. Les Royalistes triomphèrent de cet événement comme d'une vengeance; quelques-uns en tirèrent des probabilités favorables à leurs vœux ; beaucoup d'autres , sans se faire illusion sur les projets de Çrom well, et détestant son crime, pardonnèrent à son des^ potisme, et virent, avec une aveugle joie, cette liberté, qui leur avait été si fatale, punie et humiliée par la main d'un oppresseur.
Les hommes indifférents et éclairés, s'il y en avait alors , ne purent apercevoir dans cett^ catastrophe que le dénouement honteux et
(i) Le lendemain, on trouva écrit sur la porte de la chambre : Maison à louer, non meublée. Ce burlesque coup d'état fut annoncé de la manière suivante, datis lè Mercurius politicuf^ gazette autorisée: « Le lord -général a développé dans le parlement divers motifs pour fixer immédiatement le terme des séances, ce qui a été fait sans difficulté. L'orateur et tous les membres sVtaieât retirés. Les causes de cette mesure . seront probablement publiées sons peu de temps. » ( p. 3a3 ).
inévitable de toute révolution qui , renversant Tordre social, tombe elle-même sous le joug de la force qu'elle emploie. Ce parlement, destructeur de la constitution de l'État, violateur des lois qu'il avait faites , persécuteur de ses propres membres, ce parlement que tant de proscriptions successives, et l'intervention des soldats réclamée par les Indépendants, avaient réduit à une minorité sans force et sans droit , ce parlement , dont la durée , dont le nom même était une usurpation, n'avait au fond aucune plainte légitime à faire, et subissait l'exemple qu'il avait donné. Le jour où les Indépendants firent mettre des gardes à la porte de Westminster, firent chasser , firent arrêter leurs collègues par les dragons du colonel Pride, ce jour-là ils justifièrent d'avance CromwçU, ils méritèrent ce qu'ils souffrirent. Et par une circonstance remarquable , ce premier attentat contre la liberté du parlement avait été l'époque et l'occasion du grand crime contre le trône, dont la chute entraîna bientôt les derniers débris de la puissance civile, et le parlement lui-même.
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Un Républicain célèbre, auquel Montesquieu fait le reproche, applicable à beaucoup d'autres, de n avoir cherché la liberté qu* après Valoir méconnue^ Harrington, qui siégeait dans cette assemblée si violemment détruite , avoue qu'elle formait une oligarchie sans contrepoids et sans règle. Il va même jusqu'à célébrer la violence exercée par celui qu'il appelle (i) un victorieux capitaine, un incomparable patriote; et il lui suppose la généreuse ambition, il le flatte de la gloire de ressembler à Lycurgue, en se faisant l'unique législateur d'un peuple , pour lui donner plus sûrement la liberté. Milton prodiguait à Cromwell les mêmes éloges, en affectant la même confiance. Ces prières , ces adulations adressées à un général tout-puissant pour obtenir de lui cette liberté qui ne se donne pas , amusèrent quelque temps l'espoir des Républicains sincères , et servirent de décoration à l'esclavage des autres.
Cromwell ainsi délivré de la chambre des
(i) Gommon wealth of oceana, p. 49.
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communes, seul pouvoir de l'Anglelewe, n'avait 'aucun motif de conserver le conseilnl'état institué par elle, en partie composé de ses membres, et qm était en- quelque sorte* son ministère. Cromwell se rendit te soir du méine jour au lieu des séances dû cônseil^'état ; il était accompagné de Lambert, servie et; ambitieux instrument de sa grandeur, et du major Harrisson, qui poussa jusqu'au dernier moment son fanatisme et sa bonne foi. ce Messieurs , dit a Cromwell, si vous êtes assemblés comme parce ticuliers^ votre réunion ne s^'a pas troublée^; « mais si vous êtes formés en conseil'd'étafcy ce a n'est pas un lieu propre à vous recevoir y et, « comme vous ne pouvez ^fioreir €« qui s'est « fait ce matin à la chambre , apprmiez» égalè- « men tque le parlement est dis90U9«}>fiiçaKlsha:w, président dU conseil , répondît avec noblesse ^ « Nous savons ce que vous ave^fartcemiUiii « à la chambre, et dans peu d'heures Voulbe a l'Angleterre le saura. Mais vous voustPom- « pez de croire le parlement dissous. 11^ n y a «sous le ciel d'autre autorité que la sienne a qui puisse le dissoudre ; sachez cela, n Le ré-