LIVRE PREMIER
celle de gouverneur des enfants dû roi ; enfin , anéantissant Féquilibre des pouvoirs constitutionnels, il n'accordait droit de séance et de suffrage aux pairs choisis par le roi , que de Faveu de la chambre des communes.
Charles aima mieux être détrôné par là guerre que par un avis du parlement, et il arWora l'étendard royal à Nottingham , le 24 août 1642^.
Après avoir déclaré traître à la nation quiconque assîisterait le roi dans cette guerre, les deux chambres S'occupèrent à soutenir leurs décrets par une armée ; elles firent uii appel aux bons Anglais , tes invitant à secourir le parlement de leurs prières , de leurs bourse^ et de leurs personnes. Le comte d'Essèx, membre de là chambre des pairs , presbytérien , mais sur-tout ennemi de la Cour , fût nommé général de cette 'àiinéé , qtii , par habitude plutôt que par dérision, était levée au nom du roi, qu'elle devait coinbàhre. Beaucoup de membres de^ «deux cïiîiinbi'eà pttrdit des grades d'officiers. Cï'omwell reç'ut, de^ communes , un brevet de capitaine , et leva dans
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sa province une compagnie de cavalerie. Avant que la guerre fut régulièrement ordonnée de part et d'autre , Cromwell ne pouvait être que chef de partisans. D'abord il éprouva ses nouveaux soldats par une fausse embuscade, chassa des rangs tous ceux qu'il avait vus fuir, et les remplaça par de meilleurs choix , s'attachant à former une troupe de braves et de 1642. fidèles. Dans la multitude de combats qui marquèrent les commencements de cette campa* gne , les troupes du parlement , nouvelles et mal composées, étaient en général battues par la noblesse et les milices exercées du- roi. Les mémoires de Ludlow offrent quelques exemples de cette inexpérience et de ces faciles déroutes, qui rappellent les désastres comiques du régiment des portes cochères et du régiment de Corinthe , dans notre guerre de la fronde. Cromwell s'aperçut de ce désavantage inévitable ; il dit au fameux Hampden., son ami et colonel dans l'armée du parlement : «Vos troupes sont, pour la plupart, compoposées d'anciens domestiques , de garçons de tavernes, et de gens de. cette espèce. Dms
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les leurs il n^y a que des enfants de famille et de jeunes gentilshommes. Croyez-vous que des misérables , sans cœur , seront jamais capables de tenir tête à des nobles qui ont de l'honneur, du courage et de la résolution Ml feut trouver des hommes animés d'un esprit qui puisse les conduire aussi loin que l'honneur des gentilshommes ; autrement , vous serez battus.» Hampden trouva l'idée bonne, mais l'exécution impraticable. « Je lui répondis, racontait lui-même Cromwell, que j'y ferais '^4*' quelque chose ; et en e£Fet , je choisis des honmies qui avaient devant eux la crainte du Seigneur, et qui mettaient de la conscience dans leurs actions ; et depuis lors , nous ne fiâmes plus battus. »
Il y avait un grand sens à opposer ainsi le Êmatisme au point-d'honneur; et la rapide élévation de Cromwell fut le prix de cette pensée heureusement exécutée. Le parlement avait d'ailleurs pour lui son opiniâtreté, les vœux du peuple, et les revenus de l'Angleterre , qui lui permettaient de récompenser magnifiquement l.es services rendus à sa cause.
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Dès Fouverture de la campagne ^ Cromwell s'étant jeté dans la ville de Hull , avait reçu , des communes, un don de 200 liv. sterling; il se saisit soudainement de Cambridge , au moment où le collège de cette ville envoyait toute sa vaisselle d'argent au roi , retiré dans Oxford. Il enleva le haut scherif de Hertfords- « hire, qui allait tenir les assises de Saint-Âlbans , pour y faire déclarer traîtres à la patrie tous les généraux parlementaires. La chambre lui vota des remerciements, et le désigna pour 1643. le rang de colopel. Avec ce titre, et par sa propre influence, il leva mille cavaliers et mit plus que jamais en usage ses principes de discipline militaire (i) et religieuse. Il accoutumait ses soldats à l'entretien le plus soigneux de leurs chevaux et de leurs armes, à l'ordre, à la vigilance , à la prière. Cette règle les rendit bientôt supérieurs au reste des troupes. Le régiment de Cromwell devint un séminaire d'où sortirent , dans la suite ,
(i) Reliquiœ haxterianœ y pag. 58. Elenchus motuum nuperorum, p. 220. — Warwick's memoîrs, p. aSà.
presque tous les officiers de Farinée. Cromwell remplissait les places vacantes par des aventuriers robustes, qu'il dressait à la même discipline, et qui se trouvaient en peu de temps aguerris et convertis. On calculera sans peine le prodigieux crédit que devait donner à un colonel ce prosélytisme guerrier, et Finfluence qu'exerçait en sa faveur cette foule d'hommes, ses soldats et ses disciples 'répandus dans tous les rangs de l'armée, qu'ils animaient de leur valeur et de leur fanatisme.
Il serait inutile d'indiquer la multitude de petits combats qui marquèrent les deux premières campagnes, et qui, sans cesse mêlés de négociations et d'armistices, n'étaient que l'essai de la guerre entre deux partis peu sûrs de leurs forces, et qui ne s'étaient pas rendu compte de leurs derniers projets. La majorité de la chambre des pairs, et beaucoup de membres des communes, distingués par le talent et la franchise d'une opposition légale, étaient passés du côté de Charles; et, quoique poursuivis par les condamnations de
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leurs collègues, ce partage apportait dans la . cause ' royale l'autorité du gï'and nom de parlement. Une autre circonstance remarquable agissait en faveur de Charles.
L'a£faiblissement de l'aristocratie, ce résultat du progrès et de la durée des sociétés , n'était pas sensible dans une révolution dont l'époque avait été, pour ainsi dire, hâtée par le fanatisme religieux. La noblesse avait encore toute sa puissance; elle pouvait entreprendre la guerre presque à forces égales.
Elle eût peut-être vaincu , si elle n'eût pas été divisée : et le secours partiel, qu'elle donnait au Roi suffit pour suppléer à toutes lés ressources nationales envahies par la chambre dés communes, et balança long-temps la fortune.
Le Roi parut dans ces commencements près de triompher; ses troupes se fortifiaient. Dans une première bataille à Edge Hill, les deux armées j après un rude combat , se retirèrent sans avantage marqué; ce qui était une véritable défaite pour le parlement , obligé de justifier, par de rapides succès, la hardiesse