LIVRE SECOND
Tandis que Cromwell et BroWn suivaient le roi depuis son départ d'Oxford, et répan* daient des émissaires dans tous les comtés, pour les soulever sur son passage , Fairfàx s'étant avancé vers Oxford, à la tête de son armée, rappela près de lui les deux généraux, pour former le siège de (fette ville. Cromwell fat envoyé dans l'île d'Ely (i) pour y ranimer le zèle des associations, et prévenir Tinfluence des agents du roi. £n peu de temps il rassanhb, dans les comtés confédérés, trois mille chevaux. lies quarante jours expiraient; msd» Fairfax écrivit, en Êiveur de Cromwell, une lettre au nom des principaux officiers de l'armée. Ireton , Whalky , Fleetwood , qui avaient signé cette lettre , étaient ou parents ou confidents de CromwelL Le parlement , après quelques débats, décida (%) que «Sir Thomas «Fair&x pourrait désigner Cromwell pour tf commander sous lui la cavalerie, avec le «titre de lieutenant-général, s'il le jugeait
(1) WbîtelocLe's memorials, p. x4i~i43..
(2) The Journal of the housie of commons. Jane 10,,
« convenable, j» Dès- lors, suiTant l'expression de Whitelocke, «3 pamt grandir dans la &tfveur du peuple et de Tarinée, et son éléccvation commença d'exciter l'envie.» Mais, dans les temps de Êiction, l'envie est subordonnée à l'utilité des services , et chaque parti a trop besoin de ses che6, pour se hâter de proscrire la gloire qui l'ofifusque, ou l'ambition qui menace de le dominer.
Cependant , Charles I^'', cherchant la situation la plus avantageuse pour combattre, se retira vers le nord. Tandis qu'il conduisait son avant-garde, Ireton, sur l'avis de Cromwell , attaqua et mit en désordre quelques régiments de l'armée royale , laissés en arrière à Nazeby. Cette alarme, qui vint surprendre le roi au milieu de la nuit, le força d'abandonner sa marche. Il gagna promptement Harborough , où était son corps d'armée , et tint un conseil de guerre , dans lequel la vivacité du prince Robert l'emporta sur les objections des vieux généraux, et fit résoudre la bataille. Le roi revint donc sur l'armée par^ lementaire qui le suivait, et il la rencontra
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le i4 juin devant la ville de Nazeby, qui a donné son nom à cette journée la plus décisive pour la chute du trône.
La bataille (i) commença à dix heures du 164S. matin. Les parlementaires avaient pour mot de ralliement, Dieu soit notre force. Le mot des royaUstes, Dieu et la reine Marie ^ rappelait le souvenir d'une reine qui avait déshonoré le trône et la religion par une cruauté fanatique ; et les troupes d'un monarque aussi généreux que Charles T"^, auraient dû combattre sous une invocation moins sinistre pour les vaincus. Au premier choc des deux armées, le prince Robert, à la tête d'une partie de la cavalerie royale , poussa vivement l'aile gauche des ennemis, et la poursuivit jusqu'à la ville de Nazeby. Ireton fut blessé et fait prisonnier : mais , pendant que le prince Robert se laissait emporter par ce commencement de victoire; à l'autre extrémité, Cromwell ayant battu la cavalerie royale qui lui
(i) Whitelocke*8 memorials , p. 1 5o. — Letter of Cromwell.
94 HISTOIRE DE CROMWELt.
faisait face, s'arrêta, et revint au centre du combat, où le général Fairfax se soutenait avec désavantage. Cromwell , à la tête de ses dragons victorieux, fondit sur Tinfanterie royale , et la mil dans un tel désordre, qu'aucun secours ne pouvait plus lui rendre la victoire.
Charles V^^ après avoir long-temps combattu, rejoignit le corps de réserve qui se trouvait réduit à l'inaction, étant privé des troupes que le prince Robert avait entraînées dans une poursuite inutile ; c'était la seconde bataille perdue par une faute semblable. Lorsque le prince reparut enfin , le roi voulut , en réunissant cette cavalerie à son corps de réserve, faire un dernier effort contre l'ennemi qui avait achevé de vaincre. Il donna l'exemple , il poussa son cheval ; mais cette troupe, peu ralliée , refusa de le suivre. On rapporte que , dans ce moment , un seigneur écossais , effrayé du danger personnel où s'exposait le monarque , ayant détourné la bride du cheval, ce mouvement, mal interprété, devint le signal d'une déroute qui entraîna tout.