LIVRE SEGONB. iSg
lions nouvelles. On vota que les soldats recevraient une paye (i) d'officiers; on vota de nouveau que la déclaration du 3o mars , contre la pétition de Farmée, serait efiPacée des registres.
]L'armée , dans une réunion à Newniarket , avait déclaré insuffisants les premiers votes que le parlement avait portés en sa faveur.
Elle marcha vers Londres , et s'avança jusqu'à Saint-Âlbans. A ce bruit, le parlement ordonna des levées de troupes dans Londres; il cherchait en même temps à diviser l'armée par des faveurs nouvelles , promises aux soldats qui s'engageraient pour l'expédition d'Irlande. Mais l'armée, réunie par l'esprit de secte et de corps, ne répondit à ces fsiibles efforts que par des prétentions chaque jour plus menaçantes. Au lieu de se borner à ses intérêts personnels , elle entra dans la réforme de l'ordre politique, et demanda particulièrement l'expulsion de onze membres (a) des
(i) The Parliamentary history, t. xv, p. 397. (7) The Parliamentary history, v. xv, p. 470. — Mevioirs of Dena&U lord Holles, p. 1 1 5.
f4ô HISTOIAK DE CROMWELL.
communes, qu^elle accusa de haute trahison.
Ces actes d'accusation , et tous tes écrits, qui furent produits au nom de Farmée, étaient composés sous les yeux de Cromwell , par Ireton , auquel , Tannée précédente , 1647* il avait donné sa fille en mariage, et que son courage et l'appui d'une telle alliance avaient élevé au grade de commissaire-général de l'armée. Ireton était à-la -fois homme de guerre et de cabinet; et quelques études de jurisprudence lui donnaient une grande facilité pour rédiger, d'une manière forte et subtile, les demandes impérieuses de Farmée. Le colonel Lambert, que la guerre civile avait également tiré de la profession du barreau , concourait au même travail. Les grie£s de Taripée avaient d'ailleurs toute l'absurdité que permet l'esprit de révolution. On accusait les onze députés d'avoir favorisé le Roi, à l'époque des premières conférences dljxbridge , et d'envoyer maintenant des subsides à la Reine ; mais le crime de HoUes et de Stapleton, les plus distingués d'entre eux ^ c'était leur résistance courageuse aux envahissements de l'ar*
XIT.RE SECOKB. l4l
mée el: à l'ambilîoQ ^ OroœwoU. Ge géaérid, diaque jour fins patssttU:, éirigea ia liaîne de Tarmée sur ses ennemis persomiels au sur ceux qiû niénteîciit de l'être. Ainsi Maynard, qui avait défendu Cromwell coottre Hoiles et Stapleton^ Ait proscrit avec euK/La idiambre résista plusieurs mcHS avant diab«ndo«aier ses membres aocnsés ; ^Ue ne céda qu'mx der*^ nières menaces, <et (i) déguisa lour exil soiis la forme dtjii congé provisoire. C'*eat .encore un caractère de la révohxtien anglaise , et une conséquence reinaïquaUe des vieilles traditifHis de liberté , que ce respect pour le nom de parlement^ qui^ dans la Aùte Ae la constitution, dans la double fureur tks fac* tions et des wde&y dans les violences de l'année, dans les épurations arbitraires de la chambre des coumnmes ^ dans la snpporession de la dbMsbre des Icords , ne permit c^en« dant la eonâamnatioQ ni le supfdîce d^ancun député y d'aucun pair , si l'on exospCe ceu% qui , priaonniors svat le dbiaunp de bataille, pé'-
(i) The ParlJamentary faistory^voL xvi, p. i^i.
l4a HISTOIRE DE GROMWELL.
rirent par une vengeance odieuse , mais avec une sorte de légalité , non pour leur dissentiment, mais pour leur révolte.
Cependant le conseil commun et le peuple de Londres étaient opposés aux concessions du parlement. Dans les pays peu accoutumés à l'empire des lois, les armées entraînent et dominent le peuple. Mais en Angleterre , où Id libesté avait anciennement racine dans les cœurs, le peuplé de Londres aurait tout tenté, pour ne pas être subjugué par l'armée. Ce zèle se manifesta par des émeutes qui embarrassèrent le parlement. Le peuple , s'étant porté à Westminster, demanda violemment le rappel des onze membres. Les apprentis et les jeunes gens de Londres présentèrent des pétitions appuyées dé menaces. Les chainbres s'ajournèrent. Bani» l'intervalle , les deux orateurs , et près de cent- députés de la sëct«' indépendanite^: effrbyés de ces violences i ou les prenant poiu* ipré texte v sortirent de Londres,! et se retinèrdnt au camp de Fairfax.
Cette fuite avait été ménagée par l'influence d'Ireton , et lei intrigues du jurisconsulte