LITRE SECOND
La Reine d'Angleterre qui, retirée en France après de si nobles efiforts , suivait d'un œil inquiet la fortune de Charles, instruite de son séjour au. milieu de l'armée, partagea les espérances que lui-même avait conçues, et i^t partir quelques personnes pour l'aider dans les négociations qu'elle prévoyait Cromwell ' intercepta pour ainéi dire ces messages (i).
A peine Sir John Berkley , envoyé par la Reine, eut-il le pied en Angleterre , qu'il fut environné d'émissaires de la secte indépendante , et trompé par des lettres où Cromwell se représentait à lui comme un ami de la royauté (2), convaincu que c'était une entreprise criminelle et impossible de vouloir introduire un gouvernement populaire, en dépit du Roi, de la noblesse, du. peuple, des Presbytériens et du génie de la nation , accoutumée depuis si longtemps à la monarchie. U faisait en même temps pressentir à Beridey que les Indépendants ne pouvaient plus avoir d'autre intérêt que le
(i) Ladiow's memoirs, ▼. i ^ p. 196.
(2) Idem»
ï46 ihstoihe pe cromwell.
rétablissement du trône ; et il le prenait à témoin de son zèle , et invoquait sa recommandation pour obtenir Testime de la Reine.
Cromwell , maître de toutes les issues qui conduisaient au Roi, persuada aans peine à Berkley qu'il croyait que la vie et la propriété de personne n'étaient à Tabri , tant que le Roi n^aurait pas son pouvoir légitime. Le parlement qui, par méfiance de Farmée, essayait de se réunir au Roi , avait permis à ce prince , par un vote solennel , de voir ses enfants. Cromwell, témoin de cette entrevue, en parlait à Berkley comme du plus touchant de tous les spectacles ; il versait des larmes à ce souvenir, affectant d'avouer qu*îl s'était bien trompé dans son opinion, défovorable sur le Roi; que c'était (i) fe cœur le plus droite et V homme le plus consciencieux des trois royaumes ; que les Indépendants lui devaient' beaucoup de reconnaissance pour n'avoir pas accepté les propositions du parlement, lorsqu'il était dans le camp des Écossais. Le
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(i) Ludlow's memoirs, v. t , p. 199.
LiyR£ SECOND. l^^
Roi , qui recevait à-la-fois des adresses du parlement et de rarmée, se crut puissant parce qu'il était flatté par deux partis rivaux (i). Il 9e persuvda plus que jamais qu'il pourrait être le conciliateur^ et redevenir le maître de ceux qui cependant ne se disputaient la puissance 9 que parce qu'il n'en avait plus luimarne. Dans cette intention ^ il écoutait toutes les o£fres ; il recherchait tous les services ; il v<^ilt même emprunter l'appui de ces agitateurs qui, après avoûr servi les desseins de Cromwell^ craignaient qu'il ne fît un traité pour aon compte , et sans consulter leur intérêt
Cromwell affectait de hâter les conditions d'un accord entre le Roi ^t l'atmée. Il voyait toUB les jours lea confidents du Roi ; il se plai* gnail de la lenteur direton à conclure le traité; et il répétait tti même temps que les intentions iavoiPables. dt l'armée pouvaient changer tout^-coup. On ne peut nier qu'alors l'armée ne fit au Roi. dea conditions plus
(i) Ludlqw^s memoirs, y. i y p. igB,
lo.
l48 HISTOIRE DE GROMWELL.
avantageuses que celles du parlement; maiâ^ soit que ce prince comptât sur le secours de» Presbytériens , qui devaient lui inspirer moins d'aversion que les Indépendants , soit qu'il fut trompé par de perfides conseils , il rejeta brusquement les propositions de l'armée ; et, dans ses refus , laissa paraître la confiance que lui inspiraient les divisions du parti vainqueur (i). «Vous ne pouvez rien: sans moi, « dit-il ; vous tomberez si je ne vous soutiens. » Quelles que fussent . les espérances que Charles eût fondées sur la désunion du parlement et de l'armée , elles ne pouvaient durer plus longrr temps que la lutte inégale de ces deux pouvoirs. Les émeutes populaire^ de Londres, et la fuite d'un grand > nombre de membres du parleinent , donnaient à Tannée le prétexte d'une violence. Fairfax marcha 3ur Londres, et vint rétablir par la force l'in^ dépendance du parlement. Les. mew^bjçes, fugitifs signèrent tme déclaration de l'armée, pour annuUer tous les : actes parlemejitaires
(i) IiudloVs menioirs, v. r , p. àio. ^ ' -
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passés depuis le a6 juiUet; puis, ils entré* rent avec l'armée, qui les conduisit à Westminstor (i), et les remit en possession de leurs sièges. Cromwell commandait rarrièregarde. Dans cette odieuse invasion, chaque soldat portait une branche de laurier, comme 1647. dans un triomphe. Les deux chambres , ainsi ' rétabhes , nommèrent Fairfax au gouvernement de la Tour de Londres (a), et votèrent un jour d'actions de grâces solennelles pour le rétablissement des membres du parlement dans leur privilège, sans effusion de sang. Charles suivit l'armée, et fut conduit près de Londres, dans la demeure royale de Hamptoncourt. On reprit la poursuite des onze membres désignés. Quelques-uns furent arrêtés; d'autres passèrent sur le continent; et Holles vint se réfugier en France, pour attendre l'occasion de combattre avec plus d'avantage les excès d'une révolution , qu'il avait servie d'abord avec tant de zèle. Occupé
(i) Memoirs of Denùl lord Holles, p. i56.
(a) Idem . p. j68.
l5o HISTOIRE ]>£ GAOMWELL.
dans sa retraile à flétrir les hypocrites oppresseurs de son payi6 y îi écrivait , en terminant les mémoires , où il a déposé son indignation et ses regrets : « Si j'étais païen , je c dirais arec Brutus : O malheureuse vertu !
• iëi n'étais donc qu'un vain nom; f ai voulu fx t' honorer et te servir comme une réalité ^ fn et tu obéissais toi-même à bt fortune t Mais <c le christianisme m'enseigne une autre phi- «t loso[^e 9 et je m'écrie avec saint Paul : O (c profondeur admirable de la sagesse de Dieu! « Combien ses jugements soni impénétrables!
« combien ses voies sont impossibles à dé^ « couvrir! »
La domination du parti miKtaire se marqua par le rétablissement de toutes les eottraves de la presse. La chambre, à la demande de Fairlax, rendit une ordonnance très -rigoureuse pour soumettre toute espèce d'écrits à l'exame» d'un censeur ^ choisi sur la désignation du général (i). Dans, ce parlement soumis et menacé, les I¥esbytériens avaient encore
(i) The Parliamentary history, v. xvi, p. 309,