‹ Histoire de CromwellChapitre 10 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tons les ministres de l'Évangile. Le peuple, dominé par une haine aveugle contre le papisme , enveloppait dans cette haine tout ce qui*pouvait y ressembler, et surtout le faste des évéques. Son ignorance même TefiFrayait sur l'imitation des formes catholiques. La défiance, une fois excitée, s'arme dé tout; et le tort politique est d'avoir laissé naître cette défiance. Rien n'était plus éloigné de la croyance romaine que la liturgie proposée par Charles P'; mais lorsqu'un prêtre,' en surplis, parut dans la cathédrale d'Edimbourg, pour officier suivant le nouveau formulaire, une femme du peuple ^ ayant crié, à bas le Pape, Pantechrist, un affreux tumulte s'éleva dans l'auditoire : l'office fut interrompu, l'évéque insulté, les magistrats poursuivis. On ne peut douter que , dans ce fanatisme, il ne se mélàt des intrigues po^ litiques. Le cardinal de Richelieu^, destructeur de la Rochelle, et protecteur des protestants d'Allemagne, avait depuis longtemps envoyé des émissaires en Ecosse, pour épier et exciter les troubles ; et, dès que la sédition éclata, il y fit passer des armes. Ce tumulte çrit bientôt une forme régulière. Le clergé presbytérien approuva le zèle de la populace , qu'il ne manqua point de comparer à la voiw de l'ânesse de Balamn, en tirant, de cette similitude singulière une preuve que le Seigneur lui-même avait réveillé leur engourdissement, et délié leur langue.

Une réunion se forma pour la défense de la foi. Ce fut là que Ton rédigea ce célèbre covenanty espèce de sainte ligue contre le papisme et l'épiscopat, semblable dans ses fureurs à celle qui avait ensanglanté la France au nom de la suprématie romaine. Charles adopta et reproduisit, dans une déclaration, tous les anathèmes du covenant contre la religion catholique. Mais les covenantaires, passant plus

' Ludlow*8 memoirs, t. I, p. 8.

* Clarendon'8 history, p. 42, 267.>^ Whitdocke's memorials of Uie eai^Iisli afFairSsP.ââjSl.

96 HISTOIRE DE CROHWELL.

loin, firent prononcer, danâ une nouvelle assemUée, l'abolition de répiscopat. Cette assemblée, sous le titre de Cour ecclésiastique, renfermait autant de laïcs que de prêtres. Déjà le fanatisme individuel prenait la place de l'intolér^ce ecclésiastique. C'était le progrès naturel du presbytéria^ nisme. Dans la ruine de toute hiérarchie, l'inspiration devenait la seule loi ; une prophétesse mystérieuse ae trouva bîenlAt pour prêcher le eavenant Ce fanatisme ne tarda pas à s'appuyer de la force. Sous l'influence des principaux seigneurs , et à la faveur du zèle populaire , on leva des troupes pour la défense du covenant. Chartes, qui ne pouvait se détacher de l'épiscopat , se préparait à réduire l'É* cosse par les armes; et, pour cette expédition, il accepta le ^^ecours volontaire de ses amis, les subsides des évéques, «t l'argent même des catholiques anglais, justifiant ainsi les prétextes de la révolte qu'il voulait détruire. Il essaya cependant des négociations, et fit une trêve passagère, qui servit seulement à consumer ses premières ressources. Il ne put jamais céder assez pour rassurer les esprits; etbientdt il se vit pressé entre la nécessité d'une guerre civile eoDtre la moitié de ses sujets, et la convocation si longtemps interrompue d'un parlement.

[1640.] C'était la funeste méprise du Roi^, de ne voir dans rassemblée des représentants de là nation qu'une ressource dernière , à laquelle il se résignait , quand il avait épuisé toutes les autres, et qui ne lui paraissait bonne qu'à fournir l'argent qu'il ne pouvait trouver ailleurs. Les nouveaux députés arrivèrent avec le dépit qu'avait inspiré une si longue suspension des droits du peuple. Leur convocation était le signe de la faiblesse du roi; ils en profitèrent, en demandant là réparation de tous lés torts et de tous les abus, qu'avait nécessairement amenés l'exercice du pouvoir

* Ludlow^s memoirs, v. ! , p. 5.

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