LIVRE PREMIER. ST
absolu pendant onze années. La révolte de i'Écosse, qui forçait Charles à les réunir, n*était pour eux qu'une occasiop et un exemple. Et le prinee, qu'un semblable péril avait pu seul ramener au respect des institutions qu'il avait si long* temps méconnues, semblait indiquer lui-même à ses sujets l'utilité de la résistance. Charles, au bout d'un mois, cassa ee quatrième parlement; impatience maladroite qui différait à la fois et augmentait le péril.
Qiarles , poussé dans une guerre civile , et sans forces pour l'entreprendre , allait en venir avec son peuple à cette explication fatale qu'il éludait depuis quinze «is. Les Écossais, dont il voulait châtier la désobéissance, le préviennent et s'avancent vers New-Castle. Les Anglais sont immobiles, et se croient plutôt secourus qu'insultés. Charles, qui s'aperçoit qu'il ne peut plus rien que par la volonté de ses su- Jets , convoque un parlement , au risque de le trouver plus menaçant que jamais.
Quand on voit arriver ce dénouement si longtemps retardé, on est disposé à croire que le génie des révolutions serait plus traitable, s'il était arrêté, dés l'origine, par une judicieuse condescendance, et que la sagesse pourrait aceomplir un changement politique qui ne fût pas souillé de sang. Ce sont là les espérances que les moteurs des révolutions doivent se figurer, pour ne pas frémir de l'ouvrage qu'ils entreprennent. Mais comment supposer qu'un roi abandonne , avec indifférence, ce qui est vivement attaqué, et qu'il n'y ait pas autour de lui une résistance mesurée sur les usurpations qui le menacent? Dans ce premier mouvement qui agite les peuples, lés novateurs ne sont pas appaisés, même par leur succès. A défaut de résistance, ils s'irritent contre le regret qu'ils soupçonnent. L'esprit de révolution est un esprit de conquête ; il avancerait toujours sur le terrain qu'on lui aurait cédé; il avancerait par défiance et par ambition , et il atteindrait, de proche en pro^
che, UQ dernier point où la guerre éclaterait. On doit long* temps hésiter, avant de reprocher à l'inflexibilité de Charles des malheurs que sa faiblesse même n'a pas détournés. Mais , i^our la justification des premiers hommes qui s'éle* Tèrent contre la prérogative royale, on ne peut nier que l'es* prit de changement ne fût, à cette époque, répandu dans toute la nation. La faculté de dissoudre les parlements est un appel au peuple, une seconde expérience sur la volonté nationale. Si le peuple renvoie toujours les mêmes hommes, ou des hommes animés des mêmes sentiments, il est manifeste que le principe de la résistance est en lui. Ainsi, quoique les révolutions ne s'achèvent que par les mains d'une faction, elles commencent sous le nom de réforme, avec le suffrage public; et c'est pour cela qu'elles commencent. [1640.]
Un écrivain royaliste ^ n'a point hésité à dire , en parlant de la formation du long parlement : <c Aucune époque^n'a « produit de plus grands hommes que ceux qui siégeaient (c dans cette assemblée ; ils avaient les talents et les inten- « tions nécessaires pour rendre la patrie heureuse , si , par u un fatal enchaînement de circonstances , l'Angleterre a n'eût pas été mûre pour sa ruine. » Les premières démarches de ce parlement parurent en effet légitimes et sages. On réclama contre les taxes arbitraires et les sentences des cours spéciales. On peignit vivement les nombreux abus du pouvoir absolu , et , ce qui était une grande mais juste punition de l'arbitraire, le même iSngage se retrouva dans la bouche des bons citoyens et dans celle des factieux. Parmi les antagonistes les plus ardents du pouvoir absolu, parurent d'abord des hommes qui s'associèrent depuis à l'infortune de Charles. Tel était sir Edward Clarendon, historien de cette guerre, qu'il a flétrie du nom
■ Wellwod's memoirs , p. 43.