‹ Histoire de CromwellChapitre 103 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

anciens parlementaires , qui de tout temps lui avaient obéi, et qui^ suivant Ludlow * avaient été mêlés à rassemblée pour la surveiller et la trahir. Cette réunion , assez bizarre, se tint pour la première fois au jour indiqué, le 4 juillet 1655, à White-Hall, dans la salle du conseil. Tous les membres désignés s'y trouvèrent , à Texception de Blake et de Monk , dont les noms célèbres et patriotiques servaient à décorer la liste de cette assemblée.

Cromwell parut au milieu de ses ofiBciers, et annonça dans son exorde qu'il avait à communiquer à l'assemblée une constitution , rédigée d'après le consentement et l'avis des principaux de l'armée. Ayant ensuite prévenu l'assemblée que sa harangue serait courte ', parce que la petitesse de la salle rendait la chaleur incommode, il entra dans le récit de tout ce qui avait été fait de grand , de miraculeux depuis le commencement de la guerre ; il reconnut partout la main de Dieu ; dans le jugement du roi, dans la suppression de la chambre des pairs, dans la manière dont la chambre des communes avait été épurée, passée au crible, réduite à une poignée. Alors il s'étendit avec beaucoup de diffusion et d'amertume sur toutes les démarches , toutes les conférences amicales qu'il avait essayées auprès de la chambre , avant de la dissoudre. Après avoir épuisé les répétitions sur ce point, il parla de la convocation nouvelle, et des voies extraordinaires qui la préparaient. C'est une espèce de sermon , rempli du nom de Dieu et de citations de l'Écriture. Il exhorte les députés à être fidèles avec les saints , il les félicite d'être avoués par Jésus-Christ, et d'avouer Jésus-Christ. « Si quelqu'un, dit-il, vous interro- « geait et vous présentait l'Évangile, vous pourriez jurer que « vous n'avez rien fait, ni directement, ni indirectement, « pour venir ici. Vous avez été purement passifs; personne

' Lodlow^s memoirs , p. 463.

* The Parliamentary history^T. XXI, p. 153.

« de vous ne concevait la pensée , il y a trois mois , de voir « une réunion comme celle-ci, appelée à la suprême auto- <( rite. » C^était une adresse assez remarquable d'éluder ainsi Télection populaire par la vocation divine , et de flatter cette assemblée au nom de ce qu'il y avait d'illégal et d*inusité dans sa réunion.

Enfin , après beaucoup de paroles de l'Écriture et de raisonnements mystiques, Cromwell demande pardon à ses élus de les avoir fatigués si longtemps par une si grande chaleur; il les recommande à la grâce de Dieu en son nom, et au nom de ses officiers, et il les prie de recevoir l'acte constitutionnel.

La principale disposition de cet acte transmettait dans leurs mains le pouvoir souverain de la nation , jusqu'au Z novembre 1654, sous la condition qu'ils nommeraient alors leurs successeurs pour l'année suivante. Cromwell prononça son discours avec un tel accent ' , dit un historien , qu'il était facile de voir que l'esprit de Dieu agissait en lui; du moins il jpersuada, et même au-delà de son intentipn ^ les fanatiques auxquels il s'adressait. Presque tous s'imaginèrent de bonne foi, qu'ils étaient mis en possession du pouvoir souverain.

Aussitôt que le général et ses officiers furent retirés, l'assemblée arrêta d'abord qu'elle ouvrirait le lendemain ses séances dans la salle du parlement. Le jour suivant , l'assemblée se réunit en effet à huit heures du matin. On commença par chercher le Seigneur; les âmes étaient si bien disposées, que *, suivant la remarque et l'expression d'un récit officiel, il parut inutile d'appeler le secours d'un ministre, et les membres se chargèrent eux-mêmes de tout le service divin. Huit ou dix d'entre eux adressèrent des prières à Dieu. Quelques autres firent de courtes prédica-

■ The Parliamentary bistory, t. XIX, p. 175.

» Jbid., p. 181.

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