LIVRE SEPTIEME
fions sur les discours du général , et sur l'attente du peuple de Dieu. Les cœurs du plus grand nombre étaient saisis d'une allégresse intérieure; quelques-uns affirmèrent que dans aucun moment de leur vie , dans toutes leurs réunions et dans tous leurs exercices de piété^ ils n'avaient autant joui de la présence et de la communication intime de Jésus- Christ. C'est ainsi que parlent quelques auteurs contemporains , dont la crédulité a du moins le mérite de faire concevoir la singulière illusion qu'ils partagent en la racontant.
Cette pieuse extase de l'assemblée dura jusqu'à six heures du soir; alors on s'occupa de l'élection du président^ et l'on choisit Rouse, membre obscur du long parlement. Une commission fut chargée de porter au lord-général l'invitation d'assister et de participer aux délibérations^ comme membre de la chambre. On résolut également que Lambert, Harrisson, le major Desborough , et le colonel Tomlinson, seraient admis à prendre séance.
Il n'est pas sans intérêt de suivre les premières démarches de ces fanatiques , qui devinrent bientôt importuns à Cromwell. Dans la seconde séance ils résolurent , la question étant mise aux voix, que ce jour-là on ne chercherait point le Seigneur ; et pour en venir aux affaires , ils commencèrent à rectifier l'acte de leur institution , et décidèrent à la majorité qu'ils prendraient le nom de parlement. Bientôt après ils élurent un conseil-d'état , où furent nommés Cromwell et ses plus fidèles amis. [1653.] Le lundi suivant, la séance fut toute consacrée à la prédication et à la prière : Cromwell était présent et montrait beaucoup de foi.
Le nom de parlement , que Cromwell s'était bien gardé de leur offrir, n'étant pas un vain titre , ils se l'attribuèrent solennellement par une déclaration au peuple anglais, écflle dans un tel galimatias oriental, avec un tel délire d'expressions mystiques, que l'on conçoit à peine comment
2S4 mSTOIRE DE CROMWELL.
quelques idées d'ambition, et même de politique, ont pu sortir du milieu de pareils fous. Cependant ils s'oceupèrent a?ec beaucoup d'activité de plusieurs réformes ciriles et jui diciaires. Comme le plus grand nombre d'entre eux appartenait à une secte qui , à force de piété , supprimait l'intervention sacerdotale , et attribuait à tous indifféremment le don de la prédication et de la prière , ils furent conduits par ce fanatisme à un résultat que l'on a vu naître ailleurs de l'affaiblissement des idées religieuses ; ils autorisèrent * la célébration du mariage par les justices-de-paix , et voulurent leur confier exclusivement les registres de oaissance et de mort. Un grand nombre de ces hommes étant de la secte anabaptiste, ils tendaient à faire supprimer l'acte de baptême, et à le remplacer par une formalité civile. Us s'oc cupèrent aussi de l'abolition des dîmes , qui avaient résisté à toute la révolution anglaise.
Plusieurs bills, pour améliorer le sort des prisonniers, attestent qu'il y avait dans cette assemblée quelque lunaière de raison et d'humanité. Elle conçut même le projet de réformer les lois , et de les réduire à un seul code , en langue vulgaire. Mais Cromwell ne lui laissa pas le temps d'achever ce projet. La seule réforme importante qu'elle exécuta , fut la suppression de la cour de la chancellerie , tribunal d'équité, de tous temps accusé d'arbitraire, et que le long parlement avait conservé , depuis qu'il l'avait fait occuper par ses membres. La nouvelle assemblée la détruisit : et ce fut alors que Whitelocke , commissaire du sceau , perdant la plus importante prérogative de son emploi accepta l'ambassade de Suède , et partit pour cette mission.
Les derniers triomphes de Blake et Monk n'avaient pas terminé la guerre avec la Hollande. Leur flotte victorieuse se reporta sur les côtes de Hollande, qu'elle tenait pour
■ Registro etiai» iaseri statutum est non baptismum infantulorum 9^4 nativitatem. Elenchui motuum miperorum, p. 171.