LIVRE SEPTIÈME
ainsi dire assiégées, tandis que les états firent partir un envoyé pour jeter quelques préliminaires de paix. Cromwell refusa de faire retirer les vaisseaux anglais avant la conclusion du traité, que cependant U désirait. Le peuple de Hollande, à qui ses anciennes victoires et le sentiment de la liberté inspiraient un juste orgueil , força ses magistrats de feire un dernier efFort. Deux mois après leur défaite , ils eurent une flotte très nombreuse. [1653.]
Tromp sortit le premier avec soixante-dix vaisseaux, et soutint contre la flotte anglaise un léger combat, qui fiit terminé par la nuit. Mais le lendemain , s'étant réuni à Tes-^ cadre de Witt, il chercha et atteignit les Anglais. Le combat ftit terrible, et tel qu'il pouvait être entre deux peuples nés pour la mer ; l'un défendant une supériorité acquise , et qui semblait nécessaire à son existence ; l'autre , animé d'une gloire nouvelle, qu'il sentait faite pour lui. Au milieu de cette lutte acharnée, le brave amiral Tromp, qui, l'épée à la main debout sur le tiUac , était en vue de ses soldats et des ennemis , fut abattu d'un coup de mousquet. Ce malheur jeta le désespoir et la confusion dans la flotte hollandaise ; on la vit en désordre fuir à toutes voiles vers leTcxel. Elle perdit dans le combat et dans la retraite près de trente vaisseaux, pris ou coulés à fond. Un des vice -amiraux, Ewson , fut fait prisonnier.
Monk * annonça cette grande victoire , sans être d'abord instruit de la mort de Tromp. Les lettres et la relation étaient adressées à Gromveell comme président du conseild'état. Il en fit lecture devant le parlement, qui vota des secours aux matelots blessés. Sur la proposition du conseild'état , le parlement décerna aux amiraux vainqueurs deux chaînes d'or [1653] de la valeur de 500 livres sterling chacune , réservant pour les vice-amiraux et les officiers d'au-
' The Parliamentary history , v. XIX , p. 500.
très présents moins précieux. Ce fut Gromwell qui^ dans un dîner ^ offrit à Monk et passa lui-même à son col cette glorieuse décoration.
Ce dernier succès , en réduisant les états de Hollande à la nécessité de la paix, fit tomber quelques espérances qu'avaient formées les Royalistes. Les montagnards écossais avaient ranimé leur zèle si désintéressé et si malheureux. Quelques agitations se faisaient sentir en Angleterre, au point que Gromwell se crut obligé de faire ériger , par son parlement, une nouvelle cour de justice.
Gromwell se servit aussi de cette assemblée pour persécuter un des hommes les plus singuliers qu*ait produits la révolution anglaise. Get homme est Lilburn ^, qui, sans avoir montré de talents supérieurs, mérite une place dans cette grande époque , par sa haine invincible et sa protestation persévérante contre toute espèce d'injustice et de tyrannie. Né dans la condition la plus obscure, et d'abord colporteur de livres , il avait subi les rigueurs de la chambre étoilée ; il se fit écrivain, et publia de nombreux pamphlets contre l'Église. A l'époque de la guerre civile, il prit les armes pour le parlement, et s'éleva par son courage au rang de colonel. Fait prisonnier par les RoyaUstes , il fut traduit en jugement comme rebelle, et ne dut son salut qu'à l'intervention du parlement qui le réclama ; mais son indomptable amour de la liberté le souleva bientôt contre son propre parti. Le parlement, dont il dénonçait les actes arbitraires, ordonna de le mettre en jugement. Gromwell , qui avait éloigné Lilburn de l'armée, mais qui voulait attacher à la poursuite du parlement cet incorruptible adversaire, écrivit une lettre à la chambre pour s'opposer à son jugement. Lilburn , toujours plus hardi à mesure que l'assemblée devenait plus tyrannique, fut persécuté tour à tour par les Presbytériens et les
' Clarendon*8 historjr , p. 630.