LIVRE SEPTIEME
Indépendants, et enfin banni d'Angleterre. Revenu après la dissolution du long parlement, il fut arrêté par ordre de Gromwell, et jeté dans la prison de Newgate. Mis en juge* ment de nouveau, le jury l'acquitta. Cette absolution, prononcée par le jury, malgré les efforts des juges, irrita singulièrement Gromwell, dont Lilburn avait démasqué , dans sa défense, le despotisme et l'hypocrisie. Elle lui parut, suivant l'expression d'un historien , une plus grande défaite que la perte d'une bataille. Il fit ordonner par le parlement ' que la sentence serait revisée , et que Lilburn resterait prisonnier sans qu'aucun tribunal pût lui accorder A'habeas corpus. Lilburn mourut en prison, martyr de la liberté sous tous les pouvoirs , et traité d'esprit chimérique et insensé par ceux qui ne conçoivent pas la résistance contre le plus fort.
Ce parlement, dont Cromwell se fatigua bientôt, était cependant assez facile à conduire, au moins dans ce qui regardait le pouvoir personnel du général. Les frais de la guerre maritime ayant exigé la vente des biens confisqués , le parlement excepta le château royal de Hampton-Court , pour en laisser la jouissance à Cromwell. [1653.] Enfin, à l'époque du renouvellement du conseil-d'état, Cromwell en fut nommé président à l'unanimité des voix de la chambre. Ces hommes n'avaient pas assez de lumières , ou ne se sentaient pas assez de force pour résister au général. Mais la hardiesse ignorante avec laquelle ils frappaient toutes les institutions que la guerre civile n'avait pas détruites, leur jalousie contre le clergé , leur haine contre toutes les distinctions sociales , alarmaient la partie la plus éclairée de la nation. On peut présumer que Cromwell, qui ne pouvait les redouter, les laissa quelque temps exercer leur activité désordonnée, pour mieux faire sentir aux Anglais le prix
« The Parliamentary hi«tory, v. XXI, p. 213.
d'une administration plus raisonnable et d'une conduite plus habile. Leur bigotisme excessif commençait cependant ile gêner lui-même. Ainsi, tandis que ce général, après avoir assez humilié la Hollande, devait désirer une paix qui lui donnât le loisir d'affermir et de régler son pouvoir, ce parlement fanatique se révoltait à la seule idée de traiter ^ avec ceux qu'il appelait des politiques charnels et mondains, des ennemis du royaume de Jésus-Christ, dont P Angleterre attendait la prochaine venue.
Cependant, les magistrats de la Hollande, pressés par le mécontentement général, offraient, pour obtenir la paix, toutes les satisfactions et toutes les garanties que pouvait demander l'Angleterre. Mais le parlement répondit, « qu'il <c voyait l'accomplissement de la prophétie ; que les Gentils « et les rois de la terre feraient rage, pour se soulever con- « tre le royaume de Jésus-Christ, mais qu'ils tomberaient u devant lui et qu'ils seraient mis en pièces. »
Sans supposer, comme le font quelques historiens , que Cromwell fût encore déterminé par les instances des ambassadeurs hollandais à renvoyer ce parlement , on expliquera facilement sa conduite par le besoin qu'il avait de donner une forme précise à son pouvoir , et de fixer la place qu'il occuperait dans la République, et pendant la paix L'état ne trouvait aucune force , ni lui-même aucun appui , dans une assemblée que la forme de son élection rendait impopulaire^ et qui était ridicule par le défaut |de talent et le bigotisme. Républicains, Royalistes, ecclésiastiques, militaires. Presbytériens, Indépendants, tous les partis étaient menacés sans être asservis.
« Le perfide Cromwell * dit Ludlow , sentît alors qu'il «c était temps de jeter le masque, et résolut de sacrifier toute tes nos victoires et nos délivrances à son ambition, sous
' liUdlow^s memoirs, v. H, p. 471.