LIVRE SEPTIEME
« prétexte de s'ériger en une espèce de grand cons table ^ « pour maintenir la paix et empêcher les gens de s'entre- « couper la gorge. » Cette énergique naïveté de Ludiow explique la facilité que le despotisme trouve à s'établir, après une révolution. Gomme c'est l'ordre qui a surtout manqué pendant ce temps malheureux, c'est l'ordre que Yofï cherche , que l'on demande avant tout , et de peur de n'en pas jouir assez, on le souffre jusqu'à la tyrannie.
Cette assemblée , qui n'était pas enracinée dans l'élection populaire, ne pouvait pas opposer la même résistance que le long parlement. [1655.] Quelques créatures deCromwell, qu'il avait eu soin d'y placer, se concertèrent pour obliger leurs collègues à une démission volontaire. Le 12 décembre, ils se rendirent de grand matin à la chambre , et avant que la meilleure partie des membres fût arrivée, ils commencèrent à déclamer sur les fausses opérations de l'assemblée. Un d'entre eux déclara , » qu'il avait besoin de soulager sa K conscience d'un fardeau qui lui pesait depuis longtemps ; u que, voyant toutes les bonnes intentions de l'assemblée » n'amener que des erreurs et de fâcheux résultats, il était « pour sa part résolu de résigner son pouvoir ; qu'il ne ft pouvait consentir à siéger plus longtemps dans cette « chambra, et à se rendre ainsi coupable des désordres « et des périls de l'état. » Deux autres harangueurs aposté$ prirent la parole, et relevèrent avec amertume les fautes de la chambre, l'accusant de détruire l'armée , le clergé , et de tout troubler , et concluant à la nécessité d'une démission volontaire.
Un de ces harangueurs * était ce même colonel Wolsey, dont les grenadiers avaient expulsé le long parlement , et dont la vue seule devait avertir le nouveau parlement de son instabilité. Quelques membres de bonne foi ne laissèrent pas
' LudloTV^s memoirs, V. H, p. 472.
de repousser avec vigueur ces singulières attaques ; mais les auteurs de la motion s'étant écriés que ce n'était plus le temps de discuter, l'orateur , gagné secrètement à Cromwell, quitta la chaire, et se retira précédé du sergent, qui emporta la masse, comme s'il eût été du complot, dit un historien. Près de quatre-vingts membres suivirent ; et s'étant réunis à White-Hall, ils dressèrent un acte, par lequel ils se démettaient de leur pouvoir entre les mains du lord-général.
Une trentaine de membres étaient demeurés dans la salle, sous la présidence d'un nouvel orateur. Du nombre de ces opiniâtres étaient Harrisson, docile créature de Cromwell ; il tint ferme avec ses collègues , jusqu'au moment où le colonel Goffe et le major White vinrent les chasser de la salle. Harrisson refusant de sortir et prétendant qu'ils étaient là pour chercher le Seigneur : V(ms ne le trouvevez pas, répondit le colonel, car il y a, ma foi, longtemps qu'il n'est venu par ici; et en même temps, il fit entrer une compagnie de soldats , pour mettre l'ordre du général à exécution. Harrisson comprit enfin l'ambition de Cromwell, et alors il brava toute sa haine, sans fléchir et sans se plaindre. Quelques autres de ceux qui avaient résisté voyant la partie perdue, allèrent signer l'acte de démission. Lorsque l'on présenta cet acte à Cromwell , il leva les yeux au Ciel *, affectant autant d'humilité que de surprise , et refusa de le recevoir. Il parut ne céder qu'aux importunités de Lambert et de quelques autres officiers, qui le pressèrent longtemps, au nom de l'intérêt et du repos de la nation. L'année suivante, à l'ouverture d'un nouveau parlement, Cromwell eut soin d'affirmer, qu'il n'avait pris aucune part à ce projet, et qu'il l'avait même ignoré jusqu'au moment Où l'acte de démission lui fut apporté par l'orateur.
' The Parliamentary bistory , v. XXI, p. 244.