‹ Histoire de CromwellChapitre 108 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Malgré cette feinte surprise, Cromwell profita de la démarche du parlement en homme qui l'avait préparée et attendue. Le jour même il fit une réunion d'oiBciers. Après trois jours de prières et de discussions, on résolut de choisir un conseil de personnes pieuses et discrètes , qui ne seraient ni plus de yingt-une ni moins de treize; et Ton décida que le général était élu Protecteur des trois royaumes. Ce fut dans cette assemblée que Ton prépara l'instrument d'état qui devait donner une apparence de légalité à ce pouvoir nouveau. En vertu de cette élection faite par des hommes qui n'avaient aucun titre, Cromwell se mit dans une possession publique et solennelle de l'autorité. Le 16 décembre , il sortit de White-Hall en grand appareil. Le cortège se composait des commissaires du sceau, des juges, et des barons de diverses cours, vêtus de robes longues, du lord-maire, des alderman en robe d'écarlate, du greffier de la ville, du porte-épée, tous en voiture. [1653.] Cromwell venait le dernier, seul dans sa voiture, et habillé de velours noir. Il avait autour de lui sa garde ; et beaucoup d'officiers escortaient à pied, sur les côtés et en avant de sa voiture. Ce cortège se rendit à la salle de la chancellerie dans Westminster. Un fauteuil était préparé. Cromwell se tint debout à la gauche de ce fauteuil ; et les commissaires du sceau , les juges , le conseil-d'état, les officiers , s'étant rangés à l'entour, suivant un cérémonial convenu, le major Lambert prit la parole ; il exposa la dissolution du parlement et le besoin pressant des affaires. Au nom de l'armée et des trois royaumes, il pria le général d'accepter la dignité de Protecteur. Cromwell consentit après beaucoup de résistance , et l'un des secrétaires du èonseil fit aussitôt lecture de l'instrument d'état.

Cet acte, que le conseil des officiers venait de rédiger à la hâte , était combiné avec assez d'artifice , pour allier quelques apparences républicaines avec un pouvoir plus

fixe , et plus étendu que celui même des anciens rois.

Le premier article disait : u La suprême autorité législa- « tive résidera dans une personne, et dans le peuple assem- « blé en parlement, le titre de cette personne sera, lord « Protecteur de la République d'Angleterre, d'Ecosse et « d'Irlande. »

La série des attributions du Protecteur comprenait Fadministration , la guerre, les traités, le droit de faire grâce, enfin tous les privilèges du trône. Mais le retour de la chambre des communes était assuré, et elle était rétablie sans la concurrence de la pairie, ce qui flattait ropinion républicaine. Une partie de Yinstrument d'état était consacré à régler les droits du parlement. On y voyait même inséré, comme article fondamental, un tableau du nombre des députés que devait élire chaque ville^ chaque bourg, chaque comté. La dissolution de la chambre, prérogative indispensable à la couronne, avait été l'un des grands griefs des Républicains contre l'ancienne monarchie. Aux termes de la nouvelle constitution, le parlensent, qui se renouvelait tous les trois ans, ne pouvait être pendant un intervalle de six mois, à dater de sa réunion, dissous ni prorogé que de son consentement. La compétence du parlement s'étendait à toutes les lois et à tous les impôts ; on n'exigeait pour être élu que l'&ge de vingt-un ans, et la réputation d'homme intôgre et craignant Dieu. Il suffisait pour être électeur, de posséder un bien réel ou personnel de la valeur de deux cents livras sterling.

Par ces dispositions, Cromwell semblait rendre beaucoup d'influence et de liberté au pouvoir démocratique ; mais il avait tellement multiplié les exceptions, qu'il anéantissait le droit. Dans une foule de cas indiqués, l'élection devait être nuUe, et même punissable. Les mots d'intégrité, de crainte du Seigneur, aussi puissants que ceux depatrio-

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