LIVRE SEPTIEME
iùme ou de civisme, donnaient nn scrutin épuratoire dont Gromwell disposait. Le conseil-d'état se trouvait le juge suprême de toutes les difficultés relatives aux élections; et, par le fait, il devint Télecteur en dernier res* sort.
Cette institution du conseil-d'état était le chef-d'œuvre de la politique de Gromwell. Maître absolu de cet(e assemblée peu nombreuse, et remplie de ses créatures, il semblait, par son instrument d'état, en faire un corp« constitutionnel, associé au gouvernement, et sur lequel il rejetait une partie du pouvoir. Tout devait se décider par le Protecteur, et la majorité du conseil. Enfin, c'était au conseil qu'était exclusivement réservé le droit d'élire un Protecteur : car Gromwell avait eu soin de ne pas rendre héréditaire cette dignité déjà si choquante pour les Républicains , et l'on croit même que ce fut un artifice par lequel il tenait ses principaux officiers dans la soumission et la rivalité , les amusant l'un après l'autre de l'espérance de lui succéder.
Après la lecture de l'instrument d'état, le lord Protecteur prêta serment de gouverner les trois nations suivant les lois, statuts et coutumes. D'après les premières expressions de ce serment ^ , il paraissait fonder son pouvoir sur la résignation que le dernier parlement avait faite entre ses mains ; et c'était sa seule volonté qui avait créé ce parlement, duquel il prétendait emprunter son droit. JamaM inconséquence ne fut plus manifeste et plus puérile. Gependant il j avait dans ce nom de parlement une illusion si forte, et le peuple était alors tellement dominé parles mots^ que Gromwell avait sans doute raison de risquer cette absurdité.
Après avoir prêté serment, Gromwell s'assit: le général
' The Parliamentaiy hûtory, y, XXI, p. 363.
Lambert s'étant agenouillé , lui présenta une épée dans le fourreau. Le Protecteur la reçut comme un symbole du pouvoir civil, sans songer que la main qui lui présentait cette épée pacifique annonçait la source de son pouvoir, et trahissait encore l'usurpation militaire. Les lords-commissaires lui remirent les sceaux ; le lord-maire lui présenta son épée , qu*il remit aussitôt , en exhortant ce magistrat à en faire un bon usage.
La cérémonie terminée, le cortège reprit sa route, au milieu des acclamations du peuple et des soldats. Le lordmaire à cheval, la tête nue, portant Fépée, précédait la voiture de son altesse. Arrivés à White-Hall , ils entendirent une exhortation religieuse, prononcée par le chapelain du Protecteur.
Gromwell se* fit souvent un titre de cet assentiment des autorités municipales. Cependant ces magistrats n'étaient ni par leur origine, ni par leur pouvoir, les interprètes de la volonté du peuple. Sous la monarchie, la nomination des shériflFs dépendait entièrement de l'influence royale, et se^ faisait chaque année par le concours des juges et des grands officiers de la couronne, excepté dans le Middlessex et le Wesimoreland, où l'élection populaire s'est conservée, non comme un droit démocratique, mais comme une ancienne concession féodale. Le long parlement, attentif à s'approprier toutes les prérogatives dont il dépouillait le trône, s'était bien gardé de rendre au peuple l'élection de ses magistrats, et il avait même fréquemment usé du droit de révocation qui appartenait à la couronne. Une proclamation du conseil*d'état enjoignit aux shériffs, baillis, officiers publics, de faire partout reconnaître le nouveau gouvernement. Gromwell, dès le jour de son installation, affecta un grand et nouvel appareil; et malgré la rudesse religieuse des mœurs du temps, il prit un cérémonial pompeux.
Ce changement prévu depuis longtemps ne trouva point