LIVRE PREMIER
de rébellion , attaché à la couronne par naissance et par devoir, ami fidèle de Charles, mais qui se souvenait alors, avant tout, que son père mourant lui avait recommandé les libertés de la nation.
Tel était lord Fakland ^ , ce sévère adorateur de la vérité, duquel on a dit qu'il ne croyait pas la dissimulation plus permise que le vol; Fakland, ennemi de la cour, sujet fidèle par obéissance à la loi, mais aussi ne pouvant pardonner ni au roi ni à personne la violation de la justice , et pénétré d'un respect naturel pour tous ceux qu'il en croyait les soutiens; zélateur empressé des droits du parlement, incapable de persévérer dans cette cause , du moment où il y soupçonnerait moins de franchise et de candeur qu'il n'en avait lui-même. Parmi ces généreux * contradicteurs du pouvoir, on comptait encore lord Gapel, qui, lorsque l'opposition s'avança trop loin , lorsque les droits légitimes du trône parurent en péril , se rangea près de Charles opprimé , et s'arrachant à tous les engagements d'une opulente fortune et d'une heureuse famille , jeta ses richesses et sa vie au milieu de* cette affreuse guerre , défendit Colchester avec tant de courage; et, conduit à l'échafaud, mourut en recommandant aux Anglais de pleurer Charles I"' et de rappeler Charles II. Enfin presque tous les membres du parlement qui prirent les armes pour Charles , avaient , dans ces premiers moments , manifesté la résistance , qui était alors le vœu de l'Angleterre. ,
Mais il se trouvait aussi dans la chambre des communes d*autres hommes, qui, sous l'apparente unanimité d'une opposition vraiment nationale , cachaient de plus profonds desseins. Le sentiment secret de ces hommes était Fhorreur de toute primauté politique et religieuse. Us ne savaient pas , ils ne calculaient pas jusqu'où irait leur puissance de
' aarendoii*8 history, p. 111.
* A critical review of the poUtical Ufi of Cromwell, by John Banks , p. 10.
détruire ; mais ils avaient une volonté inflexible et une haine inexoraUe. Quelques-uns ne reconnaissaient d'autre religion que le déisme. Ce parti, le moins nombreux de tous, se distinguait par la supériorité des caractères. Il comptait quelques âmes stolques éprises de la liberté à la manière des héros de Plutarque, et profondément indignées de ce qu'elles appelaient Tesclavage et la superstition de leurs concitoyens. Le chef de ce parti était Sidney : républicain violent et incorruptible , plein de génie de l'andenne Ro.me , il fit la guerre à Charles I"*, comme il eût conspiré contre César.
Des hommes non moins redoutables pour le trône, c'étaient les sectaires, qui croyaient, en sapant le pouvoir de Charles, accomplir une œuvre pieuse, et portaient dans cette lutte Tautorité de leurs mœurs, la persévérance de leur conviction , et la chaleur de leur enthousiasme. Le plus dangereux de tous était Pym , longtemps exercé dans les affaires et dans les parlements , et mêlant toujours les formes modérées de la dialectique à Facharnement le plus opini&tre. Les Anglais vénèrent encore la mémoire de Hampden : mort trop jeune pour avoir eu le temps de se démentir, il laisse douter s'il entra dans la guerre cif ile par ambition ou par vertu.
Henri Yanes , d'un esprit supérieur, d'une dissunulation profonde, d'une éloquence forte et vive, avait de bonne heure agité et gouverné les hommes par l'enthousiasme religieux. Mécontent de l'église nationale , il était passé à la Nouvelle- Angleterre, le refoge de toutes les croyances. Ses talents le firent nommer gouverneur de la colonie ; il la troubla par ses doctrines : et dans une société fondée sur la tolérance de tous les cultes , il ne put ni trouver , ni laisser la paix. Repoussé vers l'Angleterre, il y reporta plus de modération , et se vit attaché au gouvernement par un emploi honorable; mais une préférence injuste, qui