LIVRE SEPTIÈME
publique et donna lecture de Yinstrument d'état, quelques officiers avaient essayé d'élever la voix contre cette nouveauté ; mais Cromweli les interrompit, en les avertissant qu'il n'était plus temps de discuter sur le fond même du gouvernement, et qu'on voulait seulement connaître leur opinion sur la forme de l'acte. Renfermés dans ce cercle étroit, ils avaient demandé que du moins à l'avenir le titre de général fût incompatible avec la dignité de Protecteur, et qu'aucun des parents du Protecteur ne pût être cboisi pour lui succéder ; mais on avait tenu peu de compte de ces demandes. Lambert, dans une seconde réunion, leur déclara que le général prenait sur lui tout le soin des affaires civiles , et Cromweli les congédia ^ sans les écouter davantage , en leur disant d'aller remplir leurs charges et de retourner à leur régiment , pour veiller au maintien de la paix publique. Les officiers qu'il fit entrer dans son conseil se mêlèrent seuls des affaires civiles; chacun d'eux reçut un traitement annuel de mille livres sterling. L'administration du trésor public fut confiée à trois membres du conseil également choisis dans l'armée. Desborough , beau-frére de Cromweli, Sydenham et Montagne , ses créatures.
Quoique son usurpation rassurât les Royalistes, il redoutait leurs vengeances; et n'ayant plus mis entre le trône et la révolution que la vie d'un homme, il craignait que le zèle ou l'intérêt n'armassent contre lui le bras d'un assassin. Dans cette pensée, il afi^ectait de dire, qu'entre deux partis ennemis les hostilités devaient être égales , que jamais les assassinats ne commenceraient de son côté; mais que, si les cavaliers l'attaquaient par cette voie et manquaient leur coup, il avait le moyen de faire périr toute la famille royale. L'adresse et la corruption l'introduisaient dans les complots des chefs de ce parti. D'ailleurs, tout en l'effrayant, il ne
■ Ludlov's roemoirs, v. U , p. 477.
ropprimait pas; et Q semblait même le protéger contre la violence des Indépendants. Cromwell donna la preuve de cette adroite impartialité , en appelant aux fonctions judiciaires un des hommes les plus chers au parti royaliste, Sir Mathew Haie , qui s'était offert pour défendre le roi, et qui, par une vocation généreuse, avait plaidé la cause du duc Hamilton, de lord Holland et de lord GapjgL Cromwell, soit pour donner une sauvegarde aux Royalistes, soit pour re*lever son pouvoir, par l'adoption d'un homme de bien, s'empressa de lui offrir une place de juge dans la cour des plaids communs. Haie , après avoii* hésité , consentit , vaincu par les instances de plusieurs de ses amis du parti royaliste ; et considérant^ que, puisque dans tous les temps le maintien de la justice et de la propriété était d'une nécessité absolue, il n'y avait point de péché à recevoir les fonctions judiciaires des mains d'un usurpateur. Mais, ce qui sert à caractériser l'esprit de cette époque, plus encore que la loyauté de ce magistrat, c'est qu'avant de se déterminer, il prit la décision de deux théologiens célèbres.
Cromwell eut bon marché des Presbytériens. Cette secte, demi-royaliste en fait de politique , demi-indépendante en iait de religion, avait eu beaucoup à souffrir de la violence et du mépris des Indépendants. Ennemie des évéques par principe, mais zélée pour le maintien des ministres, elle avait vu avec effroi les efforts de la dernière assemblée pour supprimer toute puissance sacerdotale. Les Presbytériens étaient des révolutionnaires modérés ; ce sont les gens les plus mal^ traités dans la violence et le choc des partis. L'usurpation de Cromwell leur parut une sauvegarde. Cromwell, afin de leur donner un gage de paix , en introduisit quelques-uns dans un comité qu'il forma pour l'examen des prédicateurs et la distribution des bénéfices vacants.
' The life and death of sir Matthew Haie, p. 92 et 95.