LIVRE SEPTIÈME
Les lodépendants donnèrent plus de peine au Protecteur, n affectait toujours de tenir à ce parti. Les hommes dont il composa son conseil étaient presque tous des Indépendants, mais sans principe arrêté, sans autre conscience que Tobéissance militaire , et couvrant du nom de leur secte le plus servile dévouement aux ordres d'un maître. Les pre* miera et les véritables Indépendants se tenaient à l'écart , depuis la dissolution du long parlement. Il était de la nature de cette secte de se subdiviser sans terme. Les deux extrêmes étaient les Républicains politiques , et les Repu* blicains fanatiques, ou partisans de la cinquième monaT" ehie. Les premiers, dans la rigueur de leurs principes, ne cherchaient que le perfectionnement de la liberté civile , et paraissaient dégagés de la préoccupation religieuse qui dominait leur siècle. Quelques-uns professaient ouvertement le pur déisme. Gromwell , qui ne pouvait rien sur eux , les appelait la secte des Païens. De ce nombre étaient HasIerig, Sidney, célèbre par ses écrits et par l'iniquité de sa mort, inflexible sous Gromwell comme sous Charles P'; Harrington, qui cependant dédiait à Gromwell ses livres républicains; Henri Nevil, Ghalloner , savants et philosophes , esprits hardis et élevés, mais peu compris de la foule, qui ne concevait guère l'indépendance politique qu'à la faveur de l'enthousiasme religieux.
Gromwell trouvait peut-être plus d'obstacle dans les Aommes de ta oinguiàme monarchie qu'il avait trompés tant de fois. Geux-ci, dans leur attente d'une royauté spirituelle, furent singulièrement irrités de son usurpation , et le traitèrent d'ante^christ. Mais il avait prise sur eux par le fanatisme ; il leur parlait dans leur langage avec des torrents de larmes. Malgré le cérémonial qu'il affectait depuis son élévation, il les accueillait sur le pied de l'ancienne familiarité. Quand 11 était seul avec eux, il les obligeait de s'asseoir à ses côtés le chapeau sur la tête. Il leur protestait, qu'il
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aurait mieux aimé avoir reçu la houlette d'un berger que la dignité de Protecteur : « Rien n'était plus contraire à son « inclination que l'appareil de la grandeur. Mais il aTait « fallu sauver la nation du malheur de tomber dans le der- « nier désordre , et d'être livrée sans défense à l'ennemi u commun. Il avait consenti à se placer , dans ce court inu tervalle, ^nlre la vie et la mort, jusqu'au moment que Dieu u les conduirait au point où il voulait les fixer. Alors il re« « jeterait ce lourd fardeau avec une joie égale à sa douleiur « présente. » Il leur proposait de prier ensemble ; et c'était ainsi que l'entretien finissait presque toujours.
Cependant , malgré ces premières apparences , nous verrons Gromwell persécuter cette secte , et surtout le major Harrisson , dont il avait trompé si longtemps la bonne foi , mais qu'il ne put jamais eif rayer, ni corrompre. Le parti dans lequel Gromwell trouva le plus de résistance et de haine, se composait de quelques restes de la faction des niveleurs ou des agitateurs, dont il s'était d'abord servi, mais qu'il avait eu besoin de contenir et de frapper avant même la mort du roi. Ces démocrates, appartenant tous à l'armée, lui paraissaient doublement dangereux par leur fureur d'égalité, et par l'exemple de leur turbulente indiscipline. Gromwell en fit d'abord arrêter plusieurs ; et ce fut contre
cette faction intraitable qu'il tourna surtout sa vigilance et
la rigueur de ses lois.
Dès le premier mois de son élévation , en vertu de l'autorité législative qu'il s'était provisoirement attribuée , il rendit une ordonnance pour caractériser les délits de haute trahison. Parmi les crimes contre la vie et l'autorité du lord Protecteur, on comprend toute déclaration imprimée, écrite ou prêchée, qu'il existe encore un parlement, ou quelque loi qui en autorise la continuation. Le reste de cette ordonnance s'appliquait aux tentatives que pouvait former le parti royaliste. Gependant Gromwell , à la même époque,