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par une ordonnance, révoqua le serment de haine à la royauté, soit qu'il ait voulu ménager les Royalistes, ou familiariser les esprits avecle retour du pouvoir monarchique, sous un titre nouveau.
Gromwell, qui, malgré quelques séjours passagers dans le palais de White-Hall, occupait l'hôtel de Gock-Pit, que lui avait assigné le parlement , le quitta peu de mois après son élévation ^ , et vint , avec toute sa famille , habiter l'ancienne demeure des rois; Ludlow observe même, que la frasme de Gromwell, si rarement nommée dans son histoire, parut d'abord étonnée de la splendeur de cette nouvelle fortune, qu'elle finit par prendre en patience. Le Protecteur s'attribua également tout ce qui restait des anciens domaines de la couronne , et en confia la surveillance à une commission. Gomme il ne négligeait aucune occasion de faire reconnaître et de solenniser son pouvoir , il se fit offrir un banquet par la ville de Londres, avec les formes usitées autrefois pour le souverain. Il marqua cette intention par tout le cérémonial de la journée. Il se rendit d'abord à Temple-Bar , où il reçut l'épée des mains du lord-maire, la rendit ensuite , comme faisaient les rois , et fut harangué par le greffier de la ville. [1654.] Voici l'exorde qui n'est pas plus ridicule que le reste : « On a ' souvent observé que, lorsque Samuel offrait un « sacrifice , il réservait à Saûl les épaules de la victime , afin « de lui faire connaître par là quel était le poids du gouver- « nement. La considération de cette vérité a fait dire à « Maximilien, qu'aucun de ceux qui savent combien le dia- « dème est pesant, ne voudrait l'accepter. Les gouvernants « sont comme les corps célestes, objets de respect, jamais « en repos. »
Ge qu'on voit le plus clairement dans la suite de ce dis-
' Cromwelliana , p. 139.
* Tbe Parliamentary history, v. XX , p. 271. ^
iH)urs, c'est qpie CromweU est tout*puissaat, et que l'ora* teur coaf6nd péle-méle un reste de dootrine anarchicpie ii?ec toutes les maxioies de Tobéissance passive et du droit divin, tant reprochées au règne des Stuarts, « La désignait tion du gouyernement , dit-il, quant aux formes et aux ' Il personnes , est une chose variable , mais le gouvernement u lui-même, considéré d'une manière abstraite, dans son K type originel, est une institution divine. » Or, CromweU fst choisi par Dieu , qui lui a donné les affections du peuple. Il est assez curieux de voir comment, de quelque point qu'on soit parti, on sait toujours retrouver la doctrine da pouvoir absolu , dès qu'il s'est élevé quelqu'un pour en profiter. Le Protecteur répondit : « qu'il était très obligé à la f( cité de Londres de ce témoignage de considération et de M tous ceux qu'elle lui avait déjà donnés. » Puis étant monté à cheval, et suivi d'un magnifique cortège, il se rendit à Grocers-Hall , où le banquet de la ville était préparé. Ludlow assure que , dans cette marche prolongée à travers les principales rues de Londres , le Protecteur , qui se tint presque toujours la tête découverte , fat peu favorablenient accueilli. Mais c'était beaucoup d'avoir forcé cette populace de Londres, enivrée de démocratie, à supporter le renouvellement d'une pompe toute royale. CromweU , afftotant une des prérogatives de la couronne , fit chevalier le lord-maire , et lui donna sa propre épée. Dans un pays , où les autorités municipales avaient toiyours eu beaucoup de force , cette reconnaissance publique et respectueuse de la puissance du Protecteur ne pouvait paraître un cérémonial indifférent. Ludlow ne dissimule pas qu'il en fut lui-même frappé, et qu'il y vit un témoignage du progrès de l'usurpation.
Cette soumission, que CromweU trouva dans les trois royaumes, était secondée par l'assentiment de tous les états de l'Europe. Ce n'est pas, sans doute, que le meurtrier juridique d'un roi, succédant au pouvoir de celui qu'H a fiiit
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périr, D6 dût paraître un horrible exemple; mais la politique et les idées des différents peuples n'étaient pas encore asseis rapprochées; et l'Angleterre particulièrement était trop séparée des autres royaumes, par sa position et par ses anciennes formes politiques , pour que cet exemple parût k craindre. La révolution était enfermée dans TAngleterre, pomme le Puritanisme. Ailleurs, les assemblées qui en avaient été Tinstrument n'existaient pas , et les idées qui en juraient été la cause n'étaient pas comprises. Un sentiment de dignité, qui est aussi une maxime de politique, aurait dû sans doute interdire à des souverains toute alliance avec le meurtrier d'un roi. Ce sentiment n'arrêta point les ministres, qu'un hasard rendait ators maîtres absolus dans prèsque tous les états. Par une autre circonstance, qui paraîtrait singulière, si les démarches des cours devaient s'expliquer par leurs opinions, et non pas uniquement par leur force ou par leur faiblesse, ce fut l'Espagne ^ , que l'on vit la plus empressée à reconnaître l'usurpation de GromwelL L'ambassadeur espagnol, don Louis de Gardenas, vint le premier rendre hommage au Protecteur. Jl l'engagea même à s'emparer ouvertement de la couronne d'Angleterre, lui offrant et lui promettant pour cette entreprise le secours de Sa Majesté Catholique, bassesse à laquelle Gromwell affecta de ne point répondre. L'ambassadeur de Portugal viot ensuite. Le cardinal Mazarin, dont la politique était aussi dépourvue de fierté que de probité , n'hésita point è féliciter le Protecteur d'une élévation qu'il pressentait depuis longtemps. Presque tous les autres états reconnurent Cromwell. On remarqua même une ambassade de l'électeur de Brandebourg , puissance alors presque ignorée en Europe . Une reine célèbre, que sa philosophie peu morale mettait au-dessus des bienséances et des devoirs, et qui sans
' The Parliamentary history, v. XX, p. ^S.
256 HISTOIRE DE GROMWELL.
doate ne s'intéressait guère à .l'inviolabilité des trônes , au moment où elle méditait de quitter le sien, Cihristine, affecta même envers Gromwell tous les égards de Tadmiration et de Famitié. Whitelocke , envoyé d'abord en Suède comme ambassadeur de la république, fut reçu avec de grands honneurs, qui s'augmentèrent encore, lorsqu'il annonça l'élection du Protecteur. Il vit souvent la reine , et conclut avec elle un traité tout en faveur des vues de Gromwell. Le génie singulier de Gbristine, souveraine absolue, aimait les victoires de la liberté anglaise ; et par un autre caprice, elle se plaisait à l'élévation de Gromwell, qui, tout en détruisant cette liberté, lui semblait du moins interrompre la marche ordinaire du monde et démentir le préjugé des couronnes. La reine, dans son estime pour l'ambassadeur anglais, alla même ^ jusqu'à lui confier quelques mois d'avance le projet de son abdication. Ge fut, en effet, cette même année, qu'à l'âge de vingt-six ans, Gbristine, puissante et respectée , déposa la couronne , et qu'étant partie sans suite et sous des vêtements étrangers à son sexe , elle vint à Rome se faire catholique , par indifférence pour toutes les religions.
Mais la négociation la plus importante pour le Protecteur , était celle qui devait glorieusement terminer la guerre contre la Hollande.
Avant d'être nommé Protecteur, Gromwell, dans une longue conférence avec Bevervingck , envoyé des Provinces-Unies , avait paru demander que la Hollande sacrifiât toute autre alliance à celle de l'Angleterre; il répétait l'axiome : Saluspopuli suprema lex esto, pour faire entendre que le commerce, qui faisait la force et la richesse de la Hollande, ne pouvait être assuré que par un traité de paix et d'alliance avec l'Angleterre. Il se renfermait d'ailleurs
• 1^1iitelocke*8 memorials, p. 564.