‹ Histoire de CromwellChapitre 115 sur 222 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

dans Tancienne idée du long parlement, et déclarait, qu'il ne voulait exercer aucune influence sur le gouvernement intérieur de la Hollande , mais établir une coalition entre les deux peuples. Cet entretien eut lieu sans témoins. Grom* well s'exprimait en anglais , et l'ambassadeur lui répondait en langue latine.

La négociation fut continuée par des commissaires de CromwelK qui avait soin d'ordonner, en même temps, de nouveaux préparatifs maritimes et des levées de matelots. Les premières propositions étaient rigoureuses et soutenues avec la fierté de la victoire. Dans une nouvelle conférence, devant le conseil-d'état, Gromwell, après avoir prié Dieu % qui voit dans les cœurs , de manifester la droiture de ses intentions , déclara qu'il renonçait au projet de coalition , et qu'il voulait seulement assurer, entre les deux peuples, une alliance intime et favorable à leurs intérêts mutuels.

Cromwell soutint ce caractère de modération ; et , dans plusieurs occasions, il affecta même de répandre des larmes ' , en exprimant le regret de voir deux états , si rapprochés par la religion , désunis par la guerre. Mais les propositions communiquées par le conseil^d'état n'en furent pas moins impérieuses. L'un des articles avait pour objet d'exclure du stathoudérat le prince d'Orange , comme allié de la famille des Stuarts. Le conseil-d'état réclamait d'ailleurs des indemnités immenses ' et imprévues , prétendait lever un impôt sur les pêches des Hollandais , se réserver un droit d'inspection sur leurs navires , et fixer le nombre de ceux qu'ils pourraient mettre en mer. Cette rigueur extrême faillit rompre les négociations, lorsque l'élévation de Cromwell au Protectorat vint donner une face nouvelle aux affaires. [1654.] Les envoyés de Hollande furent préve-

' ThurIoe*8 state papers, y. I, p. 417, 418, 438.

■ Ibid.^ p. 616. Correspondance de Tambassadenr de France.

nus par le maître des cérémonies , qu'ils deraie^t traiter aree le lord Protecteur, dans les mêmes formes qu'avec leé anciens rois ^ Après de longues discussions, le Protecteur, que les embarras de sa nouTcUe puissance obligeaient l quelques ménagements , abandonna ce qu'il y avait de trop rigoureux dans les premières demandes dtt conseil ; et la paix^ut signée le 5 avril, après une guerre de dix-huitmois,

qui avait si puissamment concouru à la grandeur et i Y\ilustrationde la république d'Angleterre.

Par ce traité , les Provinces-Unies reconnaissaient la su^

prématie du pavillon britannique ^; elles s'engageaient ï donner satisfaction du massacre des Anglais dans l'Ile d'Am* boyne , vieille injure , dont la réparation tardive flatta ûûr» gulièrement l'orgueQ du peuple anglais. Ludlow assure qné les états de Hollande promettaient de se soumettre à l'acte de navigation; mais cet article n'est pas formellement exprimé dans le traité; et l'on n'y trouve qu'une reconnaissance générale des lois de commerce des deux peuples. Par un étUt cle secret, Gromwell avait fait exclure du stathondérat tout membre de la maison d'Orange % poursuivant ainsi la famille des Stuarts jusqu'au milieu d'une république étran* gère.

Une paix si glorieuse jeta beaucoup d'éclat sur le gonver^ nement de Gromwell. Le Protecteur, en ordonnant I cette occasion un jour solennel d'actions de grftces, parla, suivant sa coutume , ce langage inspiré , que la politique peut fein^ dre , mais qui s'accorde si bien avec l'entbousiasme et là gloire. Il semble que le Seigneur ait dit: « Angleterre^ tit « es ma fille aînée, ma bien-aimée parmiles nations. Smé le « Ciel, jamais le Seigneur ne s'est ainsi conduit avec aucun « peuple. Le Seigneur vient d'ajouter unAouvel anneau à la

' Thurloe^s state papers, ?. I, p. 644.

* The parliamentary history, v. XX, p. âÔ6.

Page 1