LIVRE SEPTIÈME. m
« chatne d'or de sa bienveiDance; il nous a donné la paix « avec nos voisins , les Provinces-Unies. »
Cromweli ayant imposé la paix à la seule puissance mari-* time que pût redouter l'Angleterre, et recevant lesfélicita-^ tions empressées des principaux souverains , se trouva, dèâ le commencement de son usurpation, reconnu de toute l'Europe. Il emporta cet hommage par l'inflexible hauteur de sa politique. Une circonstance remarquable fit ressortir dès le commencement ce caractère, qu'il maintint toujourii dans ses relations avec les autres états. Le frère de l'ambassadeur de Portugal ayant eu querelle, dans un lieu public, avec un Anglais nommé Gérard, se fit suivre le lendemaiii de plusieurs valets armés, qu'il chargea de venger son in-> jure. Ceux-ci tuèrent un passant , qu'ils prirent pour Gérard. Dans le désordre qu'excita ce meurtre, ils se réfugièrent avec leur maître à l'hôtel de l'ambassade, où le peuplé les poursuivit. Cromweli envoya aussitôt un officier, avec sa compagnie , pour sommer l'ambassadeur de livrer son frère. L'ambassadeur insista sur le privilège de sa dignité, et se plaignit de la violence qu'on lui faisait. Cromweli fit répondre : Un homme a été tvé, ilfanit qtie justice soit fhite} et il ordonna en même temps qu'on remit entre les mains de son officier tous les coupables , qui autrement seraient enlevés à force ouverte par le peuple. L'ambassadeur céda, et les Portugais furent conduits à Newgate. Toutes les sol* licitations, toutes les prières qu'on essaya en leur fiaiveur n*obtinrent jamais de Cromweli que cette réponse : Ilfimt que justice soit faite. Elle le fut réellement; en vain le principal accusé allégua, que non seulement il était ft*ère de l'ambassadeur, mais qu'il était son représentant, et qu'il avait secrètement le même titre que lui. Le Protecteur fit décider par la cour * que cet étranger n'aurait aucun prîvK
' Wbitelocke^s memorials, p. 550.
lége. Suivant la procédure anglaise, on ne lui accorda point de défenseur pour la discussion du fait , mais seulement pour la discussion du droit. Traduit devant un jury composé moitié d'Anglais et moitié d'étrangers, il fut condamné avec quelques autres de ses complices. [1654.] On le conduisit au lieu du supplice dans une voiture à six chevaux. Le même jour l'ambassadeur fut forcé de signer un traité , par lequel le Portugal s'engageait à payer au Protecteur une indemnité considérable.
Un fait singulier que les historiens racontent sans paraître y faire attention , et qui , peut-être , n'offre qu'une rencontre accidentelle , c'est que le même Gérard ^ , acteur principal dans cette anecdote, se trouva précisément, à la même époque , arrêté comme chef d'une conspiration royaliste. Il fut jugé par une haute-cour avec deux autres complices, et décapité à Tower-Hill, la veille de l'exécution des Portugais.
Quelques écrivains ont révoqué en doute la réalité de cette conspiration , et n'y ont vu qu'une infâme manœuvre des espions de Cromwell. Glarendon affirme que Charles II, alors retiré à Paris, loin d'inspirer aucun projet semblable, interdisait à ses sujets toute tentative en sa faveur, dans un moment où ils ne pouvaient que se perdre eux-mêmes sans servir sa cause. Cependant, on trouve, dans le recueil de Thurloe, beaucoup de preuves juridiques de cette conspiration, des interrogatoires, des aveux, et une prétendue proclamation^ où l'on promet, au nom du roi, un pardon illimité, et de grandes récompenses à celui qui ferait périr Olivier Cromwell, en exceptant toutefois de cette promesse et de cette mission, Lenthall, Haslerig et Bradsbaw. Ces faits ne détruiront pas le témoignage respectable deClarendon, si l'on songea tous les efforts, à tous les
* darendoQ^ history, p. 645.
LIYKE SEPTIÈME. 261
projets que rindignation d'une grande infortune, le dévouement et l'ambition , devaient multiplier parmi les partisans de Charles, sans son inspiration ni. son aveu. Le Protecteur affecta de donner une grande importance à cette découverte. Il fit répandre la nouvelle d'une vaste conspiration contre sa vie, et celle des principaux membres de son conseil. Plus de quarante personnes furent arrêtées et prévenues de t;omplicité. Dans ce nombre était un tralbre, qui cacha longtemps sa bassesse sous une persécution apparente et sous une ancienne renommée de courage et d'honneur, Richard Willis, officier de l'armée de Charles, dépositaire de tous les projets des Royalistes, et les vendant a Cromwell. Le Protecteur, après avoir annoncé de l'indulgence pour les Royalistes , et même favorisé ouvertement quelques papistes irlandais , frappa ainsi ce parti , soit qu'il ait eu besoin de le punir , ou qu'il voulût l'eflrayer.
Il ne se montra pas moins sévère contre les Républicains qui ne voulurent pas s'associer à sa tyrannie : ce fut le petit nombre. Il fit comparaître, devant son conseil, le major Harrisson % le major Carew et le colonel Rich. Il accusa le premier d'avoir voulu lui enlever son emploi de général, à l'époque où il se trouvait malade en Ecosse.
Cromwell n'ayant pu arracher à ces trois Républicains le serment de ne rien entreprendre contre sa personne et son pouvoir, il les envoya dans diverses prisons.
Milton % qui, du milieu de son enthousiasme , voyait encore dans Cromwell le soutien de la Uberté , lui disait alors, dans un écrit plein de la gloire de ses grandes actions : « <i Cromwell! respecte l'attente que l'on a fondée sur toi; « respecte le seul espoir de la patrie ; respecte la présence , il les blessures de tant d'hommes courageux, qui, sous tes «c ordres , ont combattu pour la liberté ; respecte les mânes
' Ludlow^s memoirs., v. II, p. 4S9.
* MiltOD^s political works, p. 109.
4( de ceux qui ont péri dans cette lutte généreuse ; respee^ «( l'opinion des autres peuples, et les grandes idées qu'ils $6 « forment de cette République, que nous avons si glorieuseil ment élevée, et qu'il serait si honteux de voir disparaître. » Il le conjurait dans le même écrit, de lever les entraves, et de rendre à la pensée une liberté de la presse qui l'instruis rait lui-même. Mais le jour même où cet ouvrage était présenté à Cromwell dans son palais de Windsor, l'ami le plus cher de Milton, confident de ses études, le colonel Overton ^ , distingué par la gloire des armes, l'enthousiasme de la liberté , et par un amour des lettres, fort rare dans sm parti, était jeté dans les fers sur un ordre du Protecteur; et les Républicains pouvaient apprendre quel maître ils s'étaient donné. Cromwell fit détenir Harrisson, Overton etLilburs, dans File de Jersey, qui n'était point sous la loi anglaise ; et le lieu de leur captivité leur était ainsi le privilège de cet 'kabeas corpus ^ que réclame tout Anglais opprimé.
Au milieu des rigueurs illégales exercées par le Protêt teur, son génie vaste et laborieux lui dicta beaucoup d*acte9 utiles. Le principal fut la réunion définitive de l'Angleterre et de l'Ecosse , qui perdit son parlement national sous ia condition d'envoyer trente députés à l'assemblée de West* minster. Ce grand acte, projeté par le long parlement, mais que le Protecteur eut seul la puissance et la gloire d'accomplir, fut précédé d'une amnistie pour toutes les condamnations qu'avait entraînées la guerre civile en Ecosse. [1654.] En même temps , par la libre communication desmarchandises , et par la suppression de tout impôt de douane entre les deux pays, l'Ecosse et l'Angleterre furent plus unies que ne l'étaient alors, dans plusieurs parties de l'Europe, les provinces d'un même royaume. L'égalité des taxes, l'abolition des justices seigneuriales, furent données
> Te, Overtone, mihi multis ah hine annis etstudiorum etmorum stiavitate, concordiâ plus guam firatemd conjunettsâime.