‹ Histoire de CromwellChapitre 117 sur 222 · LIVRE SEPTIEME. Wi · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME. Wi

au peuple en dédommagement de Fdncienne indépendance, qui ne profitait qu'aux seigneurs. La rigueur de l'administration pesa sur la noblesse. Monk alla même jusqu'à lui interdire le droit de porter des armes. Il ne fut pas moins rigoureux envers les ecclésiastiques , et il défendit aux pré-* dicateurs toute discussion sur le gouvernement.

La répression des prédicateurs, en Angleterre, fut également l'objet de l'attention et des lois de Cromwell. Non content d'avoir soumis la faculté de prêcher à l'autorisation d'un comité, il nomma des commissaires pour supprin^er les ministres scandaleux ou ignorants.

D'autres mesures , rapidement expédiées dans ce court intervalle, avaient un caractère moins despotique, et même une utilité véritable. Telles étaient une ordonnance pour la punition du duel S i^oe réforme de la cour de chancellerie, rétablissement d'une inspection légale sur les deux universités de Cambridge et d'Oxford , et sur le célèbre collège d'Eaton. Cromwell faisait tous ces actes législatifs , par le seul concours de son conseil; et ce fut aussi dans la même forme qu'il prolongea la durée des impôts qqe payait le peuple anglais. L'Irlande, où l'autorité du Protecteur avait été si facilement reconnue , malgré l'opposition de Ludlow, lui donna l'occasion de produire , sur un grand théâtre , son fils Henry, qu'il avait introduit dans son conseil, et qu'il youlait préparer à l'exercice du pouvoir. Cromwell l'envoya visiter ce royaume.

Le fils du Protecteur, sans autre suite qu'un seul valet, vint débarquer à Monck-Town, près de la maison de campagne de Ludlow , qui lui envoya son carrosse pour le recevoir. Le jeune Cromwell se rendit à Dublin, chez Fleetwood, et put bientôt s'assurer par lui-même de deux choses également favorables au despotisme , la fidélité des troupes,

« The Parliamentary history, v. XX, p. 310.

et Findifférence du peuple abattu par la misère. Pressé de reporter ces nouyelles à son père \ il revit avant son départ Ludiow , et s'entretint familièrement avec lui à sa maison de campagne. La conversation s*étant fort animée , le jeune Henry, élevé dans la profonde dissimulation de son père, n'opposait au mécontentement de Ludiow que l'assurance de l'aifection particulière du Protecteur. Ludiow, qui , disait-il, ne changerait pas d'opinion, lors même qu'il verrait son propre père à la place du Protecteur, expliqua, suivant ses principes, comment il avait pKs les armespour assurer la liberté civile , tandis que maintenant les armes et la violence servaient à maintenir un gouvernement usurpé. Mais Henry lui fit sentir en peu de mots , que les auteurs d'une révolution républicaine se trouvent liés en dépit d'eux-mêmes au despotisme qui la termine et la protège. « Voulez -vous « donc, lui dit ce jeune homme, remettre l'épée dans le u fourreau? je vous croyais plutôt convaincu que vous avez « autant d'intérêt que personne à ne pas poser les armes. » Ludiow répondit en alléguant les principes de la liberté civile. Le jeune Henry partit pour l'Angleterre, et laissa Ludiow mécontent , mais dans Fimpuissance de rien entreprendre. La complicité d'un grand crime forçait les plus fiers Républicains de plier la tète sous une tyrannie abhorrée, mais tutélaire.

En écrasant l'esprit de liberté , en se substituant à la république , Gromwell avait mis en lui-même le seul obstacle au retour des Stuarts , et s'était rendu d'autant plus indispensable aux Républicains, qu'il avait détruit leur ouvrage.

' Ludlow^fl memoirs, t. II, p. 190.

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