LIVRE HUITIÈME
Réunion de la nouvelle chambre. —Discours du Protecteur. —Opposition de la chambre au pouvoir de Cromwell. — Cette assemblée met en discussion Pacte constitutif du protectorat. — Cromwell fait placer une garde à la porte de la salle des séances, et, ayant convoqué les députés dans une autre salle, il leur déclare, après un long discours, qu*aucun d^eux ne continuera de siéger sans avoir souscrit une reconnaissance de son autorité.
— L*assemblée reprend T^xamen de Tinstrument d^état , et consume le temps en discussions. — Mort de la mère de Cromwell. — La chambre refuse de reconnaître l'hérédité du protectorat.— Cromwell , au bout de cinq mois , dissout la chambre. — Son discours. — Conspiration et armement royaliste.
— Taxe du dixième des biens, imposée sur les Royalistes. — Création des gouverneurs militaires. — Résistance légale du marchand Cony. — Conduite honorable de quelques jurisconsultes. — Fermeté du juge Haie. — Politique extérieure. — Cromwell préfère Talliance de la France à celle de TEspagne. — Il envoie une flotte contre les colonies espagnoles. — Conquête de la Jamaïque. — Expédition de Blake contre Alger et sur les côtes de la Toscane. — Généreuse intervention de Cromwell en faveur des Protestants de la Savoie. — Traité avec la France. — Manifeste contre TEspagne. — Prise de galions chargés de trésors.
;es six mois de dictature que Cromwell s'était ménagés, en reportant au S septembre la convocation du parlement, avaient été remplis de manière Ique sa puissance nouvelle semblait n'avoir plus à redouter cette dernière épreuve. Glarendon et Ludlow s'accordent à nous représenter le Protecteur affermi par l'alliance des cours étrangères , la soumission du peuple , le découragement des partis , et surtout par la vigueur et l'activité de son gouvernement. Les charges de judicature étaient remplies par des hommes intègres. Les flottes et Tarmée étaient payées un mois d'avance; les magasins militai-
res abondamment pourvus; le Protecteur avait 300,000 li* vres sterling dans son trésor, et 150,000 dans les caisses de l'Irlande.
L'ordre était rétabli dans les trois royaumes ; et ils étaient solennellement réunis par une administration semblable, et par la promesse d'un parlement commun. Gromv^ell régnait seul, et, ce qui est un des actes les plus éclatants de la souveraineté, il avait réglé, par des traités glorieux, toutes les affaires extérieures du peuple anglais.
Ce flit dans ce haut point de prospérité , qii'il vit arrfrer l'époque fixée pour la réunion d'un parlement. C'était le 3 septembre, anniversaire heureux dans la vie de Crotnwell, et marqué par ses deux plus grandes victoires* Les élections s'étaient faites dans les trois royaumes , sur des writg émanés du Protecteur, d'après un mode nouveau, plus égal en apparence , et plus favorable à la liberté , les petits bourgs étant exclus d'y concourir; mais les choix furent soumis à l'approbation du conseil-d'état. L'événement proilva que cette précaution était impuissante. Malgré l'influence du Protecteur, plus grande que celle d'aucun roi , parce que la nouveauté de son pouvoir l'avait obligé à mettre partout des hommes particuUèrement destinés à la défendre, la liberté insurmontable d'une élection vraiment démocratique , ramena la plupart deâ noms que la révolation avait rendus célèbres. On vit reparaître beaucoup de membres dii long parlement, laissés dans l'oppression et dans l'oubli depuis l'élévation du Protecteur. [1654.]
Mais le fils de Cromwell , plusieurs de ses parents, de ses officiers les plus dévoués , et de ses conseillers-d'état , furent également nommés.
Le 3 septembre , un grand nombre de députée sè réunirent dans Westminster, où ils entendirent utl sermon. Ils passèrent ensuite dans la salle des séances , et de là , dans la salie peinte^ où le Protecteur les reçut, et leur ailûonça pour