LIVRE HUITIÈME. ifft
lé lendemain un sermon qui serait suivi de commonioatians importantes sur les affaires publiques. Le lendemain^ le i^rotecteur se rendit en grand appareil à l'église de Westminster, où se réunit encore le parlement. Son fils Henry et le général Lambert étaieht seuls avec lui dans sa Toittire. tJn cortège nombreux rappelait la magnificence des cérémonies royales. Après le sermon , le Protecteur se rendit à là mtte peinte, et s*étànt placé sur un siège éleyé , il haran* gua les membres du parlement, qui prirent place siir des bancs autour de lui.
Ce discours est un monument remarquable de la politi^ que et du siècle de Cromwell. On y voit que le péril alors le plus redouté du Protecteur, c'étaient les opinions anarchiqties en apparence bornées à la religion. Après ayoir désigné sous ce rapport les opinions des niveleurs et des gens de la cinquième monarchie, il se plaint que les detii: plus nobles motife de la révolution , la liberté politique et la liberté de conscience , soient alléguées pour excuse des plus Coupables erreurs K «t Oui, diMl, ces abomihations sont « montées si haut , que la hache a été mise à la racine du <t saint ministère comme d'une institution idolâtre et antiic chrétienne ; et de même qu'autrefois Un homme, ayant les « meilleurs témoignages, ne pouvait prêcher s'il n'était prê- « tre , maintenant par un autre eicès , ils veulent que le sa- (c cerdôce anéantisse la vocation. )»
Dans les révolutions, qui sont toujours le combat des prétendants contre les possesseurs , l'attaque se fixe nécessairement sur les choses qui ont le plus de prix dans l'opinion et les mœurs du temps : Cromwell le savait bien. Il avait lui-même attaqué l'épiscopat pour détruire la monarchie; et, par la même raison , il sentait que ceux qui détruisaient le sacerdoce ne supportaieilt auciine autorité civile.
« the Pârliairientary history , t. XX, p, 381.
«Les opinions spéculatives, dit-il, nefoiit de mal^'à ({ ceux qui les ont; mais quand elles viennent à la pratique; a quand on nous dit que la liberté et la propriété ne sont «( pas les signes du royaume de Jésus-Christ; quand on vient « détruire les lois, au lieu de les réformer, alors on mérite <( la vindicte du magistrat. » On peut croire cependant que Gromwell exagérait à dessein Finfluence de ces doctrines , pour justifier et rendre nécessaire l'intervention de son pouvoir. C'est ainsi que , dans le même discours , il fait grand bruit d'un prétendu comité de Jésuites qui agite l'Angleterre. Les fausses alarmes sont le prétexte du pouvoir absolu.
A travers l'enveloppe mystique qui s'étend sur tous les discours , on découvre un sens politique et une véritable éloquence ; car elle touche au but. Sans insulter les gouvernements qui l'ont précédé, Cromwell parle du sien avec une sorte de confiance et d'impartialité tout à fait imposante. II ne se désigne pas lui-même; il parait étranger à son ouvrage, u A tant de maux qui nous menaçaient, dit-il, on a « opposé un remède : c'est le gouvernement actuel. Per- « mettez-moi de le dire , car je parle avec confiance devant « un plus grand que vous, devant Dieu. Ce gouvernement a «c été calculé pour l'intérêt du peuple , pour le bien seul du « peuple , et sans égard à aucun intérêt. » Alors il expose le tableau des réformes judiciaires et religieuses. « Ce gou- «c vernement , dit-il , a fait quelque chose de plus ; il a servi «à la convocation d'un parlement libre , celui que nous « voyons aujourd'hui rassemblé , Dieu soit béni. La réunion «( de ce parlement était pour moi plus précieuse que la vie. « Je désire plus que la vie de le conserver. »
Il dénombre ensuite les traités qu'il a conclus , les alliances qu'il a faites avec le Danemarck, la Suède , la Hollande, le Portugal ; et il annonce qu'il est en négociation avec la France. Toujours attentif à l'intérêt religieux, il compte