LIVRE HUITIEME
pour beaucoup d'avoir stipulé dans le traité avec le Portugal la liberté de conscience pour les Anglais qui commerceront dans ce pays, ce qu'on n'a jamais vu, dit-il, depuis l'établissement de l'inquisition. Ce zèle pour la réforme lui inspirait un plus grand dessein, déjà tenté sous d'autres auspices, dans la fameuse ligue de Smalcade. C'était la pensée de réunir les états luthériens et calvinistes par une ligue politique et religieuse , et de placer l'Angleterre à la tête de ce qu'il appelait Vintérêt protestant. Cromwell exprime clairement cette intention, en parlant de la paix qu'il vient de conclure avec les états protestants, et des persécutions que l'empereur d'Autriche faisait éprouver à ceux de ses sujets qui avaient embrassé la réforme. Malgré tous ces avantages qu'il relève avec force , Cromwell insiste sur les difficultés qui restent à vaincre, et, comparant les Anglais au peuple juif errant dans le désert : u Vous êtes , dit-il , sur « le seuil et sur la porte de l'espérance. Par là vous pouvez « entrer dans la demeure du repos de la paix; mais vous n'y « êtes pas encore. » Cette crainte, développée avec beaucoup d'expressions mystiques, est un motif qu'il emploie pour inviter le parlement à la concorde, à l'union, à une sainte intelligence d'eux-mêmes et de leur devoir. Il leur promet à cet égard le secours de ses prières ; et , après avoir excusé sur la faiblesse de sa mémoire les graves omissions qui lui sont échappées dans ce discours : » Je vous déclare avec « franchise, dit-il, que je n'ai point parié de toutes ces cho- « ses en homme qui affecte quelque autorité , mais plutôt « en homme qui veut être votre collègue d'obéissance dans « le service du peuple de ces trois nations. » Il termina en invitant les députés à se rendre dans la salle des séances, pour exercer leur liberté par le choix d'un orateur.
D'après l'usage de la monarchie , le choix de Yoi^ateur éiait soumis à l'approbation du souverain, mais le Protectçur ne réclama point cette prérogative; et Leiilhali., qui
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avait été orateur du long parlement, fut nommé à Tuna^ liimité. La chambre choisit également ses officiers parmi les hommes qui avaient rempli les mêmes fonctions dans le long (parlement; attention qui semblait faire présager que l'es* prit de cette chambre , peu favorable à l'autorité de Gromwell , rappellerait les principes et le courage des premiers auteurs de la révolution. Cette résistance parut en effet dès le début, quoique puissamment balancée par le parti du Protecteur. Gromwell, sous prétexte de nullité dans les élections , fit écarter par son conseil-d'état quelques Repu* blicains intraitables , d'autant plus furieux contre lui qu'ils avaient été ses instruments et ses dupes, entre autres le lord Grey de Groby .
Un des premiers soins de la chambre, dès qu'elle eut fixé tm jour de séance et de prières, fut d'opposer quelque obstacle aux épurations dont elle était menacée. Elle vota que toute accusation contre les membres nommés devrait être présentée dans l'espace de trois jours. Ensuite elle hoihtfia, pour le maintien de ses privilèges , un comité qui fut présidé par Haslerig, l'un de ces RépublicairiS doht Cromwell ne pouvait, riçn obtenir, parce qu'eux-mêmes ne demandaient rien. Le lendemain, Haslerig fit une motion pour garantir la liberté des discussions , et proposa qu'aucuhè ordonnance relative à des délits de trahison ne pourrait li'étendre aux discours des membres de la chambre. G'était révéler à la fois et tout ce que l'on craignait du protectchr, et tout ce que l'on voulait oser contre lui. Gette prOf^osIOon agita vivement la chambre. Les membres dévoués au protecteur, Laurence, président de son conseil-d'état, et le colonel Fiennes , la repoussèrent avec force : elle fut rejetée; mais la produire et la défendre était un coup hardi.
Rien ne fut si rapide que le progrès de l'opposition. A la troisième séance, on s'occupa d'examiner Vinstrument d'état^ c'est-à-dire la puissance même du Protecteur. [1684.]