‹ Histoire de CromwellChapitre 121 sur 222 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

Le parti * de la cour, car c'était le nom que déjà l'on donnait aux créatures de Cromwell , demandait que l'acte fût adopté généralement et sans discussion. Les Républicains voulaient tin débat sur les articles. tJn député inconnu se leva pour déclarer « qde Dieu , après avoir coupé la tyrannie dans la <( personne d'un homme , ne souffrirait pas quç les libertés «t de la nation fussent enchaînées par un autre homme, dont « le droit ati gouvernement ne pouvait se mesurer que sur »« la longueur de soh épée. >» Les défenseurs du protectorat s*ëmbarrassaîent' etiî-mémes dans un langage de liberté qu'ils ne pouvaient abjurer, et qui ne convenait plus à leur cause.

Tous les principes qui avaient commencé la guerre civile reparaissaient avec une force insurmontable. Les vieux partisans de la liberté, Bradshaw, Scott, Haslerig, attaquaient le protectorat du même air dont ils avaient renversé le trône. Ils parlaient avec l'autorité du grand rôle qu'ils avaient joué dans une révolution , sur laquelle s'appuyait encore le pouvoir même du Protecteur. « Us servirent puissamment, a dit Ludlow, pour ouvrir les yeux à beaucoup de jeunes «c députés, qtii n'avaient jamais entendu leurs intérêts si « fortement et si clairement défendus ^ » On proposa de former la chambre en comité général , pour examiner une première question ainsi posée : « Est-il vrai que le pouvoir «i réside dans une seule personne et un parlement? » Cette proposition ne fut emportée qu'après plusieurs jours de débats , et par une faible majorité de cinq voix. Mais elle était si menaçante pour le prôtectetir, qu'il sentit le besoin de ne pas se laii^ser prévenir ; il en usa militairement selon sa coutume. Ayant averti le lôrd-maire de veiller au maintien de l'ordre dans la ville, il fit placer de grand matin une garde à la porte dii parlement. Les députés furent invités à passer

■ Ludlow*s memoirs , y. II , p. 498.

» Jbid,, p. 500.

dans la salie des réceptions solennelles , où le Protecteur leur fit un long discours. [1654.7 On connaîtrait mal Cromwell, si on négligeait, ou si on altérait de pareils monuments. C'est là qu'il faut surprendre le secret de son caractère politique. Cette harangue ' singulière roule sur deux assertions principales, qui semblent les deux points d'un sermon.

« Je ne me suis pas appelé moi-même à cette place : <( voilà ma première vérité. Ce n'est pas moi qui me sers de (( témoin; mais il y en a beaucoup qui portent témoignage » de moi : voilà ma seconde vérité. »

Cette division établie, Cromwell parcourt l'histoire de sa vie et les divers degrés de son élévation , récit d'un grand intérêt, si l'on pouvait y supposer quelque franchise; mais pour en juger, il suffira du passage où Cromwell se reportant à l'époque de la victoire de Worcester, ajoute ces paroles : « En vérité, je vous le dis , j'espérais alors obtenir la « liberté de rentrer dans la vie privée. Je demafndai la dé- (( mission de mes emplois , je la demandai plusieurs fois , et » Dieu peut être témoin, entre tous les hommes et moi, « pour décider si je mens. Beaucoup savent que je ne mens « pas sur le fait matériel ; et, quant à la question de savoir u si je dis un mensonge au fond de Fâme, en essayant de « produire à vos yeux ce qu'alors je n'avais pas dans le « cœur, je le répète , que Dieu en soit le juge. Les hommes «sans charité qui jugent les autres d'après eux-mêmes, « peuvent penser ce qui leur plaira ; la chose est véritable <c dans le fait. Ce que je dis sur la candeur et Tingénuité de u mon âme est également vrai ; mais je ne pus obtenir ce «( que je désirais du fond de Tàme. »

Cette hypocrisie évidente , et pour ainsi dire superflue , peut donner une idée de la fourberie habituelle de Crom-

' The Parliamentary history, v. \X, p. 319.

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