LIVRE HUITIEME
well et sert à prouver la fausseté de son fanatisme , lors même qu'il est le mieux joué et parait le plus sincère.
Le Protecteur explique ensuite comment l'intérêt de la liberté obligeait de prévenir la perpétuité du parlement; et , après avoir passé très légèrement sur la manière dont cette assemblée fut dissoute , et dont le pouvoir tomba tout entier dans les mains du général^ il se fait un titre de la modération qu'il montra, en bornant lui-même une autorité sans contrepoids et sans limites.
Dans ce récit ^ il place le parlement barebone, qu'il avait choisi lui-même , et qu'il obligea de se démettre en sa faveur, faisant passer par une sorte d'escamotage politique la démission forcée de cette assemblée sans titre , pour une concession de la souveraineté populaire.
u Je reçus, dit-il, cette abdication, après avoir usé tous u mes efforts et toutes mes prières pour maintenir Tassem- « blée d'accord et pour la conserver. Par son abdication , u mon pouvoir se retrouva de nouveau arbitraire et illimité. »
Cromwell explique avec assez de franchise la raison de ce pouvoir. «( L'armée, dit-il, était une partie très considérait ble de la nation , surtout en l'absence de tout gouverneu ment, et lorsqu'il ne restait que l'épée pour mettre les « choses en ordre. »
Cette raison pouvait dispenser Cromwell de toutes les autres ; il n'en expose pas moins les circonstances de son élévation , et il énumère longuement les adresses et les félicitations des autorités judiciaires et civiles. Yoilà ce qull appelle des témoignages , et ce qui fait la seconde partie de son discours. Confondant à dessein son pouvoir personnel avec les libertés de l'élat , il établit qu'il y a des parties immuables dans la constitution , le gouvernement représenté par une personne et un parlement, la périodicité du parlement.
«( Que maintenant, dit-il, on prétende avilir ce gouver-
«( nement avoué par Dieu , recoi^iiu p^r les bqipmes , Je «( veux être roulé dans la tombe, et enterré avep infamie <( plutôt que d'y consentir jamais* Tous ayez été appelés ici «pour sauver une nation, plusieuri» nations. » Puis par* courant avec véhémence les dangers qui rési||terpi«pjt de la division : « Que repondrez-vous à Dieu? s'éçrie-til) que ré- « pondrez-vQus aux hommes , à ce peuple qui vous a en- « voyés , qui attend de vous rallégement de ses mw%>, la « paix, le repos, la stabilité? lui direz-vous , quand il s'agira « de lui rendre compte : Nous avons querellé entre nous , <c nous avons disputé pour la liberté de l'Angleterre. J'en <( atteste le Seigneur, que la liberté de l'Angleterre, la li^ «( berté du peuple, la garantie contre toute tyrannie, est « assurée par la constitution présente, qui $e iéHnd assex « d'elle-même. »
Enfin , le Protecteur déclare qu'il est résolu d'exiger de chaque membre une reconnaissance expresse de son autorité, et que, provisoirement , rentrée de la ebambre est interdite.
u Je suis affligé % dit-il, très affligé, affligé jusqu'à la « mort , qu'il existe un motif d'en user aiosi. Mais ce motjf « n'est que trop réel ; et si l'on ne satisfait pas aux choses » raisonnables qui sont demandées, je suis résolu, pwr 199a « part, de faire mon devoir en cherchant conseil prés ie « Dieu. »
Après ces paroles , dont la menace n'était pas douteuse, Gromwell prévint les membres qu'ils pourraient se rendre dans le vestibule de leur ancienne salle , pour y signer 1^ reconnaissance exigée; et il termina ce singulier discours, en leur déclarant que l'autorité législative leur appartenait toute entière et sans veto; et que pour sa part il désirait être lié plus que jamaii^
* The Parliameotary his^ry, y. XX, p. 368.
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Les plus ardents Républicains du parlement, révoltés de cette dérision tyrannique , et ne voulant pas consacrer par leur suffrage l'usurpation de Gromwell, se retirèrent. D'autres pensèrent qu'il valait mieux sauver quelque chose en eédant, que de tout perdre par la résistance; et cet argument éternel de la faiblesse gagna le plus grand nombre.
La déclaration qu'il fallait souscrire était placée dans le lieu indiqué par Cromwell, sur le passage de la chambre, et conçue en termes précis , qui ne laissaient pas de subterfuge à la conscience : « Je promets ici librement, et m'en- « gage à être sincère et fidèle envers le lord Protecteur et tt la République d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Conte formément au mandat par lequel j'ai été envoyé pour M servir dans ce parlement, je ne proposerai aucune altéraa tion du gouvernement tel qu'il existe en la personne d'un M particulier et dans un parlement. »
Dès le premier jour , cette déclaration fut souscrite par l'orateur Lenthall , et par cent trente membres , que la garde de Cromwell laissa passer immédiatement, et qui reprirent séance. Le lendemain, jour de jeûne, fournit roccasîon d'un ajournement , qui dissimula un peu l'état précaire de la chambre, dont le registre des séances ne fait d'ailleurs aucune mention.
Cependant les membres admis s'occupèrent d'abord de fixer le sens de là reconnaissance qu'ils avaient souscrite. Ils votèrent qu'elle ne s'appliquait pas à l'ensemble des articles de la constitution , mais seulement à la forme du gouvernement concentré dans une personne et un parlement périodique. Cette restriction ayant diminué les scrupules et fourni de nouveaux prétextes aux faibles , la reconnaissance fut encore signée par cent quatre-vingt-treize membres. [1654.] La chambre voulant écarter l'idée de la violence qu'elle avait supportée , imagina de sauver son indépendance aux dépens de son honneur, et vota spontanément
que la reconnaissance imposée devait être souscrite par tous les députés. Elle préposa même deux de ses membres ^ pour recevoir les dernières signatures, et relever les grenadiers de Cromwell.
La chambre , dès les premiers jours de son rétablisse* ment ^ ordonna , de concert avec le Protecteur, un nouveau jeûne extraordinaire. Dans une proclamation mystique sur ce sujet , on demandait à Dieu de faire parler la puissanicé de son bras , pour calmer les esprits des hommes disposés ail murmure , en leur montrant l'intérêt véritable et spirituel des chrétiens.
Cependant la chambre, d'après la réserve et la distinction qu'elle avait faites , se bornant à reconnaître le pouvoir personnel du Protecteur, reprit l'examen de toutes les autres dispositions du fameux instrimient d'état. Les discussions interminables qui naissaient de cet examen occupaient entièrement l'assemblée; et l'on peut présumer que Cromwell, ayant une fois obtenu le point capital, aimait mieux voir l'activité parlementaire se consumer sur des questions spéculatives, que de la laisser s'introduire dans les affaires , comme le long parlement l'avait fait avec tant de puissance.
II résulta de cette liberté que la chambre , tout en attaquant une foule de dispositions secondaires, reconnut plusieurs fois le titre et les attributions du Protecteur. On discuta même si le protectorat serait électif ou héréditaire. Le major-général Lambert , auquel tous les historiens ont supposé l'ambition de succéder à Cromwell , fit cependant un long discours en faveur de l'hérédité dans la famille du Protecteur. Mais les idées républicaines étaient encore trop fortes et trop récentes pour que cette proposition pût réussir. Deux cents voix contre soixante la rejetèrent. Cette grande opposition sur un pareil point contribua beaucoup à irriter le Protecteur.