‹ Histoire de CromwellChapitre 124 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

On peut ranarquer dans ce récit l'attentlen de Gromwell à porter toujours des armes sur lui. Entouré de conspirations , une perpétuelle défiance le tourmentait , et le rendait chaque jour moins accessible. Deux gardes nombreuses Taillaient sur White-Hall. Dans quelques circonstances solennelles ^ dans les réceptions d'ambassadeurs , dans les banquets publics, il montrait beaucoup de magnificence et d'aifabilité ; mais sa vie habituelle était sombre et retirée. Sa cour n'avait d'autres vices que l'ambition , le fanatisme et l'hypocrisie. On n'y voyait que des officiers et des prêtres. Les amusements du théâtre , les distractions mondaines, en étaient bannies; et ce séjour de cupidité, d'ambition, de grandeur, avait toute l'austérité d'un cloître. Gromwell alBFectait les mœurs les plus sévères. Ayant reçu quelquefois avec honneur un parent du roi de Danemarck, il refusa tout à coup de le voir, sous prétexte que c'était un jeune homme sans mœurs. Cette même Christine , si passionnée pour la gloire de Cromwell , éprouva de sa part une réprobation humiliante. Cromwell avait d'abord répondu à l'admiration de la reine de Suéde par des témoignages de respect. Il lui avait adressé son portrait, avec quelques vers latins, composés par Marvel, l'un des poètes de sa cour, et parfaitement imités par Voltaire :

D^uB peuple généreux j*ai vengé la querelle; Les armes à la main j^ai défendu ses droits.

Regardez, sans pâlir, cette image fidèle :

Mon front n'est pas toujours répouvante des rois.

Mais Christine , après son abdication , ayant voulu visiter l'Angleterre et la cour du Protecteur, Cromwell % que Whitelocke avertit de ce projet, parut le blâmer, et y refusa son aveu , en alléguant les mœurs trop libres et la conduite légère «de la reine.

■ Whitelocke'a memorials, p. S75.

280 HISTOIRE DE GROHWELL.

La fin de cette session querelleuse fut principalement occupée par divers biils pour assurer le retour d'un parlement triennal , même sans la conTOcation du lord Protecteur. Cette assemblée, si attentive à garantir la liberté des élections, rendit un biU ^ qui déclarait incapables d'y concourir les ivrognes, les jureurs, les joueurs, et les profenateurs du dimanche , toutes exceptions étrangères à la loi civile, et favorables à l'arbitraire le plus illimité. C'est une des idées fausses qui causent les plus épouvantables tyrannies de vouloir soumettre la vie privée à l'inquisition de la loi. Dans la révolution d'Angleterre, on recherchait les mœurs et les principes, comme dans la nôtre on poursuivait les opinions et les souvenirs.

Gromwell avait beaucoup obtenu de cette assemblée, d'abord si difficile à dominer; elle avait reconnu son pouvoir et son titre ; elle lui avait accordé une liste civile de 200,000 livres sterling , et la possession de tous les domaines royaux; elle ratifia le choix des hommes qu'il avait placés dans la commission du sceau , dans la trésorerie et dans les tribunaux. Mais elle n'en était pas moins un objet d'espérance et d'encouragement pour tous les ennemis du Protecteur; il parait même que quelques-uns de ses membres entretenaient des intelligences royalistes. Ludlow affirme que le mécontentement de Gromwell fut porté à l'excès par le refus que fit l'assemblée de reconnaître l'hérédité du protectorat. Il attendit cependant l'expiration des cinq mois prescrits par la constitution. L'assemblée se hâtait, de crainte d'être surprise par quelque dissolution soudaine.

Cromwell, au lieu de suivre le calendrier ordinaire, supputa le temps, d'après la manière de compter des soldats; et aussitôt que ce compte abrégé se trouva complet, le 22 janvier, lorsque l'assemblée espérait encore quelques

• The Pariûunentarjr lifetory, t. XX, p. 451.

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