‹ Histoire de CromwellChapitre 125 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

jours de durée , il la convoqua dans la salle peinte , et prononça la dissolution, après une longue harangue, pleine de colère et d'amertume. [1655.]

Les discours de Cromwell sont trop fréquents et trop longs, pour ne pas faire supposer qu'il y avait à la fois de sa part calcul et manie. Cet homme, d'une impétuosité si féroce, plaçait dans son éloquence un des grands moyens de son pouvoir ; et les habitudes théologiques lui avaient laissé un inépuisable besoin de parler, qui semblerait contraire à cette profondeur de dissimulation qu'on lui attribue. Mais le verbiage mystique du temps sert à Cromwell d'un voile merveilleux. C'est ainsi qu'il reproche à l'assemblée « d'avoir arrêté l'œuvre de Dieu , de n'avoir pas fait « valob* le talent confié dans ses mains , d'être un ombrage « funeste , à l'abri duquel croissent les mécontentements et « les troubles. »

Une partie du discours est consacrée à des accusations et des plaintes de tout genre , sur la résistance de l'assemblée. Au milieu de ces reproches amers et multipliés, on est étonné d'entendre le Protecteur s'écrier : « J'en vois parmi <f TOUS un grand nombre , pour chacim desquels je donne- « rais ma vie ; oui, je voudrais , par la grâce de Dieu, douce ner ma vie pour vous, tant je suis loin de porter un cœur « peu charitable et peu chrétien à l'égard de vous tous , i< considérés individuellement. »

Ailleurs, il proteste de nouveau de son indifférence pour les honneurs et pour la grandeur de sa famille. « Si vous u m'aviez offert, dit-il, une chose, une seule chose sur le (( modèle de l'ancien gouvernement (je parle comme ayant <c réfléchi devant Dieu, comme ayant toujours gardé la même « opinion jusqu'à ce jour, opinion bien connue du grand ic nombre de ceux qui m'écoutent) ; si vous aviez inséré dans « l'acte cette chose, c'est-à-dire l'hérédité du gouvernement « dans ma famille , j'aurais refusé ; je n'aurais pu faire au-

a trement, suivant ma conscience actuelle et mes lumière^, il Ce fut toujours mon principe , quand ce gouver nemeftl a m'a été proposé, d'en exclure l'hérédité. Je me soutiens « que Dieu a déclaré quel gouvernement il donnait aux « Juifs ) et qu'il le plaça dans les mains de ceux qui avaient « servi à la délivrance de la patrie ; et ^ considérant cette u promesse rapportée par Isaie , que Dieu d'abord , et pottr « le commencement , voulait donner un gouverneur et des û juges ) je savais seulement que Dieu commencerait ; et, (( quoiqu'il Tait fait aujourd'hui par le choix d'une personne « très indigne^ je pensai qu'il pouvait encore user du mdme M droit dans l'avenir. Je dis qu'il faut des hommes choisis « pour leur amour de Dieu, de la justice et de la vérité ^ et « non par succession héréditaire; car, comme dit l'Ecdé- «( siaste : Quel hamnie sait s'il eiigendrera un flM ou (c un sage ?

« Peut-être je vous fais cette déclaration avec trop de « chaleur, comme pour un intérêt personnel, et j'ig;nore « quelle place elle trouvera dans vos cœurs; mats, [quoi ce qu'il arrive , je m'appuie sur ma sincérité et ma frafl- « chise. i>

Ludlow remarque, dans cette déclaration, plusieurs fourberies à la fois ; Gromwell ne répond que de son refus actuel , et se ménage le pouvoir de changer d'opinion. Il fallait flatter l'ambition de Lambert , et acheter sa complicité par Pespérance de lui succéder. Enfin, en insinuant que le Protecteur devait être choisi parmi les libérateurs de la patrie, c'est-à-dire les généraux de l'armée, il jette eh avant la perpétuité du despotisme militaire.

Le droit de Tépée est, en effet, le pouvoir sur lequel Cromwell s'appuie toujours au milieu de ses hypocrisies parlementaires ; et ce discours en offre un exemple trop remarquable pour être oublié. « Dieu merci, dît Cromv^^ell, « j'ai été endurci aux difficultés , et je n'ai jamais trouvé

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« que DieiHaa'ait manqué , quand j6 me sais fié à lai. Je puis, u au fond du cœur, rire ou chanter, quand Je tous parle de « nos embarras; et quoiqu'on puisse trouter diiBeile de le- « Ter de Fargeitt sur la nation, sans Tautorité dti patlement, « j'ai en réserve un argument pour le bon peuple anglais ; (t c'est de savoir s'il aime mieut faire sa volonté , en se perte dant, que d'obéir à la nécessité. Gela tseta mon excuse; <t ttiais Je ferais tort à ma patrie que de le supposer. »

Voilà le maître et les principes qu'avait amenés cette révolution , qui commença pour une Uxe irréguliéré de quelques schellings.

Ce qui donne à Cromwéll le privilège d*un pareil langage , dans un pays et danf un temps où les idées de liberté étaient si fortes , ce n'est pas seulement sa puissance et son génie , c'est ce nom de Dieu toujours invoqué , c'est Dieu toujours présent dans ses discours. Peut-on rien imaginer de plus dramatique et de plus adroit, que ce morceau sur les grands événements et l'Issue de la révolution d'AfagleteiTC : <t C'était , disent quelques personnes , la fourberie « du lord Protecteur (Je prends cela pour moi), c'était la <t ruse de cet homme et ses intrigues, qui conduisaient tout; « et , comme on dit encore dans les pays étrangers , 11 y a t( cinq ou sit hommes en Angleterre qui ont dé l'habileté , (t ils font toute chose. Oh quel blasphème dites-vous là ! « parce que les hommes qui sont saés Dieu dans ce monde, « ignorent et ne peuvent comprendre ce que c'est que de <c prier, de croire, de reèé^dit* les retours de Dieu, et d'é- « tre inspiré par l'esprit -de Dieu ! )♦ Et ailleurs il ajoute : «t Ceux qui attribuent à telle ou telle personne , l'idée et <( l'accomplissement de ces grandes choses que le Sdgneur « a opérées au milieu de nous, et qui prétendraient qu'elles <i ne sont pas la révolutièh de Jésus-Gbrist lui-même , sur u qui repose le gouvernement, ceux-ta parlent contre Dieu, « et ils tomberont sous, sa main , sans le secours d'un mé-

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«diateur; ainsi , quoique vous puissiez penser de eertains «c hommes; quoique vous disiez, cet homme est rusé, poli- «c tique, subtil; prenez garde, je vous le répète, de juger « les réTolutions de Dieu, en croyant examiner le produit « des inventions des hommes ^ »

On se demande si ce langage est celui de Mahomet, parlant aux imaginations ardentes d'un peuple ignorant et sauvage. Mais plutôt, ces paroles suffiraient pour prouver que Cromwell ne fut pas fanatique de bonne foi ; elles ne peuvent plus paraître inspirées par le premier enthousiasme d'une grande entreprise. C'est une apologie , c'est une réponse calculée. On voit un ambitieux, inquiet que son secret ne lui échappe , reniant son génie pour cacher ses desseins, et se hâtant de redoubler le voile du fanatisme autour de sa gloire qui le trahit. ,

Sur la fin de ce discours, Cromwell parle, en termes assez ouverts, d'une conjuration formée par quelques officiers de l'armée , et qu'il affecte de lier à la résistance du parlement. C'était la conspiration, réelle ou fausse, du colonel Overton, arrêté depuis quelques mois en Ecosse, où il servait sous le général Monk. Un autre colonel , plusieurs officiers de la même armée , un chapelain du régiment de Pride, furent enlevés par le même ordre; ils avaient, diton, pour objet, de se défaire de Monk, dont ils connaissaient le dévouement à CromwdOi, et de marcher sur Londres à la tête des troupes qu'ils pourraient entraîner. Cromwell ^ , par la corruption , et quelquefois par la violence , avait établi une vaste inquisition , pour intercepter les correspondances de tous les hommes qu'il soupçonnait. U M ainsi prévenu des projets , ou du mécontement de ces offi-

■ n est fort étonnant que M. Hume n*ait fiait auenn usage ni ancnne mention » de pareils discours, et qu*il se contente de comparer Télocution de Cromwell à celle d*un paysan grossier.

* £hnehu$ tnotuum nuperorum, p. 387.

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