LIVRE HUITIEME. S
Et arrêter à Londres quelques jeunes gens, et Ton saint plusieurs dépôts d'armeSé
Crom^ells immédiatement après la dissolution de la ohambre, s'était hâté d'assurer une somme de 60,000 livres steriiûg pai* mois , pour le service de la marine et de Tarmée. Il avait, en même temps, renouvelé les droits dé l'exeUe, en j mêlant plusieurs dispositions favorables au peuple. Ces lois, émanées du Protecteur et de son conseil, étaient Une, usurpation manifeste sur les attributions de la chambre. Mais Gromwell cherchait à remédier à la haine dont il était Tolijet, en s'assurant la fèi de l'armée , et en se montrant personnellement l'auteur du soulagement du peu*ple. Dans cette même vue, il rendit à la ville de Londres Tadministratioû de sa milice, sous le commandement du major Skippon, auquel le peuple était accoutumé depuis le commencement de la révolution.
La conspiration royaliste , dont le Protecteur fit tant de bruit, ne le menaça jamais d'un véritable danger; aucun des noms illustres qui pouvaient soulever le peuple, ne s'y trouvait engagé. [1655«] Rien ne se fit de concert ; une première réunion, que devait commander Rochestèr, se dissipa d'elle*-même, efllrayée de son petit nombre.
Bans l'ouest, la conspiration fut poussée plus loin;' deux nobles, PenrUddock et Grove, ayant réuni une centaine d'hommes de cavalerie , entrèrent à force ouverte dans Salisbury, où se tenaient alors les assises; ils enlevèrent le shériff, les juges, et firent proclamer le roi. Mais ce coup hardi ne xépondant à rien , et n'étant pas soutenu par des forces suffisantes , il fallut quitter la ville ; ils se retirèrent ainsi jusque dans le Bevonshire , perdant plus d'honkmes sur la route qu'ils ne pouvaient en recruter. Un capitaine an service de Gromwell les atteignit dans cette dernière position, et les défit entièrement; les chefs furent pendus. On en ramena quelques-uns à Salisbury , pour les exécuter dans
cette ville même ; on déporta les soldats dans les Indes, et cette entreprise, impuissante et mal conçue, ne servit qu'à donner à Gromwell de nouveaux prétextes de despotisme.
La plus odieuse des mesures tyranniques qu'il mit en usage , celle qui semble le plus appartenir au désordre des révolutions, fut de frapper sur tous les royalistes une contribution du dixième de leurs biens. [16S5.] Les Républicains, d'abord mécontents de la douceur et de l'impartialité que Gromwell avait affectées envers le parti royaliste, furent indignés de cette odieuse spoliation. Dans leurs principes, Gromwell n'ayant aucun titre légal, la résistance à son gouvernement, les entreprises contre sa personne, n'étaient nullement criminelles. Ils avaient eux-mêmes puni par la confiscation et la mort toutes les tentatives contre le parlement; mais attaquer Gromwell usurpateur, leur paraissait une chose de droit naturel, et permise même aux Royalistes. « Aucun homme sage, dit Ludlow % ne croira «c que supprimer un particulier qui agit avec une autorité « absolue, pour en mettre un autre en sa place, mérite » seulement la plus légère égratignure. » On concevra sans peine que Gromwell se fit une autre justice ; mais il est plus difficile, d'expliquer, dans l'intérêt de sa politique, cette odieuse confiscation, qu'il étendait sur un grand nombre de citoyens, au mépris de toute amnistie, et de manière à les jeter dans le désespoir, par l'incertitude de conserverie reste de ce qu'il leur était si arbitrairement enlevé.
Sans doute Gromwell , en butte à la haine furieuse des Républicains et des Royalistes, sentit le besoin de frapper un coup menaçant et utile. Gette taxe du dixième sur la valeur des biens fournit à son trésor des sommes immenses, et les exceptions qu'il accorda lui firent des amis dans le parti dont il abattait les forces et l'espérance. Gette mesure
' Ludlow^s memoiri, Y« H, p. M8.