LIVRE HUITIÈME. S
fût suivie de Farrestation des plus illustres seigneurs du parti royaliste. Il fit, en même temps , dégrader et mettre à la Tour plusieurs officiers républicains , entre autres ce Joyce, qui, par son dé?ouement furieux, s'était éle?é des plus bas emplois au rang de colonel.
Malgré cette impartialité de tyrannie qui frappait également les deux partis, pour que la monstrueuse vexation exercée sur les Royalistes ne soulevât pas la nation tout entière, il fallait que l'Angleterre, fatiguée et divisée, fût tombée dans le découragement le plus favorable à la tyrannie. Une institution inconnue à la monarchie vint aggraver le poids de l'esclavage public, et créer dans l'Angleterre l'ordre de choses le plus anciennement réprouvé par ses lois et ses mœurs ; cette institution était celle des majors- Sénéraux, ou gouverneurs militaires, qui se partagèrent l'Angleterre par districts, avec une autorité absolue sur les officiers inférieurs. Ces majors-généraux étaient ^ au noml)re de douze, et avaient chacun plusieurs comtés dans leur dépendance. Skippon gardait, sous ce titre^ le commandement de la milice de Londres; Fleetwood, Desboroug, Wolsey, GofFe, Lambert, parents ou créatures dévouées de Cromwell, avaient les autres commandements principaux.
Cromwell et son conseil justifièrent ces mesures dans une très longue déclaration, qui renferme le récit de toutes les entreprises fermées par le parti royaliste et par quelques Indépendants. [1655.] Mais si l'on veut avoir un plan complet de tyrannie , il faut lire les instructions qui furent données aux majors-généraux.
Leur premier devoir était de faire désarmer tout Papiste, toute personne ayant porté les armes pour le roi et pour son fils, et même toute personne dangereuse à la paix pu-
* The Partiamentary hUtory, v. XX, p. 433.
blique. Ih devaient , ainsi qw tous leurs officiers, a^ahr l'œil sur la conduite des gens mal intentionnés , àéfénr dre les courses de chevauw, les combats de coqs, et les représentations théâtrales.
Tout chef de famille était obligé de déposer, à la demande des majors- généraux , une somme d'argent pour caution que ses domestiques seraient fidèles au lord Prot ecteur et à ses successeurs. Les majors-généraux devaient tenir registre de toutes les personnes qui présentaient su* reté au gouvernement. Sn même temps, Uleur était en^ Joint de propager la piété et la vertu, et de découra>ger les nia/uvaises mc&urs et l'irréligion j ils devaient surveiller PappHcOftion des ordonnances gui avaient été rendues contre les ecdésiastiguês ignorants ou scan-^ daleua. Une particularité remarquable de cette Instttution , c'est qu'il était mis aux ordres des majors-généraux, et d'eux seuls , un corps de troupes n'ayant pas de service régulto*. C'était une nouvelle armée que Gromwell se prépmtiit, pour balancer l'indiscipline et la puissance de celle qui lui avait servi à vaincre et à régner.
En établissant ce pouvoir extraordinaire , Cromwdl avait autant pour objet d'opprimer les Républicains, que de persécuter les Royalistes ; il pervertissait la révolution, qui s'était vantée jusque-là de vouloir uniquement le triomphe de l'autorité civile ; et il instituait un àeÈçeiisme^ dimt l'Angleterre avait été préservée sous les plus absolus de ses rois.
Les majors-généraux conduisirent tout avec la promplf-* tude et la rudesse de la jurisprudence militaire ; ils appliquaient à leur gré la dime sur les Royalistes , interrompaient les formes légales, et menaçaient de la déportation tous ceux qui opposaient quelque résistance. Contre ces violences , il n'y avait de recours que dans l'autorité du Protecteur ; et l'Angleterre avait perdu le droit qui permet à