‹ Histoire de CromwellChapitre 130 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

C'étaient quelques axiomes de l'ancienne jurispmdence, qui défendaient l'Angleterre d'une servitude absolue. Un membre du long parlement , Pierre Wentworth , poursuivit également, dans sa province, le collecteur des impôts. Cromweil , pour éviter le scandale de l'indépendance judiciaire, fit appeler Wentworth devant le conseil-d'état, et lui ordonna , sans explication , de retirer sa plainte ; Wentworth obéit.

Un magistrat que le Protecteur avait choisi lui-même , le célèbre Haie , s'honora , pendant ces jours d'épreuve , par une conduite à la fois courageuse et modérée : lié par ses principes à la cause royale , il avait évité de siéger dans le procès des conjurés de Salisbury . Inébranlable dans le maintien de la justice , il bravait l'insolence militaire et l'impérieuse volonté de Cromweil. Un règlement du Protecteur défendait le port d'armes à tout homme qui avait servi sous le roi : un soldat voulut exécuter cet ordre sur un bourgeois' de Lincoln, qu'il rencontra chassant près de la ville; le bourgeois résista , et fut tué par le soldat , qui appela le secours de l'un de ses camarades. Traduit devant les assises, sous la présidence de Haie, le meurtrier fut condamné. Le colonel Whalley vint le réclamer, et déclara , devant le tribunal , que Yhomme avait été tué pour désobéissance au Protecteur, et que le soldat avait fait son devoir. Mais le président ordonna l'exécution immédiate de la sentence, et refusa même un sursis, qui aurait donné le temps d'obtenir la grâce du coupable.

Bans une autre cause , où s^intéressait le Protecteur ^, Haie, instruit que le jury avait été désigné par ses ordres particuliers, montra le texte de la loi, qui ordonne que la réunion des jurés soit faite sur le mandat du shériff , et il congédia le jury de Cromweil. Le Protecteur fut irrité de

■ The lilSe and the death of sir Mathew Haie , p. 46.

cette noble liardiesse ; il accueillit Hal^ à son retour par des reproches amers, et il laissa même échapper ces mots; « Vous n'êtes pas fait pour être juge. » Haie se contenta de répondre 4{ue cela était Trai; et Cromwell) ne voulant pas laisser croire qu'un tel homme ne pouvait être juge sous son régne , n'in»sta point.

On aime à voir, sous la tyrannie, ce courage et cette im^ punité de la vertu. La même époque nous offre, dans la vie dTun antre magistrat, l'exemple d'une fermeté plus hérosqte, mais peut-être moins utile. C'est celui ^ de Jenkins, ancien juge au banc du roi. Pénétré des lois de son pays, il refusa de reconnaître jamais d'autre autorité que la monarchie. Il repoussa, par le même principe, tous les pouvoirs usurpés qui se succédèrent. Traduit devant le long parlement, il refusa de plier le genou; condamné à mort, il se préparait à marcher au supplice, portant sous le bras la grande charte et l'Évangile. Sauvé par l'humanité de quelques membres du parlement, il mépriSa leur pardon comme leiH* colère* On voulut le séduire par des offres de richesses et d'boih neurs ; il rqeta tout , malgré sa pauvreté , sa vieillesse et sa nond>reuse famille. Cr<»nweU le fit ^ enfin sortir de Newgâte, et lui rendit la Uberté, satisfait d'obtenir de lui qu'il consartlt à ne plus être persécuté.

Ainsi Cromwell respecta la sage fermeté de Haie ^ et fit cesser la kxigue persécution de Jenkins. De Faveii de tous les partis, il maintenait la rigoureuse application des Im^ dans ce qui ne touchait pas immédiatement à son pouvoir. Naturellement exact et sévère, il avait toute la justice que permet l'usurpation.

La suite de ces détails nous a éloignés des grands inté* rets de la politique extérieure , qui jamais nlavait été eon* duite plus glorieusement pour l'Angletefrre. Bans le coih

' Whitelocke^smemorialSfP.SdS.

' CromweUiana,p. 1S(^. .

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