‹ Histoire de CromwellChapitre 131 sur 222 · LIVRE HUITIEME. 99S · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME. 99S

cours de toutes les puissances de FEiirope {lour reconnaître le nouveau gouvernement de l'Angleterre, la France et FEst pagne , divisées par de longues hostilités , briguaient chacune auprès du Protecteur une alliance exclusive. Gromwell, à répoque des agitations intérieures de la France , avait es* sayé d'y ti^ouver des appuis parmi les hommes les plus op-> posés à la cour ; c'est une anecdote curieuse , que le rappro* chement du chef des Puritains fanatiques, et du brillant et scandaleux archevêque de Paris. Le cardinal de Retz parle, dans ses Mémoires, d'un message qui lui fut adressé par Cromwell ; et malgré la hauteur de ses prétentions en politique, il admire la prodigieuse capacité du messager dé Cromwell, qui cependant n'était qu'un de ses plus obscurs confidents , à peine nommé dans soh histoire. En effet , les seigneurs de la cour de France n'étaient que des factieux bien novices, en comparaison de ces hardis et sombres génies de la révolution d'Angleterre. Le Protecteur aima mieux tourner ses efforts vers le cardinal Mazarin , dont la complaisance craintive ou politique lui promettait un meilleur appui. Cependant, sûr de son ascendant, il ne se pressa pas de conclure un traité , et il parut hésiter quelque temps entre la France et l'Espagne. La cour d'Espagne s'engageait à forcer la France de rendre aux Anglais la ville de Calais, leur ancienne conquête. Le cardinal Mazarin offrait d'aider le Protecteur à prendre sur les Espagnols la ville de Dunkerque ; il laissait d'ailleurs entrevoir que si Cromwell s'attachait à l'alliance des Espagnols , la France pourrait jeter sur les côtes d'Angleterre une armée de sujets protestants, avec le prince Charles à leur tête. On peut suppoiser que la préférence de Cromwell fut déterminée par des vues tirées de la situation même des deux royaumes , dont l'un , plein de force au sortir des troubles civils , était dans le progrès de sa grandeur, tandis que l'autre , en décadence depuis un siècle , accablé par l'étendue d'un pouvoir mal administré,

donnait une proie riche et facile. Plusieurs historiens ont blâmé Gromwell de ne s'être pas déclaré contre la France, dont la puissance menaçait de s'accroître , et ils en ont conclu que ses vues politiques étaient feusses et bornées. Gromwell jugea qu'il valait mieux aider à la chute de la yieQle monarchie de Charles-Quint , et profiter de ses dépouilles. On assure qu'il fut confirmé dans cette idée par les récits d'un prêtre aventurier, qui avait parcouru les possessions espagnoles dans l'Inde orientale , et qui lui étala l'immense richesse ^ et la facilité de cette conquête. [16S5.]

Ce fut donc sur ce point éloigné que Cromwell résolut de porter ses premières attaques , avant d'avoir rompu la paix en Europe avec le roi d'Espagne. La destination de la flotte qu'il prépara pour cette expédition était même ignorée , et fit naître les plus étranges conjectures. Comme les prédîcants du Protecteur répétaient souvent dans les chaires , que si les divisions intérieures étaient apaisées , il irait assiéger Babylone , le fanatii^e du temps imagina que cette flotte était destinée contre Rome. On parla aussi d'un pro- .jet de piller les riches offrandes de Notre-Dame de Lorette; et ce bruit même alla si loin , que la cour de Rome se hâta de faire élever autour de cette église un mur de défense , qui probablement ne l'aurait pas sauvée d'une invasion.

Le Protecteur, sans faire attention à ces vaines rumeurs, et sans s'expliquer avec aucune des puissances alliées , se bornait à dire qu'il envoyait une flotte * pour garder les fners, et rétablir l'Angleterre dans sa domination naturelle sur cet élément^

Cette flotte, composée d'environ dix-sept vaisseaux de guerre, sous les ordres du vice-amiral Penn , portait quatre mille hommes de troupes, commandés par Yenables, officier habile et Républicain ardent , que Cromwell n'était pas

» LudIow*3 memoirs, v. II , p. 532. *

* The llfe of Cromwell, p. 325.

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