LIVRE HUITIÈME
fâché d'éloigner en remployant. [1656.] Elle se dirigea sur les lies Barbades^ où les deux commandants devaient ouvrir les instructions scellées qui leur avaient été remises. Ils y trouvèrent Tordre de s'emparer de Cuba et d'Hispaniola.
La cour d'Espagne , malgré son indolence et sa faiblesse, n'avait pu voir le départ d'une flotte anglaise pour les Indes occidentales sans adresser de vives représentations au Protecteur ; l'ambassadeur, don Alonzo de Gardenas , lui demanda s'il voulait la guerre, s'il avait quelque sujet de plainte , et quelle satisfaction il exigeait. Cromwell répondit en réclamant la liberté du commerce des Anglais dans l'Inde occidentale , et la destruction de l'inquisition en Espagne ; car il savait affecter habilement le zèle du protestantisme, et quelquefois même de la tolérance. L'ambassadeur, à cette demande ^, s'écria que le roi son maître n'avait que deux yeux , et que c'était vouloir les lui arracher tous les deux à la fois. Ainsi , la guerre se trouva déclarée , et la cour d'Espagne fit saisir toutes les marchandises des Anglais qui négociaient alors sur son territoire.
Cependant l'expédition de Penn , conduite avec tant de secret , n'en réussit pas mieux , soit mésintelligence des chefs, soit découragement des soldats. Les troupes de terre étant descendues à Hispaniola , et ayant marché vers la ville à travers des bois , furent mises en fuite par une embuscade de quelques chasseurs , et se rembarquèrent avec précipitation. La flotte anglaise , après cette mésaventure, se rabattit sur la Jamaïque, dont elle s'empara sans peine. Quoique le Protecteur se hâtât de profiter de cette conquête *, et d'y envoyer de nouvelles forces, pour en faire le point d'appui de ses attaques dans l'Inde , elle ne lui parut pas un dédommagement du mauvais succès de l'entreprise principale. Les deux chefs de l'expédition, revenus pour s'accuser
» Thurloe^s state papers, v. ï, p. 759.
• Ibid.y V. IV, p. 655.
mutuellement , furent constitués prisonniers , et restèrent dans la disgr&ce de Gromwell , qui ne pardonnait pas plus Iqs revers que les fautes.
A la même époque ^ la marine anglaise était plus heureuse sous les auspioes de Blake. Ce grand capitaine était digne de réaliser les superbes paroles du Protecteur, qui se van*tait de garder les mers avec ses flottes.
Après avoir parcouru la Méditerranée pour la nettoyer des pirates d'Afrique , Blake vint devant Alger , et fit sommer le dey de lui rendre tous les vaisseaux et tous les' captifs anglais. Le dey s'empressa d'envoyer des provisions et des présents. Il déclara qu'il ne pouvait rendre les vaisseaux et les captifs qui n'étaient pas en sa possession et appartenaient à des particuliers ; mais qu'il serait facile de les racheter pour une rançon modérée ; et il offrit d'ailleurs de s'engager pour l'avenir, par un traité de paix, à ne commettre aucune violence contre les sujets de l'Angleterre. Blake , après avoir conclu ce traité , fit voile vers Tunis , où les mêmes demandes de sa part furent repoussées avec insulte. Ces barbares se croyaient couverts par leur forteresses de la Goulette et de Porto-Ferino. L'amiral anglais fit entrer dans ce port de longs bateaux plats qui inoendièrent leur flotte , tandis que l'artillerie de ses grands vaisseaux écrasait leurs forteresses. Neuf vaisseaux tures furent consumés, et les Anglais , par l'habileté de leur attaque , ne perdirent qu'une trentaine d'hommes.
Après cette expédition , Blake continua de parcourir la Méditerranée, exerçant indistinctement sur les Turcs et sur les Chrétiens la juridiction de la force. Pendant la durée de la guerre civile, le prince Robert, qui s'était mis ii la tête d'une escadre royaliste , avait vendu dans les ports de la Toscane plusieurs prises enlevées sur le parti républicain , et avait éprouvé de la part du çrand-duc la tolérapçe et la faveur que tous les princes devaient naturellement à la