‹ Histoire de CromwellChapitre 133 sur 222 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

em%e de Charles. Dans le haut point où était maintenant la République d'Angleterre, Blake se ressouvint de ce grief, et s'étant avancé vers Livourne, il somma le grand-due d« payer une idemnité de 60,000 livres sterling, en réparation du gain illicite qu'avaient recueilli ses sujets. [1655.] Le grand-duc prétexta qu'une partie de ces ventes avait été faite à des sujets du Pape , qui devait partager le poids de la restitution. Le fier Anglais répondit que le Pape n'était là pour rien, et qu'il fallait payer la somme entière et sans délai. Le grand-duc obéit; et Blake, après avoir exercé cette haute justice, «détacha de sa flotte seize vaisseaux chargés de trésors, qui remontèrent la Tamise, et vinrent donner aux bourgeois de Londres le spectacle de leur puissance.

A cette époque, la Russie \^ qui n'existait pas encore pour l'Europe , et qui cachait sa force dans l'immensité de ses déserts, ayant fait une entreprise sur la Pologne , ce fut auprès de Gromwell que le roi Ladislas fit réclamer du secours , le pressant d'arrêter l'accroissement de cette puissance nouvelle, et d'envoyer une flotte pour détruire le port d'Archangel. Cette demande, étrangère à la politique du Protecteur, ne fut pas accueillie; mais elle atteste l'éclat de son gouvernement et la renommée de sa puissance.

Dans le même temps , Gènes le remerciait , par une ambassade solennelle , de la sûreté que ses flottes donnaient au commerce des mers. [1655.] Le Vaiwode de Transylvanie lui demandait du secours contre les Turcs , et l'état de Zurich réclamait son alliance , comme celle du Protecteur naturel de tous les états protestants. Ce titre , affecté par Cromwell, était un moyen de politique extérieure, et l'un des effets de sa puissance le plus populaire et le plus agréable aux Anglais. S'assurant ainsi Falliance d'une moitié de

' Tburioe'8 state papers , t. ÏV. p. 170.

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l'Europe et un parti dans l'autre , il se trouvait à la fois le chef d'une ligue redoutable et l'appui de tous les mécontents qu'excitait la persécution ou la crainte. Les sectes religieuses de l'Angleterre, dans leurs animosités mutuelles, et dans leurs plaintes contre l'homme qui les avait toutes également trompées , étaient zélées pour la cause commune du protestantisme, et triomphaient de tout ce qui faisait honte à la cour de Rome.

Une occasion désastreuse vint donner à cette politique de Cromwell tout l'honneur d'un zèle favorable à l'humanité. [1656.] Les habitants du pays de Yaud, descendants de ces Yaudois qui, dans des temps de barbarie, avaient été l'objet d'une persécution si cruelle , furent dépouillés par le duc de Savoie des privilèges dont jouissait leur culte. On exerça sur eux toutes les cruautés que peuvent accumuler le fanastime et la licence militaire. Leurs habitations furent embrasées; le massacre s'étendit aux enfants et aux femmes; un petit nombre de ces malheureux, échappé à la fureur des soldats , se réfugia dans les montagnes qui bordent les états de leur barbare souverain. Le duc de Savoie était allié de la France ; et c'étaient des troupes françaises qui avaient servi d'instrument à ces fureurs. Cromwell, aussitôt qu'il en fut instruit, pressa le cardinal Mazarin de récla* mer, auprès du duc de Savoie, la réparation d'une si odieuse barbarie. Mazarin hésitait. Cromwell , qui, depuis longtemps, avait retardé l'issue des négociations avec la France, s'arma de ce nouveau motif pour déclarer qu'il en faisait la condition du traité de paix ; et tout plia sous la hauteur de son caractère et de sa politique. Cette paix q'était que le renouvellement de l'ancienne alliance entre les deux monarchies. La supériorité de Cromwell s'étendit aux plus minutieux détails de la rédaction du traité. Les commissaires anglais exigèrent, que le roi de France ne prit dans le traité d'autre titre que celui de roi ^es Français, et soutin*

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