LIVRE HUITIÈME
fBf la main des Espagnols. Le vice-roi du Mexique expira dans les flammes avec son épouse; il s^était efforcé d^éloigner ses enfants de Tincendie qu'il avait lui-même ordonné ; mal* gré les soins de ce malheureux père , un de ses fils , et sa fille promise' au jeune duc de Médina Cœli ^ périrent dans faffireux désordre du combat. Les cinq autres enfants, sauvés sur une chaloupe, furent recueillis par la pitié des vainqueurs.
Le vaisseau amiral qui portait de grandes richesses fit naufrage en fuyant; deux autres furent pris par les Anglais , et le reste s'échappa vers Gibraltar. Malgré tout ce que Vincendie avait enlevé aux vainqueurs, plus de àeut millions en lingots furent portés à Londres comme un monument de triomphe.
Celte grande victoire, qui ne semblait qu'un prélude de la guerre, augmenta l'ascendant de Cromwell, en liant à sa fortune l'orgueil des Anglais. Le poète Waller, autrefois banni pour une conspiration en faveur de la cause royale , rappelé maintenant par l'amnistie de Cromwell et reçu dans sa cour, célébra ce mémorable succès dans un chant patriotique, qui semble appartenir à l'histoire, parce qu'il exprime un enthousiasme que partageait alors l'Angleterre , et dont profitait la tyrannie du Protecteur. « Depuis plusieurs mois, « dit le poète, notre armée navale, campée sur la mer, a^- <c siégeait l'Espagne ; ceux qui avaient ambitionné la mo- «c narchie du monde étaient enfermés dans leurs ports par ce nos flottes hardies ; et de là voyaient notre pavillon rouge «( flotter sans rival au-dessus des mers. Les autres nations « peuvent user de l'Océan comme d'une route de passage ; « l'Anglais seul y fait sa demeure. Nos voiles toujours prê- « tes égalent la vitesse du vent le plus rapide , et sont d'in- €t telligence avec le ciel inconstant. Les chênes de nos fo- « rets ont pris racine dans les mers ; et nous marchons de « pied ferme sur la vague houleuse. » Ce sentiment de gran-
deur nationale se soutient dans toute la pièce. A la faveur de tant de gloire , Waller ne prononce pas une seule fois le nom de liberté; et dans son dernier vers, il exprime le vœu que l'état puisse s'affermir en donnant une couronne au Protecteur.
C'était le terme où se rapportaient les grandes actions de Cromwell, et par une singularité remarquable, cet homme heureux et entreprenant, après avoir vaincu tant d'obsta* des, après avoir accompli de si grands desseins, amené à ce dernier point de son ambition, n'osa jamais le franchir, et crut voir plus de difficultés à s'emparer d'un titre qu'à
conquérir et à garder la puissance. Tant l'esprit de liberté avait laissé dans les âmes d'invincibles préventions, qui, muettes et opprimées sous le poids de la force , s'effarouchaient et se rebellaient à la vue d'un souvenir. Les efforts inutiles de Cromwell pour surmonter cette résistance, à l'époque même où sa grandeur personnelle avait le plus d'éclat, sont une dernière circonstance de son caractère, et de sa fortune qui nous reste à retracer.
ii.^^iin g^ l'T'ii iTfcii"^' -^ ^T ^^ -^» -^^ I ^ 1 ^^ 1-^ -^^ -^ -^ -'^^ -^^^ i-^S i-^> i^r» 11^» JTT. I TrvTi^P ^K < ^ wB^5|^P—
If •< >r
¥^R^^RpinRF^Rp¥^Rp^R^¥^R^¥¥