‹ Histoire de CromwellChapitre 137 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

vait tomber que su;* les créatures et les agents de son pouvoir.

L'Irlande, qui, après avoir épuisé toutes les horreurs de la guerre civile et de la proscription , subissait depuis trois ans une paix violente , fondée sur les plus atroces injustices, et cependant nécessaire pour prévenir le massacre mutuel des habitants^ l'Irlande, où la conquête était affermie par la spoliation individuelle, ne pouvait réellement user d'aucun droit politique ; et la part qu'on lui donnait à l'élection des députés n'était qu'un moyen de faire arriver dans le parlement britannique ceux des officiers de Gromwell qui servaient à la subjuguer. Gromwell tenait ce royaume par son gendre, Fleetwood , et son fils Henri. Ce jeune homme, qu'il avait associé d'abord à l'autorité de Fleetwood , et qui bientôt le remplaça , montrait des lumières et du courage. N'ayant rien des passions républicaines de Fleetwood^ il était pour Gromwell un instrument plus souple et plus sûr: et d'ailleurs cette espèce de vice-royauté, transmise au second fils du Protecteur, convenait à sa politique, et s'accordait avec l'intention de laisser à son fils aîné l'héritage dii protectorat. Les conseils que Gromwell adressait à Henri sur la conduite des affaires expliquent la modération que ce jeune homme montra dans l'exercice de la conquête et du pouvoir miUtaire \ [1656.] u Je crois, lui écrivait Crom- « well, qu'il y a des personnes peu satisfaites de l'ordre <c présent, et prêtes à montrer leur mécontentement à la u première occasion. Le temps et la patience les amèneront u à un meilleur esprit, et leur feront voir ce qui semble au- « jourd'hui leur être caché , surtout si elles éprouvent vo- « tre modération et votre bienveillance au moment même « où elles sont dans une route opposée. Je vous recom^ « mande instamment de mettre à cela votre étude et tous

' Thiurloe's state papers, v. V, p. 318.

«c vos efforts. » Le peuple d'Irlande était soumis, les troupes étaient fidèles ; et quelques officiers mécontents ou destitués se trouvaient sans appui , dans un pays où le nom de la république n'était ni moins funeste ni moins odieux que celui de CromweU. Ainsi des hommes, qui, en Angleterre, auraient pu devenir dangereux pour la puissance du Protecteur, étaient s^ns force en* Irlande, et, pour ainsi dire, perdus et anéantis dans la haine commune du nom anglais. CromweU marqua bien cette différence par les efforts qu'il fit pour retenir en Irlande le lieutenant-général Ludlov^.

Ludiow, s'étant démis de tout emploi, était demeuré paisible en Irlande , jusqu'au moment où son régiment fut réformé par ordre du Protecteur. Il voulut alors passer en Angleterre. Le gouverneur Fleetwood exigea de lui le serment de ne rien faire pendant ce voyage contre l'autorité du Protecteur; Ludiow y consentit , après une négociation que désapprouva le fils du Protecteur, et qui peut servir à montrer la fermeté de Ludiow ^ et les égards qu'il obtenait encore des Républicains comme Fleetwood. Mais s'étant embarqué, aussitôt qu'il eut mis le pied en Angleterre, il fut arrêté par l'ordre du Protecteur. On lui demanda de nouvelles prom esses de ne pas agir contre le gouvernement; il les souscrivit avec de nouvelles restrictions. Dans sa bonne foi républicaine , Ludiow ne pouvait se départir du droit d'attaquer la puissance illégale de CromweU. Il ne pouvait s'accoutumer à l'idée de voir les anciens Indépendants soumis à cette puissance. Mais sa plus grande surprise ' fut de recevoir dans sa prison la visite d'un seigneur catholique, ancien chef irlandais , qui lui fit offre de services , et promit de le recommander à son altesse le lord Protecteur. M Je regarderai, dit Ludiow, comme une étrange révolu- « tion , qu'un homme qui avait été Ueutenant-général des

» Ludlow*8 memoirs , v II. p. 538.

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