‹ Histoire de CromwellChapitre 139 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME. Bit · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. Bit

il n^était pas rennemi de CromweD, et que même il lui avait été I fidèle dans toutes ses traverses. « De quelles traverses «parlez-vous? s'éeria Gromwell; ee sont plutôt celles de « l'état que les miennes ; car pour moi, je n'ai pas beaucoup « amélioré ma condition personnelle, comme ce» messieurs tt le savent bien : » et les mcanbres dueonaeil-d'étatnemanrqtièrent pas de se lever, en témoignage de cette vérité.

Sur la fin de la diseussion, Ludlow, menacé d'être en-» Toyé à la Tour, contestait à Gromwell le droit d'ordonner une arrestation , et il produisait à l'appui des anciens principes de la liberté individuelle, un acte du long parlementa H Quoi ! dit Gromwell, un juge-de*paix peut faire arrêter, « et je ne le pourrai pas ! « — « Un juge-de-paiz, répliqua « Ludlow , est un oi&oier légal autorisé par la loi pour « procéder ainsi; vous ne l'êtes pas, fussiez-vous roi; car « si vous vous trompiez , il n'y aurait pas de recours contre « vous. »

Gromwell , qui ne pouvait rien gagner par menace ni par raisonnement sur un esprit si ferme, fit retirer le colonel, et , après avoir hésité quelque temps , il se contenta de lui prescrire lés arrêts daiis sa maison. Un frère de Ludlow, qui suivait la cour du Protecteur , obtint un adoucissement à cet ordre , et Ludlow alla dans une province éloignée rejoindre sa famille; ce qui, du reste, suffisait aux vues du Protecteur, en écartant de Londres, et du principal théâtre des élections, cet obstiné Républicain.

Harrisson , accusé de complot contre le Protecteur, et longtemps prisonnier dans l'ile de Wight, obtint, à la même épcique , la liberté de revenir dans une petite maison près de Londres , seul bien qu'il eût acquis pendant une révolu^ tlon où il avait occupé de si grands emplois. Quoique Républicain enthousiaste , Harrisson n'était pas redoutable. Xudlow nous a conservé un trait de ee singulier caractère, en qui le fanatisme avait autant de bonhomie que de vio-

lence. Harrisson, victime du pouTOirqu*ii avait élevé, trompé dans toutes ses espérances, forcé de reconnaître enfii\ la fourberie et l'ingratitude de Cromwell, n'était pas bien sûr que tout, jusqu'à sa persécution, ne fût pas pour le mieux, en songeant à un passage du prophète Daniel : Le^ Saints prendront le roycnmie et le posséderont.

Ludlow, auquel il confia ce singulier scrupule, lui démontra sans peine que la qualité de Saint étant un caractère fort équivoque et facile à contrefaire , ne pouvait autoriser l'usurpation du pouvoir. « Nous en avons une preuve, ajoutait- (t il, dans l'homme qui, sous prétexte d'avancer le royaume « de Jésus-Christ, vous a engagé à lui prêter la main, et « s'est élevé. » Harrisson tombait d'accord : cependant le texte de l'Écriture l'embarrassait toujours ; et ces doutes en laveur du pouvoir de Gromwell n'étaient pas un sophisme de la faiblesse qui se ménage le droit de céder. Pour son compte, Harrisson voulait être pauvre et persécuté : il était incorruptible dans la haine qu'il portait au Protecteur. Mais accoutumé à tout expliquer par la Providence, en voyant les succès de Gromwell , il doutait quelquefois au fond Tâme si ce n'était pas là ce que le prophète Daniel avait prédit. Yoilà des caractères étranges, et dont le moule est brisé!

Le chevalier Vane , homme aussi déUé que Harrisson était simple, fut conduit prisonnier dans l'Ile de Wight. Bradshaw continua d'exercer les fonctions de chef de justice à Chester. Mais Gromwell fit répandre des menaces con* tre les électeurs qui lui donneraient leurs suffrages. On lut publiquement à Ghester une lettre pour demaiider son exclusion. Gromwell, qui attachait à cette nouvelle épreuve la stabilité de son pouvoir et le succès du dernier vœu de son ambition , fit jouer tous les ressorts de l'intrigue et de la peur pour dominer les élections, et pour en écarter à la fois les Royalistes et ceux des Républicains qui ne s'étaient pas vendus à son pouvoir. Dans la subordination politique de

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