LIVRE NEUVIÈME
rÉcosse , Argyle était le seul homme qui gardât quelque ascendant personnel ; et cet homme, qui avait été si funeste à Charles, n'était pas moins suspect au Protecteur. Il fut écarté ^ par les intrigues de lord Broghill.
Les Royalistes, abattus par une longue oppression, ne pouvaient se produire avec avantage sous la tyrannique influence des majors-généraux. Cependant ceux dont le cré* dit semblait redoutable furent arrêtés. Le parti républicain, secondé par les formes populaires de Félection , montra de la vigueur et de l'audace. Un écrit violent fut répandu. On y rappelait * avec énergie la violation des droits publics , les emprisonnements arbitraires, l'avilissement de la représentation nationale , les guerres ruineuses , et la mort de tant de braves matelots, sacrifiés à la stérile ambition d'un seul homme. Un écrit plus violent encore, c'était la protestation que publièrent plusieurs membres du dernier parlement dissous parle Protecteur : ce qu'elle offrait de remarquable, c'est qu'elle s'adressait à tous les partis , en invoquant leur réunion contre le Protecteur, sans paraître redouter l'idée du retour à l'ancienne monarchie. Toutefois les Royalistes, alors même frappés d'arrestation et d'exil, n'agirent pas; et l'opposition se manifesta surtout par la haine du pouvoir militaire. [16S6.1 I^^s les élections de plusieurs comtés, le peuple cria : A bas les con/rtisans ! à bas les soldats! réu^ nissant ainsi les abus de l'ancien et du nouveau pouvoir.
L'institution des majors-généraux fut d'un puissant secours pour comprimer ce mouvement de la conscience pu-< blique. Plusieurs de ces officiers^, par là terreur de leur pouvoir illimité, déterminèrent à leur gré les élections.
Cependant si Bradshaw, Vane et Ludlow furent écartés, les suffrages se portèrent sur d'autres Républicains moins
■ ThurIoe*8 state papers, v. V, p. 313.
* Ibid,, p. 368i
» /Mtf., V. V, p. 349.
g<4 HISTOIRE DE CROMWELL.
Mlèbres, m^is égatement éprourés ; et , mdgré Fasetodânt ^e lui assurait la foule de ses officiers, de ses eonseiUenh d'état, et de ses parents, qui eomposaient les troiâ quart! de la nouvelle assemblée, Groihwell s'inquiéta d'une éle»* tlon qui lui ramenait, même en minorité, des homities qu'il avait blessés sans retour , et des principes dont la foroe était encore toute vive et toute récente. [1656.]
Le 17 septembre , à dix heures du matin , le Prôteetenr suivi de son conseil, des magistrats, des principaux officiers de l'armée, des gentilshommes de sa maison, et d'une gârd6 nombreuse, se rendit en grand appareil à l'église de Westminster, où les membres du nouveau parlement étaient réunis, potir assiMer au sermon d'ouverture qui fut prêché par le vice-chancelier de l'université d'Oxford, sur un texte éonforme à la circonstance. Après le sermon, le Protecteur étant passé dans la salle peinte, adressa au parlement nu discours ^ qui n*a pas été conservé , mais doiit ii paraît que le but principal était d'exagérer l'importanee de la guerre d'Espagne^ et d'accréditer la supposition très peu vraisemblable d'un armement de Sa Majesté Catholique^ en faveur et sous les Ordres de Charles II. Cromwell fit plusieurs fois tisage de i)es fausses alarmes pour réunir autour de tu) les divers partis ; et le projet dont il était alors occupé explique l'alternative à laquelle il voulait réduire les Républicains^ en leur montrait le danger du retour de Charles.
Les députés ayant quitté la salle peinte pour aller prendre Séance, fbreiit arrêtés à la porte de la chambre par deâ officiers du Protecteur, qui leur demandèrent leurs eèrtiftcats. Plusieurs députés^ dans le seeret de cette foi*âîftlité singulière, s'y trouvaient préparés, et présentèrent ttn certificat signe du clerc de la chancellerie , qui attestait à la fois le fait de l'élection , et l'approbation donné par le con-
» The Parliamentary history, v. XXI, p. 23.
LIVUB NEUVIÈME. (18
fÉft de Son Alteise^ C'était de beaueout» encMrlr wé le serment d'obéisèdoée demandé aux membres dtt derhier par-^ lemént; c'était détrufre la constitution. Haiâ lepouToir de CSMmw^ avait ftrtt aèMa de progrès pour que la majorité Aa la èhatiibre se scrumlt sans retard à cette injurieuse fet'-^ iffalité.
Les fûembres approuvés prirent séanoé : la chambre se forma sous la présidénee de sirWiddrington^ dont le dioii le fit à la majorité des ih)1X) sans être soumis à Passi^timent Ati Protecteur. Gromwell affecta de ne jahiais emprunter cette partie delà prérogatite royale. Gepeadant la chambre, stir la plainte des membres exclus, ayant interrogé le clero iA là cbanoellerie, et demandé des éclairciséemenU au con-* leH) eut la bassesse de voter qu'en effet l'approbation du âti conseil-d'état était nécessaire. Les membres, ainsi aban-> donnés par leurs collègues, publièrent une protestation vielente , qui fut répandue dains toute la ville. Ils étaient au ]i<$mbre de cent, parmi lesquels on distinguait Haslerig^ le digne ami deSidney, républicain aussi éclairé qulÉtréplde^ Thomas Seot^ qui périt depuis comme régli^é; Harbotle GriiostoËe, presbytérien modéré^ qui, dans les premiers tetnps de la révolution , devina l'ambitiéui^e hypocrisie de GTomvvell^ <ft la déhonça an long parleinént^ AsMey Gooper, qui combattit d'abord pour Charles I"^^ servit ensuite la IrévOlution, fut confident de Cromwell , devint son ennemi^ et finit par être ministre de Charles II ,« Walter Moyle, auteur d'un du^ëge sur la République roihalhé ; totes hommes éiiPérents de parti et de caractère, réunis par la haine dé drômweli;
la chambre, dout ia docilité était assurée par dé si nomfereuses exëltisiôns^ s'occupa d'abord d'un bill pOUr la sûreté du Protecteur , en même temps qu'elle confirmait par un
• The Papliamentary history, V.XVI, tï, 2l4.
316 mSTOIRE DE CROHWELL.
vote nouveau la déchéance de Charles Stuart, et l'abolitioa de tous les titres d'honneur dans sa fiuniUe ^
La guerre d'Espagne, généralement agréable à la nation^ ne pouvait manquer d'être approuvée par une assemblée d'ailleurs si favorable au Protecteur. L'amiral Montape, qui vint prendre séance après la victoire de Cadix , reçut des remerciments de la chambre % et elle se h&ta de voter de grands subsides pour la continuation d'une guerre si heureusement commencée. Dans ce zèle empressé de la chambre, et cette bonne intelligence qui se montrait pour la première fois entre le Protecteur et le députés de la nation, la jalousie du pouvoir ne parut que sur un seul point. [1656.] En portant divers bills à la sanction du Protecteur, la chambre les fit précéder d'un acte qui assurait la duré^ de la présente session du parlement. C'était la première fois que Cromv^ell exerçait le privilège de la sanction suprême qu'il s'était réservée, mais dont l'indocilité des assemblées précédentes ne lui avait pas permis de faire usage. Son gouvernement prit alors une forme plus légale et plus solen* nelle. L'orateur et la chambre tout entière avaient été avertis de lui présenter les bills dans la salle peinte. Le Protecteur, entouré de son conseil, de ses ministres, et des juges, écouta la lecture des bills, et prononça ces mots : Nou9 consentons '. Peu de temps après, dans une occasion semblable, non content de renouveler les anciennes formes de la monarchie, il se mit dans son discours à la place des rois, et cita leur exemple, pour autoriser les remerciments qu'il adressait à la chambre des communes» « Je m'aperçois, dit- » il, que le parlement , dans le nombre de ses actes, a pris » un soin particulier de pourvoir aux besoins de la Républi- « que par les bills sur les impôts qui me sont présentés, et
• The Parliamentary history, v. XXI, p. 38.
* Whitelocke^s memorials , p. 643.
3 The ParUamentary history, t. XXI, p. 44.