LIVRE PREMIER. S
temps que le bill de condamnation da grand et malheureux Straiford. Le roi, menacé par des soulèvements populaires, entraîné par la fausse politique de son conseil épiscopal , accepta ces deux *actes : l'un contre le plus fidèle de ses amis , l'autre contre lui-même , comme le dit Whitelocke ; ou plutôt, il est vrai de dire que Charles , en reconnaissant une assemblée perpétuelle , qui bientôt serait exclusive , en souscrivant , pour ainsi dire , la déclaration de guerre des communes , ne porta pas un coup plus mortel à sa propre autorité, qu'en abandonnant Strafford à l'échafaud, et que, par une effrayante justice , l'ingratitude du monarque fut sa plus grande faute politique. [1641.] *
Enhardies par le sacrifice d'une si noble victime , les communes s'accoutumèrent à la pensée de verser, au nom de l'état, le sang le plus illustre. Les concessions du roi, quoique reçues avec transport , ne calmèrent pas l'agitation des communes; et le voyage qu'il fit en Ecosse, pour se rapprocher de ce peuple qui avait donné le signal de la résistance , augmenta leur inquiétude. Les effroyables massacres de l'Irlande^ commis parles catholiques, fournirent, à l'esprit de faction, le prétexte d'une nouvelle fureur. L'histoire rejette avec mépris les calomnies qui attribuaient à Charles une connivence dans le massacre de son peuple. Mais on concevra sans peine combien la sombre inquiétude des fanatiques, l'adresse des ambitieux, et la crédulité de la populace, devaient avidement recueillir ces bruits affreux, auxquels leur invraisemblance donnait l'air d'une grande révélation. Cependant, telle était encore l'incerti* tnde des sentiments publics, que Charles, à son retour d'Ecosse , fut reçu par tous les ordres de l'état , avec les plus éclatants témoignages d'amour, dans cette même ville que sept semaines après il devait quitter en fugitif, pour n'y reparaître qu'en prisonnier destiné à mourir sur l'échafaud.
[1641.] Dès que le roi se retrouva vis-à-vis de son parle-
me&t, on proposa, dans la chambre des communes, un projet ^e remontrance pins yéhément que jamais. Pendant que le projet était vifement soutenu par les hommes élo« quents du parti , Gromwell Tappuyait de sa confiance et de son ardeur. Il ne concerait pas, disait-il, qu'on pât hésiter et remettre au lendemain la décision d'une chose si peu douteuse. Il le dit à lord Fakiand , qui l'aTertissait que le débat serait long. Le lendemain , lorsque le projet eût été emporté , après une discussion prolongée fèrt avant dans la nuit, et seulement a la majorité de quelques Toix, eoimne il sortait du pariement à deux heures du matin , Fakiand lui rappela ce qu'il lui avait dit: u Oui, reprit Cromivell, une autre fèis je vous <»*oirai; mais, ajouta-t-^l à l'oreille de Fakiand, si la remontrance n'avait p(rfnt passé , je vendais le lendemain tout ce que je possède , et je n'aurais jamais revu l'Angleterre, et je connais beaucoup d'honnêtes gens qui étaient dans la même résolution. » Depuis cette remontrance , les empiétements des communes furent ri^ des ; et , poussée d'usurpations en usurpations , phis sabir tieuse à mesure qu'elle était plus puissante, ayant trop dépouillé et trop irrité le roi pour oser ne pas lui ravir les derniers restes de sa prérogative, la chambre s'attribua la conduite de la guerre d'Irlande, demanda des gardes pour elle-même, et ordonna là suppression d'une garde nouvdie que Charles s'était formée. Le roi, par un coup d'autorité sans force et sans dignité, étant venu dans le seîR du parlement pour arrêter cinq membres désignés, acheva d'irriter le peuple , et d'dter tout respect aux communes. Les écrits séditieux se multiplièrent; les évêques sont exclus de la chambre haute; la reine, menacée d'une accusation, fuit en Hollande. [1642.] Au milieu des émeutes populaires , le roi se retire à York ; de là fl négociait avec le parlc»aent; mais déjà la révolte avait gagné partout. Charles se présente . aux portes de la ville de HuU ; le gouverneur, mêlant à son