LIVRE PREMIER
infidélité le cérémonial de Tobéissance, lui déclare, à genoux, du haut des murs, qu'il ne peut le reccToir. Les propositions que le parlement oiirait à Charles marquent assez comMen la puissance législative devient à son tour injuste et tyrannique, lorsqu'elle a franchi les bornes. Le parlement s'y réservait la nomination à tous les commandements, à toutes les places , même à celle de gouverneur des enfonts du roi ; enfin, anéantissant l'équilibre des pouvoirs constitutionnels, il n'accordait droit de séance et de suffrage aux pairs choisis par le roi , que de l'aveu de la chambre des cobh munes.
Charles aima mieux être détrôné par la guerre que par un avis du parlement, et il arbora l'étendard royal à Notlingham , le 34 août 1642.
Après avoir déclaré traître à la nation quiconque assisterait le roi dans cette guerre, les deux chambres s'occupèrent à soutenir leurs décrets par une armée ; elles firent un appel aux bons Anglais, les invitant à secourir le parlement de leurs prières , de leurs bourses et de leurs personnes. Le comte d'Essex, membre delà chambre des pairs, presbytérien, mais surtout ennemi de la cour, fut nommé général de cette armée , qui, par habitude plutôt que par dérision, était levée au nom du roi, qu'elle devait combattre. Beaucoup de membres des deux chambres prirent des «grades d'officiers. Cromweli reçut, des communes, un brevet de capitaine , et leva dans sa province une compagnie de cavalerie. Avant que la guerre fût régulièrement ordonnée de part et d'autre, Cromweli ne pouvait être que chef de partisans. D'abord il éprouva ses nouveaux soldats par une fausse embuscade, chassa des rangs tous ceux qu'il avait vus fuir, et les remplaça par de meilleurs choix, s'attachant à former une troupe de braves et de fidèles. Dans la multitude de combats qui mat*quèrent les commencements de cette campagne, les troupes du parlement , mmr
Telles et mal composées, étaient en général battues par la noblesse et les milices exercées du roi. Les mémoires de Ludlow offrent quelques exemples de cette inexpérience et de ces faciles déroutes . qui rappellent les désastres comi* ques du régiment des portes cochères et du régiment de Corinthe, dans notre guerre de la Fronde. Gromwell s'aperçut de ce désavantage inévitable ; il dit au ftimeux HamiH den , son ami et colonel dans l'armée du parlement : « Vos troupes sont , pour la plupart , composées d'anciens domestiques, de garçons de tavernes, et de gens de cette espèce. Dans les leurs il n'y a que des enfants de famille et de jeunes gentilshommes. Croyez-vous que des misérables, sans cœur, seront jamais capables de tenir tête à des nobles qui ont de l'honneur, du courage et de la résolution? Il faut trouver des hommes animés d'un esprit qui puisse les conduire aussi loin que l'honneur des gentilshommes ; autrement, vous serez battus. » Hampden trouva l'idée bonne, mais l'exécution impraticable. « Je lui répondis, racontait lui-même Cromwell, que j'y ferais quelque chose; et en effet, je choisis des hommes qui avaient devant eux la crainte du Seigneur, et qui mettaient de la conscience dans leurs actions; et depuis lors, nous ne fûmes plus battus. « [1642.]
II y avait un grand sens à opposer ainsi le fanatisoie au point d'honneur ; et la rapide élévation de Gromwell fut le prix de cette pensée heureusement exécutée. Le parlement avait d'ailleurs pour lui son opiniâtreté, les vœux du peuple, et les revenus de l'Angleterre, qui lui permettaient de récompenser magnifiquement les services rendus à sa cause. Dès l'ouverture de la campagne, Gromwell s'étant jeté dans la ville de Hull, avait reçu, des communes, un don de 200 liv. sterling ; il se saisit soudainement de Cambridge, au moment où le collège de cette ville envoyait toute sa vaissaille d'argent au roi, retiré dans Oxford. Il