‹ Histoire de CromwellChapitre 146 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

«( serriez le peuple sous le titre de roi; cette raison, fût-elle « la seule, est décisive. » Puis, rerenant aux habitudes motiarchiques, il supposait que Cromwell, en refusant la couronne, privait le peuple de l'honneur d'avoir un roi : « Cest, disait>il , notre privilège, notre droit de naissance (c d'avoir un magistrat suprême qui porte le nom de roi. »

Dans cette singulière conférence , il est curieux d'entendre lord Broghill, esprit supérieur, exempt de fanatisme, que la révolution entraîna sans le dominer; l'un de ces hommes que leur mérite personnel élève au-dessus des rôles équi- Toques qu'ils ont reçus des circonstances; longtemps Roya* liste fidèle , puis confident de Cromwell, puis ami de Charles II, mais cette fois guéri de l'ambition, et ne portant plus à la cour que les grâces de l'esprit, le goût et le talent des lettres.

SroghiQ avait alors le langage d'un zélé partisan de la révolution et de Cromwell. Mais parmi les motifs qu'il emploie pour appuyer l'offre de la couronne, le principal est l'espérance de ramener les Royalistes , en leur dtant le prétexte qu'ils tiraient de la fameuse loi d'Henri VII , pour ne reconnaître d'autre autorité que celle du roi; disposition qui tournerait en faveur de Cromwell, s'il prenait le même titre. « Enfin , dit assez ingénument lord Broghill, il n'y a « maintenant qu'un divorce entre le roi prétendu et la cou- « ronne ; et nous savons que les personnes divorcées peu- <c vent se réunir; mais si l'une d'elles se marie à un tiers, il « n*y a plus de retour. »

Cromwell, sans s'expliquer, demanda du temps pour réfléchir sur la force de ces arguments. Une indisposition ^ réelle ou feinte lui servit à éluder quelques jours la poursuite du comité, qui revint à la charge avec de nouveaux ordres de la chambre.

' The Parlîamentary historf, ▼. XXI, p. 89.

Dans cette nouvelle conférence, on discuta robjectioo que faisait modestement Cromweil. Tous les bons effets du gouvernement peuvent être aussi facilement assurés par le tilre de Protecteur. Les légistes du comité s'évertuèrent pour démontrer rexcellence et la supériorité du titre de roi; ils la prouvèrent eœ necessitate causœ, et ex necesdtate conseqtientis. En rapprochant ces discussions de celles qui avaient amené la chute des Stuarts, on est frappé de voir les mêmes hommes occupés , sans lé savoir , à reconstruire à petit bruit l'édifice de Fancienne monarchie , qu'ils avaient abattu avec tant d'eiforts. Lenthall \ pressant Cromweli d'accepter la couronne , lui appliquait l'axiome monarchique, le roi ne meurt pas, et faisait de ce nom de roi une abstraction inséparable des lois anglaises , et réalisée indifféremment par un pouvoir de fait ou par un pouvoir de droit. On comprendra que Cromweil fut inquiet des conséquences d'un pareil argument fait en sa faveur, et qu'il hésita sincèrement à recevoir un titre qu'on lui oifrait par des motifs qui auraient pu servir pour le rendre à Charles II. Plus ce titre de roi était puissant, plus il était dangereux de le ressusciter au profit de l'ancien possesseur. Aussi le Protecteur alléguait peut-être de bonne foi , que ce mot n'étant que le signe dé la suprême magistrature , l'autorité législative pouvait attacher le même sens à un autre nom , qui prendrait partout la place du mot de roi. Il ne dissimulait pas non plus le mécontentement de beaucoup de gens de bien, qu'il ne fallait pas offenser, surtout dans des choses indifférentes. Il alléguait la volonté de la Providence, et les actes du long parlement. Il observait que l'on avait joui des lois sous les divers gouvernements, et que la justice avait été administrée au nom des gardiens de la liberté, comme au nom du Protecteur.

* The Parliamentary hîstory, v, XXI, p. 72.

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