LIVRE NEUVIÈME
Le colonel Philippe Jones insista sur la nécessité de préférer les formes anciennes : «< Toute chose nouvelle , dit-il, «est incertaine, non seulement dans ses résultats, mais «( dans sa durée ; car elle est nécessairement créée par un « pouvoir contemporain , qui peut la détruire. )i II réfuta les diverses objections de Cromwell avec beaucoup de vigueur et de subtilité. Les actes du long parlement étaient dirigés contre le pouvoir d'un seul, autant que contre le nom de roi ; la Providence , en écartant un roi , n'a pas écarté la royauté.
Ce fut dans cet esprit que Richard Onslow et Tiennes combattirent successivement les diverses objections du Protecteur. Cromwell avait allégué que le titre de roi avait été frappé d'anathème , détruit par le parlement. <c II est clair, « répondit Fiennes , que la chose a été frappée d'anathème « aussi bien que le nom , et que l'autorité d'un seul , sous « quelque nom que ce soit, est proscrite comme le nom «( même; mais, dans la vérité. Dieu ne réprouve ni le nom, <c ni la chose; Dieu a déclaré que toutes les formes particule lières de gouvernement dépendaient de la volonté des u hommes , suivant le besoin des affaires et le bien du peu- « pie; car rÉcritûre les appelle Ouvrages de l'homme. Les « hommes les ont-ils réprouvées? Dieu les réprouve aussi; «( quand Dieu les relève de nouveau , il les honore , et com- «( mande qu'elles soient honorées. Un parlement avait pensé « que l'état des affaires demandait la suppression du titre et u de l'office de roi ; un nouveau parlement juge que la site tuation actuelle en exige Je rétablissement. »
Lord Broghill reproduisit les mêmes arguments, et son discours est remarquable, parce qu'il montre avec quelle facilité cet esprit supérieur se pliait aux manières de i aisonner de son siècle. Nous avons déjà vu quel usage il faisait de la comparaison de la femme divorcée ; il répond par un moyen à peu près semblable à Tobjection tirée du mé-
9S0 fflSTOIRE DE CROMWELL.
contentement que le titre de roi donnait à beaucoup de gans de bien et de piété .
« La situation de ces gens de bien mécontents, dit*il, it peut être eoQiparée à celle de David , lorsque son enfant V ét(|it malade; pendant la durée de sa maladie, il priait ayec u instance le Seigneur de rendre son fils à la santé ; Dieu « ne voulut pas l'exaucer, et l'enfant mourut. Les serviteurs Il de David disaient alors : Si son inquiétude et sa douleur n étaient si grandes lorsque l'enfant vivait encore, que serace ce aujourd'hui qu'il est mort? Mais David s'écria : Tant « qu'il y avait espérance , j'ai supplié le Seigneur ; mais puis- « que sa volonté est déclarée , je m'y soumets. » Cette parabole était admirable pour consoler des républicains dévots; mais, sans être fondée sur des motifs aussi méritoires, la même résignation se retrouve dans tous les temps de tyrannie.
Whiteloeke , qui résuma cette conférence , ne rougit pas d'alléguer à Gromwell l'exemple de Gustave Wasa, nommé roi d'un peuple dont il avait été le libérateur ; mais non pas le successeur d'un roi qu'il eût assassiné.
Tous ces discours n'étaient, au reste, que la partie extérieure, et, pour ainsi dire , le cérémonial d'une négociation plus secrète. [1657.] Souvent ^ au rapport de Whiteloeke, admis à ces oonfidenoe^ , le Protecteur réunissait quelquesuns des commissaires , et s'enfermait avec eux pendant plusieurs heures, se livrant à la familiarité la plus gaie et aux diversions las plus étranges , demandant des pipes et du tabac, faisant des vers , et propf^sant à ses amis des défis poétiques; puis retombant aux choses les plus sérieuses, sur lesquelles il écoutait et suivait leur avi^ avec une entière déférence. Au milieu de ces faux épanchements , destinés à gagner les oœurs et à faire moins redouter un a^oroisM-
* White]ocke*s memorials, p. 647.