‹ Histoire de CromwellChapitre 148 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

méat de pouvoir , la pensée de Cromwell sur l'objet prin^ eîpal restait obscure et incertaine ; on voyait ce qu'il voulait, mais on ne pouvait pas l'en convaincre. Quelquefois mémo on douterait de son hypocrisie, lorsqu'on remarque le même langage d'humilité dans la correspondance intime des bommes qui étaient le plus intéressés à sa fortune, et qni devaient avoir le secret de son ambition. Henri Cromwell écrivait à Thurloe ^ : u Je bénis Dieu d'apprendre que Son u Altesse a pris la seule voie convenable pour décider cette K question, c'est-à-dire, de consulter Dieu et son propre « cœur, et je me réjouis que l'offre d'une si grande élévation « n'ait fait naître en lui que crainte et abattement d'esprit. » Dans les réponses de Thurloe , c'est le même langage , le même doute sur la volonté du Protecteur , doute qui parait d'autant plus sincère , que le secrétaire-d'état ne déguise . pas d'ailleurs ses vœux personnels , et qu'il montre cette impatience et cette certitude d'ambition que les subalternes ont naturellement pour l'élévation de leurs maîtres. « le « Protecteur, écrit-il % éprouve à ce siyet de grandes diffi* « cultes d'esprit , quoique jamais homme n'ait été appelé tf par une vocation plus manifeste , et bien que , pour ma <( part, je voie clairement qu'on ne persuadera jamais au 4( parlement qu'il soit possible d'établir quelque chose par « un autre moyen. » [1657.] Cependant Thurloe annonce, dans la même lettre , que deux généraux , parents du Protecteur, jusque-là ses plus habiles et ses plus fidèles soutiens, Fleetwood et Desboroug, se déclarent violemment contre le titre de roi , tout en approuvant les autres dispositions en faveur de l'autorité de Cromwell. Cette résistance inattendue , qui était le sentiment d'une partie de l'armée , fit échouer Fentreprise , et rendit inutile la servilité du parlement. Cromwell sentit que c'était là son plus grand

» Thurloe'8 8tatepaper8,T. VI,p. 1^.

* im,, p. 219.

obstacle. Fleetwood et Desboroag publiaient qu'ils étaient résolus de donner leur démission , et le même langage était répété par beaucoup d'officiers. Gromwell essaya de ramener ces deux hommes dont il ne pouvait se défier ; et c'est dans les démarches qu'il fit vers eux que l'on voit le plus clairement son désir d'être roi. Il s'invita lui-même à diner chez le colonel Desboroug, et s'y rendit avec Fleetvt^ood; là, seul entre ses deux amis, il revint au langage républicain,, et plaisanta sur la royauté : u Ce n'était, dit-il, qu'une M plume attachée au chapeau d'un homme ' ; mais , par cela <c même, il était étonné que des hommes ne voulussent pas (( faire plaisir à des enfants, en leur laissant cette babiole.» Les deux officiers n'entrèrent pas tout à fait dans la plaisanterie; et ils répondirent fort sérieusement à Grorav^ell, que cela renfermait plus de choses qu'il n'en voyait, que ceux qui l'y poussaient n'étaient pas ennemis de Charles Stuart; que s'il consentait, il attirerait une ruine inévitable sur ses amis et sur lui-même. Après une discussion inutile, Gromwell les quitta , leur disant qu'ils étaient deux gaillards bien scrupuleux '.

On rapporte d'autres paroles qu'il leur tint à ce sujet, en faisant allusion à la sécurité que le titre de roi donnerait à ses partisans : » G'est vouloir tenter Dieu , disait-il , que <( d'exposer tant de gens de bien à la mort et à la pauvreté, « tandis qu'il est une voie pour les garantir. » Fleetwood et Desboroug alléguaient leur serment : [1657] » Mais ce « serment, répondait Gromwell , est dirigé contre la lyran- «( nie d'un roi , et non pas contre les trois lettres qui comte posent le mot de roi. »

Gependant Gromwell avait déjà laissé voir à plusieurs députés l'intention d'accepter la couronne. Le lendemain de son inutile conférence avec Fleetwood et Desboroug, il

' Ludlow^s memoirs, v. U, p. 566.

» Jbid.

Page 1