LIVRE NEUVIEME
convoqua la chambre pour le jour suivant ; tout le monde crut toucher au dénouement : et Gromwell , se promenant avec Desboroug, lui déclara nettement qu'il était déterminé à prendre le titre de roi. Desboroug répondit , qu'il regardait alors la cause et la famille de Gromwell comme perdues sans retour^ que, pour sa part , il était bien résolu de ne pas agir contre lui, mais qu'il était également résolu de ne plus le servir ^
Une autre opposition plus suspecte et non moins violente, venait du général Lambert. Habile et hardi capitaine, servile seulement par excès d'ambition, Lambert avait plié sous Gromwell, au prix d'un grand pouvoir et d'une plus grande espérance ; il avait secondé la tyrannie du Protectorat, auquel il se flattait d'arriver lui-même; et maintenant il s'indignait de voir une nouvelle hérédité royale s'élever, non pas contre les libertés du peuple , mais contre les droits du plus brave.
Gependant les principaux chefs murmuraient plus qu'ils n'osaient résister; et peut-être les incertitudes de Grqmwell se seraient encore prolongées, sans un acte hardi qui le força de s'expliquer nettement. Desboroug s'étant retiré, sans avoir pu rien gagner sur Gromwell , rencontra le colonel Pride , et lui confia ce qu'il venait d'apprendre. « II « ne le fera pas * , répondit Pride , je l'en empêcherai bien ; «c faisons dresser une requête au parlement. »
Un docteur Owen, zélé Puritain, prêta sa plume pour cette bonne œuvre. La requête fut souscrite par deux colonels, sept lieutenants-colonels, huit majors et seize capitaines ; et le lendemain , à l'heure même où la chambre réunie attendait l'acceptation du Protecteur , les pétitionnaires vinrent à la porte du parlement, et firent avertir de leur présence le colonel Desboroug.
' Lu<Uow*8 memoirs , v. U , p. 587.
Si l'on en croit Ludiow \ Gromweli et ses partisans furent tout à fait pris au dépourvu; à la demande de De$boroug , ou, ordonne à Tunanimité d'introduire les pétitionnaires, dont rintention était ignorée de tous ceux qui ne la partageaient pas. Ces officiers sortirent après avoir dépesé leur requête, dont le parlement prit aussitôt lecture.
C'était une réclamation véhémente , qui paraissait dictée par rintérét de Cromwell autant que par l'amour de la Ul)erté. » Ils avaient, disaient-ils, hasardé leur vie contre la u monarchie, et ils étaient prêts a l'exposer encore pour « défendre la liberté de leur pays *. Ayant observé que quel- « ques hommes travaillaient à ramener la nation sous J'an- M cienne servitude en pressant leur général de prendre le ic titre de roi , et cela dans l'intention de le détruire laite même et de désarmer le bras de tous ceux qui étaient u fidèles à la nation , ils suppliaient humblement la chambre « de déconcerter de pareils efforts, et de rester fortement (I attachée à la vieille cause , que pour leur part ils seraient il toujours prêts à maintenir aux dépens de leur vie. »
Cromwell , averti de cet incident ^, manda le lieutenantgénéral Fleetwood; et, changeant tout à coup avec lui d'intention et de langage, il se plaignit amèrement que Fleetwood eût souffert la lecture d'une semblable requête, surtout connaissant sa résolution de ne point accepter la couronne sans le consentement de l'armée ; en même temps il le pria dé retourner à la chambre , et d'empêcher les choses d'aller plus loin. Fleetwood satisfait revint dire à la chambre qu'il n'y avait pas lieu de discuter la pétition, puisqu'elle avait pour objet une chose incertaine , et sur laquelle ils attendaient encore la réponse du Protecteur.
. Cette brusque résolution est attestée par les lettres de
' Ludlo:w^8 memoirs, y. II, p. 588.
« iWd., p. 589. » /Wd., p. 590.